05/09/2018

L'impôt à la source, une source citoyenne et solidaire

La Suisse reste le dernier pays d'Europe, après le projet de loi en France, à ne pas imposer les revenus à la source.

On pourrait y trouver quelques avantages à cela en tant que citoyen et citoyenne. On y trouve en réalité que de gros inconvénients pour les petits et moyens revenus quand cela concerne une famille avec plusieurs enfants. Sans compter que dans l'imaginaire collectif, celui ou celle qui ne paie pas et n'assume pas sa responsabilité fiscale est un mauvais ou une mauvaise citoyenne...

Hors ce n'est de loin pas toujours le cas. Celles et ceux qui ne paient pas leurs impôts ne sont pas toujours des personnes dénuées de civisme.

Je reviens ici sur mon expérience personnelle vécue dans les années 90 alors que j'étais domicilié, avec ma famille, dans la commune de Steffisburg, Berne.

Ayant un revenu mensuel d'environ fr.5000.- net allocations familiales comprises, j'avais du me rendre aux Services sociaux afin de trouver un logement social pour réussir à faire face à ma charge fiscale.

Le résultat fut absolument catastrophique, digne d'un état ultra-libéral qui ne cherche pas vraiment à aider une famille en détresse financière.

J'avais alors trois enfants plus une pension alimentaire pour un quatrième enfant issu d'un premier mariage et une épouse à charge (qui ne travaillait pas à l'extérieur parce que son revenu, personne sans diplôme et non qualifiée professionnellement, aurait couvert les frais de nounou et les impôts supplémentaires mais n'aurait pas vraiment permis de vivre mieux).

La location mensuelle de notre logement était de fr.1.690.-. Notre charge fiscale d'environ fr.500.-- par mois et la pension alimentaire pour ma fille de fr.750.--.

Les réponses données par l'assistante sociale furent absolument décevantes et déprimantes. 

Oui, selon le budget établi par elle, nous étions au minimum vital. Par contre, dans ce minimum, elle ne tenait pas compte de la pension alimentaire versée à ma fille dans un autre canton (Neuchâtel) parce que Berne ne voulait pas tenir compte de l'éventuel non-paiement de la pension (charge mise à l'Etat neuchâtelois au cas ou je n'honorais pas la pension à ma fille). Plus grave, elle ne voulait pas tenir compte des impôts que je devais payer disant que la loi n'autorisait pas cela parce qu'il s'agirait alors juste d'un transfert de caisse au cas ou les Services sociaux devraient nous aider financièrement.

Mon but n'était bien entendu pas d'être aidé financièrement par les Services sociaux. Mon but était juste d'arriver à payer mes impôts. Pour cela, j'aurais du vivre dans un appartement subventionné par le canton de Berne ou la commune de Steffisburg, un appartement ne dépassant donc pas la charge mensuelle des fr.1.100.-- par mois au lieu des fr.1690.--.

L'employée des Services sociaux est allée chercher un autre classeur pour voir les barèmes donnant droit à un logement social. 

Et, à son grand regret, mais surtout à mon grand regret, elle m'a dit que mon salaire était trop haut pour obtenir le droit à un logement de la Ville ou de l'Etat.

J'étais dans l'impasse totale. Elle m'a dit que ma femme devrait se trouver un petit travail (on en a finalement trouvé un, pour très peu de temps, mais ce travail était du domaine de la désapprobation sociale et vraiment catastrophique pour notre couple) et que nous devions malheureusement nous débrouiller par nous-mêmes (mais se débrouiller par soi-même implique parfois des tragédies sociales).

J'ai alors eu cette réflexion:

"Chère Madame, je vous remercie mais ce que vous me dites-là c'est qu'il serait mieux pour moi et ma famille que je sois employé à la vaisselle de mon restaurant plutôt que chef de cuisine. Nous n'aurions pas plus pour vivre mais au moins nous n'aurions plus d'impôts à payer."

La dame n'a pas su quoi me répondre. Mais une chose est sûre. Si l'impôt à la source avait été appliqué à cette époque, les primes d'assurance-maladie concernant toute ma famille auraient du être prises en charge par l'Etat. Parce que oui, ce que je ne vous ai pas encore dit, c'est que je payais le 100% des primes pour toute ma famille sans aucune aide de l'Etat bernois alors que si j'avais été domicilié dans le canton de Neuchâtel avec un salaire similaire, j'aurais obtenu 90% d'aide à l'assurance-maladie de la part de l'Etat.

Au final, et durant près de 6 ans, je n'ai pas assumé la charge fiscale. Je suis resté aux poursuites (je ne vous explique pas tout le parcours de mes dettes...) et 20 ans plus tard, pour éviter que la dette ne s'éteigne, l'Etat de Berne à relancer la poursuite. Une jolie somme autour des fr.30.000.-- pour laquelle j'ai fait opposition et passer devant le tribunal neuchâtelois (canton que j'habite aujourd'hui) juste pour la forme en sachant très bien que je n'obtiendrais pas gain de cause devant cette dette justifiée par l'Etat bernois.

