01/06/2019

Vincent Lambert: que dirait-il s'il pouvait parler?

Que dirait Vincent Lambert s'il pouvait dire le font de sa pensée en cet instant?

Impossible d'entrer dans la personnalité, et plus encore dans l'âme, d'un être humain. Nous ne pouvons que réfléchir en fonction de nos propres sentiments et sur les bases fictives d'une même situation nous atteignant dans notre propre existence.

Lettre fictive d'un fils et d'un mari entre la vie et la mort

Cela fait 11 ans que je ne vis plus comme vous. Je vous ai quitté le jour de mon accident et je pense que je ne reviendrai plus parmi vous tous. Une machine me maintient en état de vie artificielle. Je ne peux plus partager avec vous ma façon de vivre et d'aimer. Vous tous pouvez parler du maintien ou non de mon existence. Je ne suis même pas libre du choix de ma mort.

Je vous comprends vous mes parents qui refusez que je disparaisse physiquement à vos regards, vous qui m'avez éduqué et chéri, vous qui aimez votre fils et le protéger de ceux qui veulent ma fin, vous qui persistez dans l'espoir que je revienne un jour à la vraie vie. A vrai dire, je suis impuissant et je ne peux vous promettre que je reviendrai parmi vous. Les dégâts sont irréversibles et, sauf miracle divin, je ne reviendrai pas.

Je te comprends toi ma femme qui veut me libérer de cette vie végétative dont j'ai toujours dit que je ne voulais pas avant mon accident, cette vie indigne d'un être humain, selon moi, avant qu'il m'arrive ce grand malheur. Et je sais que ma présence sur ce lit d'hôpital t'empêche toute perspective d'avenir sereine et libre. Le conflit avec mes parents t'es tout simplement ingérable et tes souffrances sont terribles. J'aimerais pouvoir dire "débranche-moi mon amour" mais, en même temps, je sais que mes parents subiraient une douleur infinie. Ils vivent à travers ma présence au monde et je crains que le vide créé par ma disparition définitive ne les consolent à jamais de mon choix. Pourtant je pense que pour eux aussi, ce serait une libération et un droit à une vie nouvelle sans toute cette presse, cette justice, ce peuple qui juge en non connaissance de cause puisqu'il n'est pas dans ma peau ni dans la vôtre, ma famille, ces juges qui disent une fois oui, une fois non, quant au droit de me débrancher, ce gouvernement français qui se mêle de mon cas et qui prend parti pour mon départ définitif.

Si ma vie en est réduite à cette machine qui me maintient parmi vous, vaut-elle la peine de se poursuivre? Sans cette machine, je serais parti depuis très longtemps. Toi, mon épouse, tu aurais sans doute pu refaire ta vie. Vous, mes parents, vous auriez pu faire votre deuil et repartir le coeur léger vers un autre horizon que ces quatre murs d'hôpital qui sont devenus le lieu terrible de votre prison et de votre immense douleur perpétuelle à vous tous en imaginant que vous comme la médecine auriez fait votre devoir et le maximum pour me sauver la vie et me ramener à une existence dite normale et viable. 

Je ne peux donc rien vous dire de plus puisque je ne peux pas vous exprimer mon choix et mon désir de vous libérer. C'est à vous, ma famille de trouver la paix et de vous réconcilier. C'est à vous et non au gouvernement de trancher. C'est à vous d'avoir le courage de me laisser partir en paix. Et c'est à vous de décider ensemble, comme une vraie famille, du choix que j'aurais fait de toute évidence si j'avais pu vous parler.

Je vous aime. Trouvez la sagesse qui vous donne cette force de faire le seul choix légitime qui me paraît raisonnable et humain, le choix souverain, vous mes parents, toi mon épouse, qui vous revient et ne déléguez à aucun organisme gouvernemental le choix de débrancher cette maudite machine qui me maintient artificiellement parmi vous tous depuis onze trop longues années de détresse et de torture mentale qui vous touchent et vous détruisent à petit feu.

C'est à vous, ma famille, que revient le choix de me libérer et de vous libérer.

 

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