25/07/2019

Fusées (Baudelaire et moi)

 

"Une belle tête d’homme n’a pas besoin de comporter, aux yeux d’un homme bien entendu, excepté, peut-être, aux yeux d’une femme, cette idée de volupté, qui, dans un visage de femme, est une provocation d’autant plus attirante que le visage est généralement plus mélancolique. Mais cette tête contiendra aussi quelque chose d’ardent et de triste, des besoins spirituels, des ambitions ténébreusement refoulées, l’idée d’une puissance grondante et sans emploi, quelquefois l’idée d’une insensibilité vengeresse (car le type idéal du dandy n’est pas à négliger dans ce sujet) ; quelquefois aussi, — et c’est l’un des caractères de beauté les plus intéressants — le mystère, et enfin (pour que j’aie le courage d’avouer jusqu’à quel point je me sens moderne en esthétique), le malheur. — Je ne prétends pas que la Joie ne puisse pas s’associer avec la Beauté, mais je dis que la Joie est un des ornements les plus vulgaires, tandis que la Mélancolie en est pour ainsi dire l’illustre compagne, à ce point que je ne conçois guère (mon cerveau serait-il un miroir ensorcelé ?) un type de Beauté où il n’y ait du Malheur. Appuyé sur — d’autres diraient : obsédé par — ces idées, on conçoit qu’il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan, — à la manière de Milton."

Charles Baudelaire in Fusées

https://fr.wikisource.org/wiki/Fus%C3%A9es

 

20190714_06492666.jpg

 

20190714_0649266.jpg

 

J’ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau.

C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture. Je vais, si l’on veut, appliquer mes idées à un objet sensible, à l’objet par exemple, le plus intéressant dans la société, à un visage de femme. Une tête séduisante et belle, une tête de femme, veux-je dire, c’est une tête qui fait rêver à la fois, mais d’une manière confuse, de volupté et de tristesse ; qui comporte une idée de mélancolie, de lassitude, même de satiété, — soit une idée contraire, c’est-à-dire une ardeur, un désir de vivre, associés avec une amertume refluante, comme venant de privation ou de désespérance. Le mystère, le regret sont aussi des caractères du Beau.

Charles Baudelaire in Fusées

20190720_224612.jpg

La Joconde médiévale

 

Si un poète demandait à l’Etat le droit d’avoir quelques bourgeois dans son écurie, on serait fort étonné, tandis que si un bourgeois demandait du poète rôti, on le trouverait tout naturel.

Cela ne pourra pas scandaliser mes femmes, mes filles, ni mes sœurs[10].

Tantôt il lui demandait la permission de lui baiser la jambe et il profitait de la circonstance pour baiser cette belle jambe dans telle position qu’elle dessinât nettement son contour sur le soleil couchant !

« Minette, minoutte, minouille, mon chat, mon loup, mon petit singe, grand singe, grand serpent, mon petit singe mélancolique. » De pareils caprices de langue trop répétés, de trop fréquentes appellations bestiales témoignent d’un côté satanique dans l’amour. Les satans n’ont-ils pas des formes de bêtes ? Le chameau de Cazotte, chameau, diable et femme.

*

Un homme va au tir au pistolet, accompagné de sa femme. Il ajuste une poupée, et dit à sa femme : Je me figure que c’est toi. — Il ferme les yeux et abat la poupée. — Puis il dit, en baisant la main de sa compagne : Cher ange, que je te remercie de mon adresse[11] !

Quand j’aurai inspiré le dégoût et l’horreur universels, j’aurai conquis la solitude.

Ce livre n’est pas fait pour mes femmes, mes filles et mes sœurs. — J’ai peu de ces choses.

Il y a des peaux carapaces, avec lesquelles le mépris n’est plus un plaisir.

Beaucoup d’amis, beaucoup de gants, de peur de la gale.

Ceux qui m ont aimé étaient des gens méprisés, je dirais même méprisables, si je tenais à flatter les honnêtes gens.

Dieu est un scandale, — un scandale qui rapporte.

Charles Baudelaire in Fusées

20190722_100840.jpg

 

20190714_213056.JPG

 

20190714_212629 (2).JPG

 

20190714_213005.JPG

 

20190714_212605.JPG

 

20190714_213056.JPG

 

Les commentaires sont fermés.