Donc oui, je suis absolument pour l'impôt à la source. Et ce ne sont pas les socialistes qui se disent contre en prétextant que cela diminuera le pouvoir d'achat des plus faibles qui pourront me faire changer d'avis. J'ai trop accumulé de dettes fiscales durant ma vie, bien que je sois grand travailleur, pour encore croire à l'égalité devant la déclaration d'impôt obligatoire. Et je n'aime pas forcément passer pour un mauvais citoyen qui ne paie pas ses impôts...

 

Les musées brûlent; l'avenir flambe

"Le fruit d'une négligence absolue."

Voilà ce que titrait "Le Monde", hier, concernant le musée de Rio.

Les coupes budgétaires ont raison de l'Histoire de l'Hommes comme des femmes et des hommes eux-mêmes. Les coupes budgétaires d'états absolument corrompus, "dirigés" par des clans quasi mafieux au service de leurs propres intérêts tuent nos démocraties et rend la dictature fréquentable...

Mais il semble que nos sociétés n'ont toujours pas compris que l'ultra-libéralisme nous conduit dans le mur de nos inconséquences et de nos inconsciences. Mais il semble aussi que le fascisme reprend solidement sa place dans nos moeurs quotidiennes, que le chacun pour soi mène à la sauvagerie collective et aux vastes tueries et orgies sanguinaires futuristes...

Pourtant personne ne fait son mea culpa. Personne ne veut admettre que nous faisons fausse route à trop accorder aux très riches, à se désintéresser de notre passé historique "cette nostalgie du temps écoulé et des Civilisations disparues". Le monde actuel est à l'efficacité, au rendement le plus fécond, à la découverte du graal technologique qui invente la tendance futuriste qui s'imposera (il y a peu, nos smartphone, Internet, les réseaux sociaux).

L'être humain, nos enfants, deviennent amnésiques et sans culture du temps long. L'être humain, nous adultes, devenons des zombies gavés aux actualités immédiates, saoulés par des événements artistiques à ne pas manqués, largués et détachés de nos ancêtres, de nos racines culturelles, de nos sources d'inspiration antiques.

"Seuls les anciens peuvent transmettre le savoir" a dit un jour Jean-Claude Biver tout en reconnaissant aussi qu'il n'avait pas la nostalgie du passé mais le goût insatiable du futur. Mais d'aller trop vite en faisant confiance à cette petite élite mondialisée qui dirige tout, concentre tout, les matières premières comme les richesses matérielles, pour le meilleur mais, on s'en rend bien souvent compte, aussi et surtout pour le pire de l'Humanité, mais de marcher sur la lune en marchand sur le dos de femmes et d'hommes contraints à l'abandon et à la misère, à l'esclavage productiviste pour des salaires dérisoires, de tirer des plans sur la comète dans le ciel pour découvrir l'Univers et ses mystères infinis ne nous fait-il pas rater l'essentiel de notre humanité?

Les musées brûlent, l'avenir flambe et nous restons les spectateurs et spectatrices de nos propres errements, croyants désabusés en la foi technologique qui nous materne et nous biberonne, nous rendant dépendants et dépendantes de nos smartphones et de nos réseaux sociaux et d'un futur digitalisé où nos fantômes circuleront après notre mort comme des êtres vivants post-mortem.

L'Homme qui laisse brûler son passé, sa mémoire, est un Homme sans avenir. Il se condamne tout seul, donne la victoire aux intégristes, aux terroristes, aux dictatures les plus folles. Il condamne nos enfants à un avenir encore plus sombre et il ne peut pas être un Homme qui trace l'avenir autrement qu'en une apocalypse terrestre dévastatrice.

L'Homme sans mémoire est un Homme qui a négligé son Histoire, ses ancêtres, ses racines. Il est comme une personne âgée en état végétatif et à l'article de la mort qui ne se souvient plus de ses enfants, de sa propre vie, et n'a aucun souvenir heureux ou malheureux propre à son histoire personnelle.

Est-ce bien à ce genre de femmes et d'hommes nouveaux qu'aspirent nos lumières de l'ultra-libéralisme en formatant nos jeunes à l'intérieur de cet univers carcéral moderniste du tout tout de suite et sans conscience, de ces biens matériels absolument indispensables à l'intégration dans une société perdue croulant sous les biens de consommation alors que tant de gens vivent dans le dénuement, l'abandon par cette société qui se corrompt de plus en plus et qui va trop vite pour eux tout en se fichant royalement des drames humains, des pollutions irrémédiables, du réchauffement climatique, et des musées qui brûlent par négligence absolue d'Etats qui n'ont d'intérêts que financiers et privatisés pour quelques privilégiés d'un système pourri jusqu'à l'os...

Nous avons tous condamné les talibans et autres groupes terroristes détruisant les oeuvres d'art inestimables.

Mais regardons-nous dans un miroir pour ne pas devenir les terroristes et les extrémistes idéologiques qui massacrons notre passé par goût immodéré de soi-disant arts futuristes bien trop souvent fumistes qui ne créent que de la culture falsifiée, bidonnée en opération marketing, de la daube artistique, pour remplir son compte en banque et se faire un joli nom à l'intérieur de salons où le champagne et le caviar coulent à flot tandis que nos grandes oeuvres se meurent et disparaissent en fumée.

 

https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/09/04/indig...