29/08/2019

Le grand rêve déçu des Helvètes

Dans les années 60 avant J.C. les Helvètes sentent la menace et la pression de l'Empire romain au sud des Alpes.

Au Nord, les peuples germaniques les harcèlent sans cesse. Les Helvètes se sentent à l'étroit sur leur territoire et peu à peu ils s'organisent autour d'Orgétorix, le jeune chef ambitieux qui voudrait devenir roi des Helvètes et d'un peuple gaulois réunifié autour des Helvètes (à l'époque, les guerriers Helvètes sont redoutés et redoutables).

Hors une partie des Helvètes ne veulent pas d'un roi tandis que toutes les peuplades voisines des Helvètes ne sont pas forcément d'accord de faire alliance avec ces Helvètes envahisseurs qui voudraient désormais prendre leur aise quelque part dans le sud-ouest de la Gaule. César le sait et il s'occupe déjà à diviser et à corrompre certains chefs gaulois en les prenant sous sa protection.

Orgétorix organise le voyage...mais il finira par ne pas être du voyage. Dénoncé par les siens pour sa soif de pouvoir et son désir d'être roi, il finira en prison et se suicidera. Un grand chef en moins à combattre pour César. Car malgré sa mort, les Helvètes se mettent en route en -58. Orgétorix disparu c'est encore le vieux Divico qui mènera l'expédition. On ne sait pas ce que pense à ce moment-là le vieux chef helvète de la condamnation et de la disparition du jeune Orgétorix. Etait-il du côté des gens qui jugeaient mal le jeune ambitieux ou prêt à mener le combat avec lui pour vaincre César?

Quoiqu'il en soit, une force de la nature helvétique était d'ores et déjà éliminée et dans l'impossibilité de nuire aux armées de César.

Divico n'a semble-t-il jamais voulu être roi des Helvètes. Plus subtil que son jeune prétendant et surtout beaucoup plus âgé,

il aspire à la paix et à la prospérité de son peuple. Battre César, certes. Mais pour le bien des Gaulois et leur indépendance. Pas pour une ambition personnelle dont le vieux chef ne saurait que faire. Il a dépassé l'âge de la prétention et de la gloire. Mais il n'a pas perdu sa fierté et celle de son peuple. Et quand César lui demande des otages, Divico refuse net et même à l'outrecuidance de répondre à l'empereur que les Helvètes ont pour l'habitude d'exiger des otages mais pas d'en donner à leurs ennemis.

La fin de Divico après la défaite de Bibracte, personne ne semble la connaître vraiment. César n'en parle pas. On dit juste qu'il est mort la même année de la défaite des Helvètes et du retour sur leur terre. De quoi, comment, où exactement? Personne ne nous informe à ce sujet. Comment les Helvètes eux-mêmes ont offert ou non une cérémonie et une sépulture à leur grand chef défunt, nulle trace écrite ou archéologique. Et apparemment aucune monnaie n'a été gravée à son effigie de son vivant ou après sa mort.

Alors quel était le visage du plus grand chef des Helvètes? Et a-t-il été vénéré quelque part en secret après sa mort par les nobles Helvètes qui l'ont connu ou qui ont entendu parler de lui. Divico a-t-il vraiment pu s'évanouir dans la nature comme cela? C'est possible mais pas certain. Puisque grâce à César lui-même, Divico intrigue encore aujourd'hui notre population. Un viticulteur crée un cépage bio hyper résistant aux maladies. Un passionné de jeu vidéo crée un jeu autour du personnage... 

Et si la légende Divico faisait encore rêver les Suisses d'aujourd'hui? Pourquoi pas. Les pièces de monnaie, potins, découvertes très récemment à Sainte-Croix et à Aigle avec cette grosse tête, cette arbalète, ou encore cette croix frappées, produite dans les décennies immédiates après la défaite de Bibracte, semblent donner crédit à la fondation du mythe helvète, un chef mythique (pas un roi), une arbalète, et la croix... Quoi de plus saisissant que de retrouver des symboles suisses très actuels sur des monnaies dont nous ne pouvions pas savoir qu'elles en portaient déjà tous les symboles.   

