04/07/2018

La Nati a fait grève du but...en morne solidarité avec les journalistes

Elle est belle et séduisante, la Suisse. 

Oui. Sauf que... La Suisse ne possède ni la folie en elle ni la force de résistance de celles et ceux qui renversent des montagnes quitte à mourir pour ça.

La Suède n'était même pas une montagne footballistique à affronter. Juste un bunker froid et climatisé composé de grands gaillards peu loquaces qui savent bien protéger un but et se tenir à leur plan de départ: soit, en vrai, détruire le rêve adverse en imposant leurs grands gabarits et leur football terne, sans idée, sans saveur. Ont-ils vraiment la joie du jeu et de la victoire, les Suédois? Ou sont-ils juste des hommes robotisés et habitués des cocktails mondains? Ont-ils autre chose que la gestion du jeu dans leur ventre, les Suédois? Savent-ils faire autre chose que de l'Ikéa préfabriqué se retrouvant dans tous les ménages du monde? Sérieusement, on fait quoi avec ce football-là?

Sérieuse et sans surprise, comme la direction de Tamedia, la Grenoli a battu les Vreneli et ce match ne restera en aucun cas dans les mémoires. Un trio d'attaque de traders a foutu le bazar sans aucun état d'âme, sans aucune émotion, sans croire que toucher au rêve mondial passe prioritairement par le toucher romantique d'un ballon, le flirt mémorable, la passion dévorante d'un amour qui mène au sommet...et atteint son but: faire des femmes et des hommes des héros et des héroïnes du ballon rond et des exemples à suivre pour d'autres femmes et d'autres hommes habitants et habitantes de cette planète...

Mais l'art romantique a disparu. Seule compte de nos jours la redoutable efficacité, l'effacement du grain de folie, de celles, de ceux, qui s'exposent avec risque, perte, et fracas en volant le feu, jonglant avec la balle comme des enfants de la rue mal éduqués quand ils se crachent un tombereau d'injures au visage en ratant un dribble qui devait les mener au Graal; deux ou trois dribbles inoubliables  de Shak à la Maradona qui aurait allumé les yeux d'un public quand il s'en serait allé transpercer deux fois cette défense glaciale, cet iceberg posé devant la cage des Suédois qui auraient fait exploser leur arrogance et leur orgueil, la morgue de ceux qui se moquaient des ailes de cet aigle encore tout chaud, ce rêve de l'aigle qui a été brisé par les ultra-nationalistes et les pudeurs indigestes et honteuses de nos autorités footballistiques...et des fascismes débridées qui eux s'emparent des âmes et des coeurs. D'être plus grands que les autres en taille et en gueule mais être si petits et mesquins pour se donner une chance d'abattre le vol de l'aigle... Cela faisait aussi partie du plan suédois en kit. Et cela a réussi. Depuis Suisse-Serbie, nos aigles sont restés absolument aphones devant le but adverse...comme ceux du Matin et des rédactions romandes qui font grève du papier parce qu'on maltraite la liberté d'expression et la liberté tout court à vouloir la réduire à des pixels et des lectures solitaires devant un écran; à vouloir faire du bistrot du village un ancien lieu fantomatique où plus aucun tenancier ni clients ne fréquentent remplacés qu'ils ont été par des fan zones provisoires sans aucune saveur, sans histoire, sans cancans, sans goût ni saveur autre que celles des bénéfices acquis durant trois semaines d'un Mondial footballistique 

La faute à qui, tout ça? A la gestion des affaires; à ce satané porte-monnaie qui passe avant tout le reste. Et même ces amours au tarif qui deviennent privilèges de riches et norme collective au nom du business et des plaisirs commercialisés abîmant les coeurs et les âmes. Adieu aux amours sublimés par... des passions sublimes. Requiem pour vol au-dessus d'un nid de gestionnaires.

T'as plus aucune ambition. T'as plus d'argent; tu rêves de vivre un amour géant malgré tout; tu vis avec ton coeur poétique et tes gestes héroïques; tu touches à l'âme et au coeur de l'amour et tu laisses tomber l'aspect gestionnaire de l'affaire. T'es complètement fou. T'es dingue. T'es perdu. T'as perdu.

