09/01/2019

L'heure est grave...mais je garde un brin de légèreté

Je vais écrire des choses que je pensais ne devoir jamais écrire sur mon blog à propos de la France.

Ces choses, ce sont des choses très loin du pays des Lumières, celui que j'aime, celui en qui je crois, celui que je rêve depuis si longtemps.

Ecoute Manu, je vais monter sur Paris. Ce qui me chagrine vraiment c'est que je ne sais pas si je risque plus ma peau en venant manifester dans la Capitale de la Révolution démocratique de 1789 que lorsque je suis parti à la frontière turquo-syrienne en 2012, si je ne me trompe pas d'année, pour soutenir le peuple dans cette misère de la guerre avec mes pauvres deniers de mon travail, mon pauvre, beaucoup trop pauvre secours d'être humain et de citoyen du monde.

Bon. Je l'écris tout de suite pour les soupçonneux qui lisent ce blog et les paranos du complot et du fake, j'ai les preuves de mon voyage là-bas, à la frontière de la mort. Il suffit d'aller lire mes billets sous "Café turc à la Syrienne dans la colonne de droite de ce blog.

C'était un temps de révolte où je n'en pouvais plus de l'impuissance des grandes puissances et leur envie de déchirer tout un peuple, tout un pays au nom de leurs intérêts et de la géostratégie politique... C'était un drôle de temps. Mon fils a pleuré en me priant de ne pas partir là-bas. Ma soeur m'a traité de cinglé et de malade. Enfin, bref, c'était dur de dire que j'avais pris cette décision "effarante" à ma famille.

Aujourd'hui, Manu, je vais rien dire à ma famille. Tu te rends compte si je leur dis? Tu te rends compte que l'on ne peut plus venir à Paris sans prendre le risque de mourir? Non. C'est sûr. Tu ne t'en rends même pas compte parce que nous, les Gilets Jaunes, nous ne sommes rien et que même ce grand philosophe de Luc Ferry demande à l'armée de nous supprimer. Bonjour la France. Bonne nuit la démocratie.

Alors voilà. Je vais venir. T'inquiète, je ferais rien de mal, enfin rien sauf si tes CRS se lâchent comme des chiens sur les non-violents et qu'ils ne nous restent que nos pauvres mains pour défendre notre vie.

Je te le dis, Manu. Je n'aurai ni flingue, ni couteau, ni grenade, ni rien de dangereux dans mon sac à dos. J'aurais juste une tenue de rechange au cas où je me fais arroser par un de tes canons à eau qui ne sont pas des jouets d'enfant. ça tombe bien. Ma tenue de rechange sera entièrement orange comme les gars à Guantanamo. Comme ça, si tes flics me mettent en garde à vue, j'aurai immédiatement la tenue adéquate pour rester en cabane. Et, en même temps, ça me rappelle un de tes tics verbaux, cette tenue orange c'est un de mes vêtements professionnels, ma tenue de cuisinier. Donc, je pourrai faire la bouffe aux prisonniers. Je coûterai moins cher à la France.

Et puis, Manu, je prends avec moi un petit bidule en gilet jaune qui pousse des petits cris et parle tout en Chinois. C'est pour tes CRS qui comprendront sûrement mieux la langue jaune des Chinois que la langue des Gilets Jaunes, comme toi d'ailleurs. Pourquoi ce jouet d'enfant? Peut-être pour rigoler un peu avec les autres Gilets Jaunes alors que l'atmosphère sera plombée par les gaz lacrym. Et puis, en 2012, à la frontière syrienne j'ai été arrêté par une brigade de l'ASL (l'Armée syrienne libre), qu'elle s'appelait alors à l'époque. En fouillant mon sac, ils ont trouvé un petit tigre gris en peluche destiné à un enfant. Peut-être que cela m'a sauvé la vie. J'en sais rien. En tout cas, ils étaient très fâchés avec mon guide mais comme ça parlait dans leur langue à eux, j'ai rien compris sauf que les Français étaient très mal venus là-bas (j'ai dis que j'étais Suisse quand même) mais ils nous ont laissé repartir du côté turc.  Je suis très sérieux en écrivant cela et je dis la vérité. J'ai senti la tension et j'ai même eu peur qu'ils nous tirent dans le dos en repartant avec la moto. Mais non. Nous sommes ressortis en vie. Mais cela m'a bien calmé. Et après cet épisode, je suis resté du côté turc de la frontière.

Alors voilà, j'espère que le bidule jaune que je prends avec moi sera source de rire parmi les révolutionnaires et qu'il nous protégera tous et toutes de la mort. Au fait, si tes CRS m'arrêtent avant, à la frontière par exemple ou devant les barrières à Paris, préviens-les que ce bidule ce n'est pas une bombe. Juste un jouet d'enfant. J'ai pas envie de me retrouver jeter à terre avec une kalach sur la tempe. Zen. Tes CRS doivent rester zen. Je ne suis pas un terroriste.

Pour terminer, je prends deux médailles de Charles de Gaulle, fondateur de la Vème République. De Gaulle que ma mère aimait tant. Elles ont été fabriquées en Suisse, au Locle, chez Huguenin Médailleur, employeur de mon père ex-dessinateur-graphiste.

La grosse médaille, elle est pour toi, tonton Macron (je pense plus à Duvalier et ses tontons Macoute qu'à Mitterand en écrivant cela) si tu décides de démissionner au grand bonheur de la France. Et si tes CRS viennent me chercher, perso, je ne viendrai pas te chercher à l'Elysée. C'est à toi de démissionner de ton plein gré. Et non aux Gilets Jaunes de te tirer par la culotte dehors de l'Elysée. Quant à la petite médaille de De Gaulle, elle est pour Toudoux Philippe s'il arrête enfin de démonter les Gilets Jaunes et qu'il s'en va avec toi. Pour Benalla, hélas, je n'en ai ni une grosse ni une petite. Mais bon. Il s'est déjà barré et il mérite pas une médaille de ma part. 

Fin de la Vème République pour tout le monde.

Bon voilà. Au cas où je dois décliner mon identité à tes CRS, ce sera Carmen. J'ai toujours écris, aux poteaux sur Médiapart, que si on devait se retrouver un jour sur les barricades, ce serait Carmen mon nom de révolutionnaire. Un nom de fille, quoi.

Voilà. T'inquiète. Je ferai en principe pas long dans la capitale. J'ai mon job qui m'attend toujours et je ne veux pas le perdre. je viens juste parce que je sens que je dois le faire pour être au moins là une journée avec les Gilets Jaunes. Alors, s'il te plaît, laisse-moi au moins la journée avec eux. Après, si tu veux me coincer quelque part, t'as Google Mouchard pour me pister. Parce que je prends ma seule arme qui puisse défendre les Gilets Jaunes: mon téléphone portable qui prend des images et peut-être des sons et qui est ma seule arme défensive traîtresse, hélas, traîtresse comme un délateur qui te suit à la trace...

Manu, tout cela est très sérieux. Je monte à Paris dans l'espoir que tout change au pays des Lumières. Vive la Révolution!

 

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