Alors quelle tête réelle avait Divico peu avant sa mort, ou plutôt quelle image s'en faisait les témoignages de l'époque, et peut-on extrapoler à partir d'un objet fascinant pour rendre un visage divin à notre précurseur, bien malgré lui, d'une Suisse libre, neutre, et vivant en paix presque perpétuelle avec ses voisins grâce à son refus de porter le conflit armé hors de nos terres suite à la migration avortée de -58 ? 

Dans un prochain billet, vous découvrirez une merveille, un trésor. Son authenticité n'est pas encore certifiée. Seuls les archéologues pourront nous dire prochainement, je l'espère (pour peu qu'ils prennent la peine de prendre contact...) si c'est un art du faux plus ou moins moderne ou au contraire un objet d'époque extraordinaire. La croix pourrait là encore être déterminante et donner un fort indice quant à son authenticité et désormais à son importance actuelle dans notre identité helvète après la défaite de Bibracte.

2000 ans nous sépare désormais de notre identité helvétique originelle... c'est si loin. Et pourtant si proche avec la découverte de ces fameuses monnaies, potins sans prétention mais ô combien précieux pour notre Histoire, en 2008 et 2011...

 

Commentaires

A noter que ces Helvetes-la n´avaient rien a voir avec la Suisse puisqu´ils ont ete presque tous extermines par les Romains et les survivants deportes loin de l´actuel territoire suisse. A leur place, Jules etablit d´autres populations plus dociles qui furent ainsi les ancetres des Suisse-romands.

Écrit par : jean jarogh | 29/08/2019

Merci pour votre commentaire Jean Jarogh.

Quelques remarques. Les témoignages écrits de cet épisode sont très peu nombreux. Ils se résument en général aux écrits de César lui-même, donc du vainqueur. Les Gaulois ont une tradition orale et druidique. Ils ne transmettent que par la parole les événements vécus. Leur langue a disparu avec le secret spirituel des druides.

Les chiffres avancés par les historiens sont de l'ordre d'environ 350'000 Helvètes qui seraient partis en direction de Bibracte. On ne parle jamais de celles et ceux qui ont décidé de rester chez eux parce que pas du tout convaincu de quitter leur terre. Environ la moitié des migrants volontaires n'auraient pas survécu à l'expédition guerrière. Pour les survivants et survivantes, César précise semble-t-il, qu'il les épargne parce qu'il a besoin d'eux pour défendre l'axe nord alpin contre les invasions germaniques. Il connaît la valeur guerrière des Helvètes et la peur qu'ils inspirent aux autres peuples. Et puis, il ne faut pas oublier. Les Helvètes ont perdu la guerre. Ils sont déracinés. Ils survivent à l'étranger sur des terres qui ne sont pas les leurs. Ils sont, pour la plupart, de culture lacustre. Il n'y a pas de grand lac dans le Jura et la Bourgogne à part deux fleuves importants: la Saône et le Doubs. Le désir de revenir sur leur propre terre a du être le plus fort surtout après avoir vécu un tel traumatisme.

Enfin, concernant Divico lui-même, j'émets l'hypothèse qu'il a préféré disparaître pour éviter d'être emprisonné ou tué par les armées de César qui en aurait fait à coup sûr un magnifique trophée. Après tant de morts parmi les siens, j'imagine assez qu'il se soit noyé volontairement dans la Saône... mais cela n'est qu'un point de vue et pas une vérité vérifiée. Divico a-t-il laissé la trace d'un grand chef dans le coeur des survivants et survivantes? Je pense que oui et je ne serais pas trop étonné que certains et certaines aient pratiqué alors un culte oral secret envers sa personne divinisée...bien que les Helvètes survivants furent condamnés à adopter les dieux et la religion romaine par César... Les grands personnages de cette époque lointaine rejoignaient alors le panthéon des dieux et devenaient parfois même un dieu régional protecteur de leur peuple à leur mort plus ou moins héroïque... Pierre Chessex, dans son "Divico" romanisé datant de 1983 donne une mort héroïque sur le champ de bataille à Divico. Cela est peu probable. César n'aurait pas laissé l'occasion de se saisir de la dépouille pour en faire un triomphe personnel.

Écrit par : pachakmac | 29/08/2019

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