Tamedia a, elle, déjà gagné le combat de cons. Notre Nati est déjà éliminée. La grève des journalistes, leur petite part d'héroïsme devant la menace évidente de licenciement sous protection du Droit scandaleux du corps arbitral de la justice (comme les ailes de notre Nati qui ont été brisées et interdites de stade), ne mènera nulle part pour eux et elles parce qu'un peuple qui se respecte c'est d'abord formé à partir d'un esprit de révolte fantastique, créé à partir de presque rien mais qui réalise presque tout comme un artiste et son pinceau devant la toile vierge, et non formé par l'identité individuelle et du rêve de la belle maison designée par Ikéa et ce droit au jacuzzi qui nous attend tous et toutes comme ambition débordante de l'existence; un peuple c'est d'abord des solidarités entre citoyens et citoyennes et un coeur romantique magique qui fait battre les tambours de nos vie et qui fait triompher l'art romantique sur la gestion désastreuse du monde et de nos petits conforts individuels.

La Suède a battu la Suisse sur un seul pied...helvète comme si la Suisse s'était battue toute seule dans son coin faute d'avoir osé la révolte de l'aigle et osé voler avec leurs ailes interdites, le coeur léger gros comme ça. La divine Niké a choisi de nos jours la marque de chaussures qui rapporte des milliards. Elle aussi a choisi le camp du bien matériel sur le mal romantique et mélancolique. Pourtant, pour la révolution des esprits, elle aurait du être celle qui sauve l'amour romantique et lui redonne la victoire en cette année 2018. Sauf qu'elle a encore donné sa préférence au froid concept de l'amour cocooning, confortable, rationnel, raisonnable, ikéaisé, en lieu et place de l'amour romantique idéalisé. La folie fait peur aux déesses modernes et les artistes sont encore plus tristes aujourd'hui.

L'année 2018 ne laissera pas le souvenir d'une année révolutionnaire. Juste celle d'une année gestionnaire comme une autre. Les artistes sont morts. Ils faut encore les enterrer de façon médiatisée. Au moins, ils auront servi à rien d'autre qu'au rêve romantique avorté. 

Une année Ikéa de plus, en quelque sorte. Le préfabriqué suédois nous est tombé sur la tête. Les déménageurs de pianos ont cassé la musique et notre rêve.

Comment encore jouer

à l'amour romantique

sur le sable de nos plages

quand dans nos eaux

se sont noyés les voyageurs,

les gens qui n'ont plus rien,

quand dans nos eaux

des migrantes et leurs enfants

disparaissent à tout jamais

des écrans de la reconnaissance,

de leur droit à l'existence,

et que celles et ceux

qui leur portent assistance

sont jugés comme criminels,

comme gens fous à lier

d'urgence pour éviter

une catastrophe nationale?

Mais qui font partie de la Catastrophe,

de cette déportation, de cet abandon?

Les insoucieux touristes cyniques

qui osent nager tranquillement

avec bonne conscience

dans nos eaux ensanglantées

d'une guerre entre peuples

qui ne dit pas son nom

ou les femmes et les hommes

qui ont conscience du drame

qui se joue jour après jour,

année après année,

siècle après siècle?

 

Comment écrire "joie et bonheur"

pour une compétition mondiale

qui annule et réduit à néant,

par son silence et sa neutralité,

des populations entières

à travers des jeux politiques

hautement pervers et pervertis

au nom du fric et des bénéfices?

 

L'aigle créé de notre Nati,

de sa mixité humaine,

avait plus que jamais sa place

au sein de ce Mondial.

 

Histoire de rappeler

qu'aucun génocide,

qu'aucun fascisme

n'est porteur de bonne nouvelle

en ce monde.

 

Bonnes vacances en pleine conscience

à toutes et à tous.

Si vous croisez un fasciste

cet été sur la plage

chantez lui Bella Ciao avec Rémy.