28/09/2018

Je voulais vous dire, Doris

Cela fait un sacré bout de temps que la politique suisse n'est plus au centre de mes préoccupations et de mon blog...à de rares exceptions près.

Passe les sept sages qu'en reviennent déjà d'autres pour faire de la Suisse un havre de paix consensuelle et perpétuelle. 

Doris, chère Doris, est-ce vos yeux hypnotiques ou encore votre si joli sourire qui vous ont fait gagner tant et tant de victoires populaires? Ou alors est-ce votre subtile intelligence féminine, votre rare intuition, vos éclats de rire spontanés...et vos larmes d'émotion? Un peu de tout cela sans doute. Et encore cette ténacité dans l'adversité pour abattre le lobby nucléaire. Faut dire que Fukushima et le tsunami, tout horrible que fut le drame nippon, vous ont donné un sacré coup de main pour renverser la politique énergétique helvétique. Parfois le mal peut provoquer des réactions nucléaires et un sursaut de survie pour le bien des collectivités démocratiques... C'est pas Nick Conrad, qui a eu besoin de la bêtise de l'extrême-droite pour se faire un nom, qui me contredira à condition qu'il rechange de fusil d'épaule et qu'il franchit à nouveau les frontières de la force obscure vers la force de lumière. Il n'y a pas de douane mais juste Satan et Dieu qui savent mieux que moi ou se situe cette foutue frontière...

Chère Doris, avec vous c'est parfaitement limpide, vous avez géré votre parcours du côté de la lumière: lumière naturelle, lumière médiatique, lumière populaire, lumière éternelle. Vous laisserez un souvenir magnifique de ce que peut devenir la politique quand une Doris prend le pouvoir et, selon ma propre vision démocratique, c'est bien clair, j'en redemande encore et encore des Doris au pouvoir. Mais hélas, elles ne courent pas les rues, les Doris, et encore moins les couloirs du palais fédéral. Une fée lumière qui sait sauver tous les secrets de la démocratie quelque part dans sa tête et dans son coeur, c'est plutôt une denrée rare à notre époque. Une fée lumière qui sait creuser et ouvrir des tunnels vers la...lumière et des perspectives universelles au-delà du mur géant des Alpes, c'est une bénédiction pour un pays comme la Suisse.

Alors je ne sais pas encore qui pourra bien vous remplacer dans le Collège fédéral. Mais j'espère que votre rire et votre classe resteront dans la mémoire de toutes et de tous afin que la politique puisse encore rester un jeu d'êtres humains responsables et non un jeu cynique qui tente d'écraser et de dominer un peuple niqué par un projet mondial fort détestable pour ne pas dire haïssable. Et vous savez de quoi je veux parler, chère Doris.

L'ouverture au monde, oui à jamais. Mais la domination de l'économie par les très très riches et la soumission de tous les peuples à une petite élite qui se pavane et se compromet avec les dictatures du monde, non à jamais. Je dis pas "haro sur le baudet" mais tout de même. Baudelaire avait raison. "Haro sur la bêtise humaine" et plus particulièrement sur celle des puissants qui perdent le sens des réalités populaires et de la volonté démocratique des peuples.

Je crois que nous devons être d'accord sur ce point de vue étant donné votre positionnement politique.

Bonne chance pour vos prochains combats et bon retour au sein de votre famille qui vous manque tant. Le temps nous manque à tous et toutes pour être plus présents à celles et ceux qu'on aime. 

Avec mes meilleures pensées, chère Doris.

 

P.S. Je termine ce billet par un extrait de fable de La Fontaine tiré d'un article sur le journal "La Croix" https://www.la-croix.com/Culture/Livres-Idees/Livres/Haro...

 Les Animaux malades de la peste

Un mal (…) que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, (…) Faisait aux animaux la guerre. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés (…). Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune ; Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-être il obtiendra la guérison commune. (…) Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence L’état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons J’ai dévoré force moutons. (…) Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter selon toute justice Que le plus coupable périsse. – Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse (…). Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins, Au dire de chacun, étaient de petits saints. L’Âne vint à son tour et dit : J’ai souvenance Qu’en un pré de Moines passant, La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. À ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue Qu’il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n’était capable D’expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine, Fables, Éd. GF Flammarion, 2007.

Geneviève Peillon
 
Les Animaux malades de la peste, Jean Effel, 1975.

Les Animaux malades de la peste, Jean Effel, 1975. / 1975/COLL. JONAS/KHARBINE-TAPABOR/ADAGP, PARIS 2015

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