19/04/2019

Quand tout aura disparu

 

Au travers des millénaires

l'Homme passe et trépasse.

Que reste-t-il de son passage?

Qu'avons-nous su et pu retenir de  lui?

 

Les vestiges du temps

resplendissent de leur mystère

et leur silence nous interroge.

Il y a d'abord ses tours de pierres,

les pyramides d'Egypte,

celle des Mayas,

les colonnes grecques,

les amphithéâtres romains,

de la pierre, encore de la pierre,

toujours de la pierre,

rien que de la pierre.

 

Et l'Homme aime s'y perdre

et se surprend même à fantasmer

en remontant le temps

pour aller s'imprégner

de la vie d'autres Civilisations.

 

Les Civilisations qui ont bâti

sur la pierre sont celles

qui nous imprègnent davantage

et nous interpellent encore aujourd'hui.

Les autres ont été englouties

et leurs vestiges n'appartiennent

qu'aux musées archéologiques.

On ne peut s'y perdre aujourd'hui

dans un dédale de murailles

ou monter au sommet

d'une pyramide

admiré le monde

et dire comme Napoléon:

"Allez, et pensez que du haut

de ces bâtiments, quarante siècles

vous observent."

 

Les pierres détiennent les mystères

et renferment en elles

les cris, les joies, les fureurs,

les clameurs, les complots,

les pleurs, les peines,

les amours, les adultères,

des femmes et des hommes.

Elles seules savent toutes les énigmes,

toutes les intrigues, toutes les horreurs,

toutes les passions, tous les drames,

tous les crimes, toutes les beautés,

toutes les histoires d'alcôve,

les romantiques comme les forcées.

 

Le livre est de papier,

fragile il se détruit bien plus vite

si l'Homme n'y prend garde

et l'entoure de soins méticuleux.

Combien de manuscrits uniques

ont disparu à tout jamais

dans l'incendie

de la bibliothèque d'Alexandrie?

 

Le livre est un repère,

une main, un coeur, un esprit

qui l'a habité de façon unique.

La pierre est un testament,

une Civilisation perdue

qui y a enfermé à tout jamais

son Histoire collective

pour que l'Homme du futur

se souvienne d'elle

par le Verbe et par la Pierre.

 

Si des barbares sont insensibles

à la valeur historique

de nos monuments;

si des barbares se moquent

de la destruction de Notre-Dame

et s'en réjouissent d'un petit tweet idiot,

ils ne savent pas, les malheureux,

qu'il ne restera rien de leur folie.

 

Notre Civilisation d'internautes

est la plus éphémère de toute.

Elle ne laisse ni pierre ni livre.

Si demain elle tombe,

rien de ce qui aura circulé

par des circuits électroniques

ne restera dans l'Histoire.

Nous sommes la plus fragile

de toutes les Civilisations.

Nous léguons tout, nos passions,

notre foi, nos trésors, nos images,

nos mots, nos techniques,

nos sciences,

à un nuage virtuel planétaire,

nos oeuvres sont les plus éphémères

de toutes l'Histoire humaine,

même nos monnaies deviennent

plastique et plus encore cryptées.

 

Si le malheur tombe sur nous,

il ne restera rien de nous.

Que nos murs, nos pierres,

Notre-Dames de Paris

habitée par les lierres,

les chênes, peut-être,

la végétation, les papillons,

les fleurs, les abeilles,

les renards, les hiboux,

les écureuils, et le silence

de notre Civilisation disparue. 

 

Alors c'est dans la pierre,

toujours dans la pierre,

et rien que dans la pierre,

que nous léguerons notre mystère

au vent, à la pluies, au soleil,

aux végétaux et aux animaux.

 

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