06/03/2019

"Il est bizarre, on sait pas d'où il vient, il fait un peu mutant"

 

C'était le 17 janvier 2017 sur France 2. Dans le Journal de Davis Poujadas, Michel Houellebecq s'exprimait avec ces mots pour donner son impression sur Emmanuel Macron:

"Il est bizarre, on sait pas d'où il vient, il fait un peu mutant."

L'écrivain renommé semblait faire part d'une nouvelle obsession personnelle tout au long de l'interview: "L'amour ça rate de peu" et semblait promettre un nouveau roman qui parle de sentiments plutôt que de politique ou de religion, sujets à polémiques sans fin.

Michel Houellebecq le Cynique, l'homme des relations sexuelles mécaniques, fades, et utilitaires, l'homme revenu de tout, semblait prendre un nouveau virage, peut-être à la recherche de l'amour, du grand amour durable. Avec Sérotonine c'est l'appel au bonheur, à la relation réussie plutôt que l'échec amoureux déprimant qui fait bander l'écrivain comme pris d'une sorte de remord, de regret à se complaire dans un état dépressif permanent tout au long de ses romans. 

L'écrivain semble soudain croire à l'amour capable de révolution personnelle et collective devant le massacre de la politique par l'économique tout autour de l'Hexagone et à l'intérieur de celui-ci, le suicide d'un peuple qui n'en peut plus et n'en veut plus de cette financiarisation du monde et des individus considérés comme force de production impersonnelle au service du grand capital, un peuple qui vomit sa haine, son dégoût, et son rejet de tout et de tout le monde. Sérotonine est peut-être un appel au secours, un appel à l'armistice social, un appel à la paix retrouvée après avoir vaincu la dopamine d'un leader politique surpuissant qui se croit le nouveau Messie d'une France exclusive des riches, d'une France hors-sol qui convient aux bobos mondialisés, aux partisans et acteurs d'En Marche, mais qui sodomise grave, encule à la façon d'une blague ultra-violente de Bigard, déchire et viole le peuple passif qui soudain dans un MeToo collectif va se révolter en jaune contre cette dictature du Mâle dominant, révolutionnaire de fait à l'insu de son plein gré, ce peuple abusé et violé, déchiré et cassé, ce peuple qui bosse et trime pour à peine survivre en se faisant insulter par son Président, ce peuple mis en concurrence avec le migrant lui-même hyper mal-traité qui va accepter tout et n'importe quoi pourvu qu'on lui donne un salaire d'esclave pour l'envoyer aux siens restés au pays et en attente de cet argent misérable ici mais indispensable là-bas; avec les travailleurs européens qui passent de frontière en frontière et rentrent en conflit avec les travailleurs et travailleuses sédentaires qui auraient besoin d'un salaire largement plus élevé pour nourrir leur famille vivant sur place avec eux.  

Un peuple entier en salopette Coluche qui retrouve sa dignité sous le regard percutant de l'humoriste défunt et qui est passé de "l'inconsistante lopette de 46 ans qui ne bande plus, loser et individu incapable de rien" à un être doué de révolution intérieur qui aspire désormais au bonheur, à l'égalité, à réussir sa vie grâce à la reconnaissance, au regard des bobos sensés passé du pire des regards (le loser invisible) au meilleurs (le conquérant magnifique sans peur et sans reproche). Et c'est donc le gilet jaune, ce gilet qui est sensé protégé le conducteur en panne sur l'autoroute (panne métaphysique de l'impuissance, essence de l'humanité, sens à sa vie), qui va lui servir de guide et de chemin, de sérotonine et d'appel au bonheur durant les semaines passées sur les ronds-points et les péages autoroutiers ainsi que dans les marches hebdomadaire du samedi. 

Evidemment, dans la réalité, l'amour entre les bobos et les gilets jaunes ratera sans doute de peu. Hélas. Et c'est donc le drame national avec son lot de mutilés, d'embastillés, de femmes et d'hommes encore une fois vilipendés et rejetés des bobos. Le drame d'un pays qui a un PDG de start-up à sa tête au lieu d'un De Gaulle qui remet sa démission et qui connaît et reconnaît la pâte du bon peuple sage et rationnel quand il est écouté, un De Gaulle qui fait confiance au peuple malgré son désavoeu à son égard, donc oui, le pays d'aujourd'hui a un jeune freluquet arrogant tombé en politique par inadvertance sous les appels du pied du grand patronat qui voit d'abord en cet homme le second couteau, arme de secours, derrière François Fillon... Mais si par hasard Fillon chute sous des révélations coupables, il y aura donc ce jeune loup aux dents très longues, ce Macron beau-parleur, ce bankster intrépide capable de mettre un uppercut définitif à la Loi Travail et donc au peuple qui bosse et trime tout en enrichissant davantage les très riches par de nouveaux privilèges législatifs. Michel Houellebecq, sur ce coup, n'a pas vu, n'a pas été assez visionnaire, n'a pas pensé que le petit Blanc déprimé allait sortir de ses gongs et devenir réellement ce révolutionnaire magnifique que l'on sait désormais. Florent, son héros, se réveille bel et bien dans la peau du "mammifère qui bande" et retrouve son "phallus triomphant" en tenant tête depuis quatre mois déjà à Jupiter, dieu de l'olympe financière. Florent, son héros, va finir, dans la réalité actuelle des gilets jaunes, par trouver cette femme qui va "sauver sa bite, son être, et son âme", Et cette femme s'appelle Camille, prénom féminin et masculin, car chaque femme gilet jaune espère aussi trouver cet homme qui va "sauver son vagin, son être, et son âme" de la perdition morale et de la sinistrose ambiante. Camille comme les éco-révolutionnaires de Notre Dame des Landes qui s'appelaient tous et toutes Camille durant l'intervention violente policière du printemps dernier.

Houellebecq a écrit son roman d'amour mais il semble qu'il ait raté sa conclusion, un no happy end pour son héros Florent qui finalement restera confiné à ce rôle de perdant dépressif jusqu'à la fin de ses jours.

Gilets Jaunes, à vous toutes, à vous tous, de prouver que votre écrivain national a tord et que Sérotonine mériterait une autre conclusion que cet amour qui rate de peu son but du bonheur collectif et individuel... 

La révolution jaune n'est pas l'oeuvre de ratés de l'Humanité. Elle est de celle qui sauve l'Humanité de sa perdition.

 

Les commentaires sont fermés.