10/06/2019

Charlotte Girard, adieu camarades

Le ciel est plombé chez LFI en ce jour de Pentecôte. 

Comment expliquer cette chute brutale, ce grand fracas, cette noyade du plus beau mouvement pré-révolutionnaire de ce début de siècle en France transformé, par ses responsables, en une caste de chefs plus ou moins jaloux les uns des autres et soucieux de rester groupés en une cellule centrale, le noyau dur, en excluant les millions de personnes qui avaient participé à l'ascension de la France Insoumise? 

Tous ces gens qui s'étaient pleinement investis à l'avènement et la réussite d'une VIème République socialement, écologiquement, et démocratiquement responsable. Tous ces gens qui ont cru que les monarques comme Chirac, Sarkozy, ou Hollande allaient enfin être balayés par une VIème République et remplacés par une démocratie du bon sens collectif et de l'auto-responsabilité. Au lieu de cela, les gens ont eu pire encore. La victoire du monarque maximus, l'avènement de Jupiter, et ensuite le dépassement explosif par les gens en gilets jaunes qui ont voulu fracasser son régime dans la rue tout en se distançant de la France Insoumise pour préférer bien souvent le Rassemblement National, le repli identitaire, et la haine de l'Autre.

Et aujourd'hui c'est une figure de proue du mouvement qui s'en va. Charlotte Girard, déjà en retrait du mouvement, a fait le pas. Elle quitte ses anciens et anciennes camarades pour les raisons qu'elle explique sur la page Facebook d'une amie (elle a aussi rompu avec les réseaux sociaux).

https://www.facebook.com/AvecCharlotteGirard/

Au-delà de la débâcle de LFI, il faut bien se poser la question du pourquoi. Le narcissisme et l'autoritarisme de Jean-Luc Mélenchon sont sans doute partie prenante de la catastrophe. Pourquoi l'homme n'a-t-il pas compris que les Françaises et Français, ce cri révolutionnaire citoyen, ne désirait surtout pas d'un autocrate de gauche tout-puissant et incontestable à la sauce du chavisme mais d'une réalité démocratique au quotidien avec des échanges et des décisions prises collectivement, des respirations populaires plutôt qu'un goulag issu d'une révolution où des petits chefs s'installent durablement en haut tout en vivant encore davantage de la corruption dans le milieu des affaires et en suçant le sang du peuple?

C'est cette défiance et cette méfiance que le peuple a démontré lors du vote des dernières élections européennes. D'où la débâcle, d'où le massacre et la dépression collective. Et cela arrive exactement en même temps avec la découragement des Gilets Jaunes après six mois de résistance acharnée, Gilets Jaunes qui n'ont jamais vraiment été soutenus par les leaders de la France Insoumise. Pour cela, et pour la révolution, il aurait fallu que les parlementaires élus quittent leurs habits d'élus institutionnels et rentrent dans la résistance active, l'insurrection civile quitte à finir en prison... Le confort de leur position les en a empêché...et la révolution ne s'est pas faite.   

Tout cela pour rien et des blessés, des éborgnés, des mutilés, qui ne retrouveront ni la vue de leur oeil perdu ni leur main arrachée.

La France Insoumise est punie par le peuple et s'auto-punie à travers quelques figures de proue du mouvement.

La décomposition de la politique se poursuit, le RN se fait de plus en plus menaçant alors que les néolibéraux fiers comme des coqs se persuadent toujours qu'ils sont la solution et les heureux gagnants de la loterie nationale dirigée par Macron. Le monde des riches transforme son opulence en pouvoir absolu et le peuple crache encore et toujours au bassinet.

Le big bang souhaité par une partie de la Gauche devient réalité. On ne sait plus aujourd'hui qui sera le candidat ou la candidate qui parviendra à rassembler un peuple en perdition autour d'une VIème République de plus en plus fantasmatique et hors de nos réalités quotidiennes.

2022, année record de l'abstentionnisme? Victoire des fascistes? Confirmation de Macron et du néolibéralisme ravageur par 20% du peuple votant?

Ou alors la Révolution par les urnes pour de vrai?