11/12/2018

Joyeux Noël, mon gilet jaune

Marie était allée chercher un couteau dans la  cuisine, mais ce n’était pas pour couper la bûche…

Nous étions alors rentré dans le temps de l'Avent et Marc venait de dire à sa compagne que pour un temps de paix nous étions plutôt entré dans un temps de violence, d'incohérence, de haine, et d'incendie en guise de révolution.

En revenant de la cuisine, Marie se campa entre le sapin de Noël et son homme et posa, d'un ton sévère et très autoritaire, la question qui tuait en ce moment  tous les gilets jaunes en général et son fiancé Marc en particulier.

"Avant quoi, Marc!? Y'en a marre! On se les gèle chaque jour sur les ronds points et on tourne en rond. Le Macron, il nous jette sa poudre de perlimpinpin aux yeux tandis que le peuple regarde comme des moutons consommateurs au lieu de nous rejoindre dans la rue. Regarde bien ce couteau. Si on ne se bat pas, si on ne lutte pas pour la cause, nous n'aurons ni révolution, ni jamais rien et notre civilisation est foutue."

Marc était resté stupéfait devant elle. Sa si douce Marie semblait transfigurée non pas en une gentille madone de Noël qui attendait impatiemment les cadeaux de son homme et se réjouissait d'en distribuer à ses enfants et à son homme mais à une femme déterminée, une pétroleuse prête à enflammer tout Paris.

Que répondre encore quand une femme ne supporte plus les fins de mois qui arrivent bien trop vite au début du mois et que plus rien ne va économiquement pour les gens pauvres comme elle? Marc ne savait plus trouver les mots qui apaisent, les mots d'espoir pour des lendemains meilleurs...

Son attention se porta sur le petit cavalier gaulois qui se tenait fièrement sur la commode. Et il formula ainsi ces quelques mots pour son épouse.

"Tu vois, Marie, Vercingétorix, après avoir été un grand chef gaulois au service de César, décida un jour de se retourner contre le dominateur et engagea ses troupes, et celles de toutes les Gaules qui avaient décidé de se révolter et de résister à l'Empire, pour reconquérir l'indépendance et la fierté d'être gaulois chez soi. Trop insuffisant. Trop nombreux furent les chefs gaulois qui décidèrent de rester dans l'Alliance avec César et combattirent eux-mêmes Vercingétorix et ses alliés. Il finit par perdre, de façon héroïque, à Alésia et se rendit à César avant de croupir dans les prisons romaines plusieurs années. Au final, amaigri et malade, il fut exécuté sur ordre de César. Et bien pour nous, ce sera pareil. Si nous sommes si peu nombreux dans la rue et aux ronds points, si les Françaises et Français nous soutiennent majoritairement mais ne nous suivent pas pour renverser notre César à nous, nous n'avons aucune chance de faire la révolution et nous détruirons en plus notre jolie famille."

Marie se fâcha tout rouge.

"Mais t'es une merde, Marc! T'as pas de couilles! Il faut qu'on prenne les armes et tant pis si on finit comme Vercingétorix. Au moins, nous aurons su garder notre dignité! Regarde bien ce cavalier. Il a un gant de fer qui se termine avec une lame à tête de serpent. A la ceinture, il porte une hache et un poignard ou une courte épée. Son cheval galope vers l'ennemi. Et son casque se termine par trois serpents. Imagine-toi que c'est un gilet jaune! Que lui c'est nous! Que lui c'est toi et moi! Et que nous allons faire cette satanée révolution!"

Marc resta songeur. Devait-il encourager et suivre Marie vers sa dérive violente et sans issue pour rester son homme, son héros? Où n'était-il pas de son devoir d'homme responsable de calmer l'incendie qui enflammait le cerveau de Marie au risque de laisser chez son amoureuse l'impression qu'il dégageait désormais l'aura d'un pleutre mollusque n'osant plus rien et s'écrasant devant la toute-puissance des trop riches et des arrogants?

"Ecoute Marie. Moi, au peuple et aux chefs populistes de la télé, je ne fais pas plus confiance qu'à Macron. Si je suis aux ronds-points avec mon gilet jaune c'est pour obtenir quelque chose comme de la reconnaissance entre nous tous, de la solidarité autour du feu allumé, des liens qui se tissent entre nous, gens de peu. Mais monter à Paris pour se faire massacrer par les CRS, c'est pas la peine. Si le peuple français voulait vraiment cette révolution, il serait dans la rue avec nous et enfermerait Macron à L'Elysée jusqu'à ce qu'il cède et démissionne. Ils sont où les millions de gens dans la rue nécessaire à cela? Pas besoin de violence, Marie. Juste nous, les Gaulois, les Gauloises, et notre détermination, des millions de gens qui se relaient devant le Palais du Prince durant quelques jours et empêchent Macron de circuler. C'est parfois très simple une révolution, pas besoin ni de sang, ni de violence, ni de drame. Juste un homme seul qui doit affronter seul des millions de gens dans la rue, et il se retrouve défait, perdu. C'est la démocratie qui permet cela. Quand je saurai qu'il y aura des millions de gens prêts à cela, alors nous irons à Paris faire la révolution avec eux et elles tous. Je te veux en vie, Marie, héroïne de notre quotidien, et je veux que nos enfants ne deviennent pas orphelins et placés dans des familles d'accueil. C'est ma toute première priorité, mon ange." 

Marie posa le couteau à côté du cavalier que son mari avait sauvé miraculeusement de la disparition en le ramenant à leur maison. Il l'avait trouvé chez un brocanteur qui l'avait racheté à un antiquaire qui le prenait pour un jouet d'enfant, un indien en plomb d'une date relativement récente. Hors non. Selon Marc, c'était un trésor unique et inestimable qu'il avait déniché et sauver d'une possible disparition plus ou moins futuriste au fond d'une poubelle. Un objet qui n'existait nulle part, même pas dans les musées. Il avait pris soin de tout analyser et d'en prendre quelques clichés. Il s'apprêtait à en faire cadeau à une association qui protégeait le patrimoine et les vestiges d'une villa romaine. Justement. Marc portait d'ailleurs le nom de famille d'un fameux empereur: Marcus Probus. Et Marc se faisait un grand honneur de défendre l'esprit gaulois de concorde, de paix et de partage avec son illustre patronyme romain.

Marc finit par adoucir les mots de Marie et lui promis de rester cet homme prêt à la révolution à condition que le peuple suive le mouvement.

"Demain, je passe à la poste et j'envoie notre beau cavalier à l'association. J'espère qu'il ne disparaîtra pas encore une fois et que le peuple gaulois pourra l'admirer au musée. En attendant, je publie notre petit conte de Noël sur Internet avec les fameuses photos de notre gilet jaune vieux de plus de 2000 ans. Une sorte de résurrection flamboyante de l'esprit gaulois."

Marie esquissa un sourire sur ses lèvres rouges et embrassa son homme d'une façon fougueuse en regardant le beau cavalier gaulois.

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Bronze gaulois, date probable -400 à - 100 avant J.-C.

remis par courrier postal recommandé à l'APYM avec d'autres objets précieux

(Association promotion de la Villa Yvonand-Mordagne)

Yverdon, Suisse.

 

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Gant métallique et lame en tête de serpent posée sur la plaque de protection du cheval

 

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