13/09/2018

Le Poète en procès

Le poète ne sait jamais

quand et pourquoi on le chasse,

pourquoi et jusqu'à quand

ce silence.

 

Il sait juste

qu'il est haï

et qu'il n'a pas sa place,

que, s'il s'expose,

il recevra crachats et insultes

en récompense.

Et c'est déjà beaucoup.

 

Le poète ne dit rien.

Il écrit.

Le poète se tient dans la nuit.

Il écrit.

Le succès ne lui monte

pas à la tête

puisque d'insuccès en insuccès

il va,

la bouche en coeur,

l'âme en peine,

la solitude branchée

pareille à des écouteurs

vissées aux oreilles.

 

Il se raconte lui-même.

Il parle aux autres

mais il se raconte lui-même.

Il aimerait juste un instant

qu'on lui dise

qu'il est un homme bien,

un homme difficile

mais un homme bien,

juste un homme parmi les hommes

et qu'on lui a réservé

sa place au banquet des humains.

Mais qui serait ce "on"?

D'où viendrait-il

ce personnage sans visage?

 

Mais le poète fait du Kafka.

Il passe son temps

de porte en porte

et jamais personne

ne l'invite à la conversation;

il attend l'invitation,

tout simplement,

comme un homme

qui a sa place

au banquet des hommes.

Mais "on" ne l'appelle pas

et "on" le laisse enfermer

comme un animal sauvage

dans son château imaginaire.

 

Le poète a écrit son épitaphe

avant sa future disparition:

 

"C'est le Procès qui a fait le poète

et non le poète qui a instruit son Procès."

 

 

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