30/05/2019

Gouverner au sein d'une commune

Très belle émission d'Infrarouge, hier soir, sur TSR1.

Pour celles et ceux qui ont résisté à la finale de foot d'Europa league (ce qui n'est pas évident quand on aime le foot et plus particulièrement le foot anglais), il y avait donc cette émission assez extraordinaire qui nous plonge en immersion dans la vie du Conseil communal de la Tchaux sur une période d'une année entière suivit d'un débat très instructif sur le pouvoir, de plus en plus restreint, qu'il reste aux communes pour réellement gouverner.

Chez nous, la façon de gouverner semble irréel vu des pays voisins, en particuliers chez nos amis Français. Un UDC (extrême-droite) qui fréquente à l'année un Popiste (extrême-gauche) qui plus est président de Commune, une Libérale minoritaire qui doit se plier plus souvent qu'à son tour à la politique de gauche du Conseil communal au pays de l'ultra-libéralisme... Imaginez ça en France, c'est de la pure science fiction! Et pourtant ça marche! Parce que la magie de la politique en Helvétie c'est que finalement nous essayons tous et toutes d'oeuvrer d'abord au bien commun ou, du moins, au bien qui nous semble commun au plus grand nombre de la population ce qui, bien évidemment, est sans doute impossible dans l'absolu. Chaque histoire individuelle ne peut pas se confondre avec la vie collective d'un pays. Chacun et chacune nous devons porter notre part de souffrance et d'incompréhension que la politique ne peut résoudre de façon collective même avec les meilleures intentions du monde.

Si la Suisse fonctionne nettement mieux que certains de nos pays voisins qui, d'Italie en Grande-Bretagne en passant par la France, virent extrême-droite en dénonçant la politique néo-libérale de l'Europe calquée sur l'Amérique...virant pourtant conservatrice et contre un certain libre-échangisme qui ne leur serait pas assez favorable selon Trump (disons vulgairement que Trump a l'impression d'être cocufié trop souvent par les Chinois sur le plan économique et trop gros actionnaire militaire d'une Europe qui ne veut pas payer sa part des dépenses tout en se faisant entuber par une Amérique qui espère toujours la vassalité de l'Europe (ah Couchepin disant que le président de la Confédération ne peut que se plier à la convocation d'un Donald Trump, quel régal de soumission politique), si la Suisse donc fonctionne mieux et dans une paix sociale constante, nous le devons au génie et aux mécanismes fédéralistes qui permettent de faire vivre la démocratie et de contenter une grande partie de notre population bien que ça râle un peu partout et "qu'on nous prenne pour un peuple de gentils moutons" qui aime se faire tondre. Nous sommes le pays des bisounours...

Si la Suisse peut se vanter d'animer une vraie démocratie vivante à travers ses différents niveaux de compétences et de pouvoir, si notre service public radio-télévision est sans doute beaucoup plus libre et indépendant qu'ailleurs pour créer des émissions qui donnent à réfléchir et à penser la démocratie d'aujourd'hui et de demain (merci entre autres Temps Présent et Infrarouge ainsi que toutes les autres émissions hebdomadaires ou même journalière qui parlent de chez nous, de nos régions, nos villes, nos communes,  nos campagnes, notre économie, nos habitants) la Suisse devrait quand même sortir de son cocooning providentiel et faire l'effort d'aller voir ailleurs et comprendre pourquoi, dans de nombreux pays Européens, les Gouvernances nationales virent au fascisme après avoir pratiqué une politique néolibérale très autoritaire voulue par Bruxelles...et l'Amérique. 

Le bon mot, je le laisse à Pascal Couchepin, ancien Conseiller fédéral et ancien président autoritaire de la commune de Martigny en Valais, qui a dit, hier soir, sur le plateau d'Infrarouge, quelque chose approchant ça: oui, on peut gouverner ensemble parce la gauche et même l'extrême-gauche se sont ralliés au principe de la politique libérale (plutôt ultra-libérale mais il ne l'a pas dit). Cela a fait bien rire Théo Bregnard, POP (extrême-gauche), Président de la commune de la Chaux-de-Fonds qui n'a pas vraiment contesté quoique. Il n'en pensait pas moins lui le président de commune qui l'a joue collective au sein de son propre Conseil communal. 

C'est l'art de la différence. Pour mener une véritable politique de gauche progressiste, il faut d'abord des gens solidaires les uns des autres qui mettent en avant et prioritairement les qualités humaines et les compétences de chacune et chacun avant les dogmes idéologiques des uns et des autres alors que pour mener une politique ultralibérale il faut la contrainte et la soumission du peuple à des autorités supérieures, autoritaires, qui font, à travers des entités supranationales, de la réussite individuelle leur graal en pratiquant une politique très favorable aux puissants (aux dictateurs) en niant et méprisant bien trop souvent la fragilité humaine et la nécessité d'aider les plus petits que soi sans pour autant leur infliger la domination des puissants à travers l'aide toujours plus rachitique apportée par l'Etat. Trouver des moyens d'expression pour que chacun et chacune se reconnaissent dans la vie en société, s'aiment, s'apprécient, s'entraident dans les coups durs et surtout comprendre celle et celui qui sont sortis du cadre de la société pour vivre une forme de marginalité originale sans dénigrer constamment ces personnalités libres qui n'auraient pas d'oreilles du côté de ce monde dur de l'ultra-libéralisme.

L'ultralibéralisme n'est pas l'aboutissement de notre civilisation humaine. Il en est qu'un outil provisoire de mutation civilisationnelle. Nous sommes dans un temps ou les urgences climatique et sociales exigent de nous une nouvelle mutation idéologique. La Suisse doit participer à cette révolution européenne et mondiale au lieu de mépriser avec condescendance les égarements dans cette violence ultralibérale et ces fascismes qui montent désormais en puissance en réaction à des politiques souvent iniques et bien trop brutales pour les peuples et les diverses communautés les composant.

Pour terminer, et comme la Commune est au centre de cette émission d'Infrarouge, je voudrais tirer un parallèle avec la Commune de Paris, ce fameux épisode révolutionnaire sanglant qui a eu lieu entre mars et mai 1875 à Paris. Si tout explose à cette époque et que les morts sont nombreux, c'est que l'Assemblée nationale est composée de monarchistes (on dirait de néolibéraux macroniens aujourd'hui) et que le mouvement communard (on dirait les Gilets jaunes aujourd'hui ou du moins une bonne partie des gens qui composent ce mouvement), en résistance frontale, veut créer une ébauche d'autogestion pour Paris sur un modèle communiste.

En regardant à la fois Pascal Couchepin et Théo Bregnard hier soir sur le plateau de TSR1 nous avons pu voir qu'au XXIème siècle la cohabitation entre un citoyen autoritaire, carré, ultra-libéral et un citoyen communautaire, un peu lunaire, un brin anarchique, et leur façon à tous les deux de partager leurs expériences se passent sans jets de pavés, sans flashball, sans gaz lacrymo, sans répression, sans blessés de guerre.

La France devrait regarder la Suisse et la Suisse devrait regarder la France. Ensemble, nous pouvons révolutionner le monde.    

 

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