12/10/2018

L'Enfant Noix de l'Aquarius

 

Il a quitté l'Afrique

sur une coquille de noix.

Il a quitté ses parents,

ses frères, ses soeurs,

ses amis.

 

Il a tout quitté

pour espérer encore

de cette vie

avant la mort.

Il a laissé ses amours,

sa terre natale,

sa vie,

pour une nouvelle vie.

Ailleurs, bien ailleurs.

Un autre continent,

d'autres gens,

d'autres cultures,

d'autres façons d'aimer,

d'autres légendes,

rien d'autre que cette soif

d'apprendre

encore et encore

de l'existence

pour grandir en amour.

 

Mais personne ne l'attend.

Mais personne ne l'entend.

Mais personne pour lui dire

"je te désire"

Mais personne.

 

C'est un gitan, un damné,

un poète maudit,

un garçon taudis, interdit,

un garçon étourdi

par la trop longue nuit

sur sa coquille de noix

qui roule et tangue sur la mer

pour un funeste destin.

 

Et puis dans un rêve

durant le naufrage attendu,

et puis dans un rêve

juste avant la noyade suspendue,

il y a ce "je" et ce "nous"

sortis de nulle part

qui le désirent et le sauvent

de la mort,

ce "je" et ce "nous" qui lui disent

"Monte à notre bord, mon garçon,

ma fille, mon frère, ma soeur.

Tu es maintenant des nôtres."

 

Et l'Enfant Noix

condamné à la sanction suprême,

squelette de l'Océan

abandonné de tous,

disparition anecdotique

sans cimetière

ni bénédiction divine,

une famille en deuil

hurlant sa douleur

dans ce silence de plomb.

Et l'Enfant Noix,

comme un déchirement,

comme un accouchement,

revient à la vie et au monde

dans un cri

et monte comme une résurrection

à bord de l'Aquarius.

 

Sauver un seul être au monde

c'est sauver l'Humanité entière.

 

Jean-Marie Gumy

Pachakmac

 

dédié à l'Aquarius, son équipage, ses passagers

et passagères provisoires

dans l'espoir qu'il puisse parcourir encore et encore

la Méditerranée à la recherche d'enfants noix.

 

 

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