22/09/2019

Fête des Vignerons: rejouons notre passé

La high-tech c'est bien. Mais au service de qui et pourquoi?

Nous voulons tous de la fête, du fun, du plus grand, du plus fort? Oui, peut-être bien que oui mais que reste-t-il donc de l'Histoire du Léman, du début de la viticulture sur nos coteaux somptueux et majestueux, des  peuplades d'Helvètes vivant sur nos rives?

Qui sait vraiment aujourd'hui comment nos ancêtres ont du se battre ici mais aussi ailleurs pour créer leur propre patrie, leur goût de suissitude, leur farouche besoin de liberté malgré toutes les tentatives d'invasion venant du Nord, du Sud, de l'Est, de l'Ouest? Et comment nous sommes devenus, plus tard, les champions de l'intégration réussie, les défenseurs d'une Suisse à la fois patriote et universelle, ouverte sur le monde alors même qu'aujourd'hui le ton serait plutôt au repli sur soi grâce à trente ans de blochérisme et une idéologie anti-européenne qui s'est imprimée dans tous les esprits alors même que la majorité populaire demande, hélas, encore d'un monde néolibéral ou le profit personnel supplante les intérêts collectifs de la communauté nationale et internationale?

On dirait que notre pays a commencé avec Guillaume Tell et sa pomme, un récit inventé de toute pièce, un imaginaire augmenté qui n'a jamais existé dans la réalité. La Suisse n'existe pas disait Ben. Et pourtant nous nous revendiquons être Helvètes... Des Helvètes qui ont existé, ont habité nos contrées, ont façonné nos coteaux lémaniques, ont laissé quelques traces par leurs trésors et leurs traces que nous retrouvons ici et là grâce à l'archéologie et parfois des chasseurs ou chasseuses de trésors antiques un brin téméraire face à la loi extrêmement rigide de notre pays.

On nous parle de Rome et des Romains. Fort bien. On crée une arène de toute pièce tous les 20 ans à Vevey à la gloire du vin et de nos coutumes. On nous dit trop souvent que notre culture vient des Romains et de leurs amphithéâtres grandiloquents, de l'architecture qu'ils nous ont légué. Certes, les Romains nous ont colonisé... En guise d'indépendance et de liberté on peut faire mieux comme mémoire historique. Oui. Les Romains, par la force des choses, ont inspiré nos Anciens et agi sur notre devenir. Mais non. Ce ne sont pas eux les résistants et résistantes, les malicieux et les êtres humains libres et fiers de leur labeur, de leur courage, de leur créativité, de leur défiance intacte face à l'agresseur, de leur manière subtile de s'opposer à l'envahisseur tout en l'acceptant sur nos terres, fraternité humaine bien comprise.

Pour cela, il a fallu soi-même être un peuple de migrants, d'explorateurs, de chasseurs de rêves utopiques et partir à la conquête du monde même si c'était pour revenir ensuite sur nos pas, brûlés, complètement cramés par nos utopies, et tout reconstruire ici sur notre territoire ce que nous avions brûlé juste avant de partir là-bas, ailleurs, un peu plus à l'Ouest ou au Sud. En plus beau qu'avant comme dans la chanson du vieux chalet, avec un coeur vaillant, brûlant, plein d'amour et de désir d'avenir malgré la défaite historique, ivre de liberté et d'indépendance, nos ancêtre ont voulu tout reconstruire en mieux, en plus grand malgré l'étroitesse de notre territoire.

Il était une fois les Helvètes et Divico en terre de Romandie. Dans 20 ans, il serait bien de faire la fête avec nos ancêtres Celtes plutôt que Romains et lever nos verres à la gloire de notre vieux chef déchu de nos consciences, Divico le Divin, notre vrai héros national qui nous a quitté il y a plus de 2000 ans sans laisser de trace de son tombeau ni des circonstances de sa mort. Suicidé par sa propre volonté pour éviter de tomber comme trophée aux mains de César? Ou assassiné discrètement par de jeunes loups helvètes qui n'auraient pas digéré l'ultime défaite face à César? Divico avait une vision forte pour son peuple. Ce n'était certainement pas celle d'un repli égocentrique sur soi pour conserver ses acquis et ses richesses personnelles. C'était la vision du grand large, du goût du risque, de la conquête, de l'aventure vers de nouveaux horizons.

La Fête des Vignerons n'est pas la fête du pognon et de la course au profit. C'est une fête exceptionnelle et populaire qui renoue les liens entre les gens de notre pays tous les 20 ans, génération après génération. Pour avoir une vision claire et universelle de notre futur, il faut avoir une vision claire de notre lointain passé et pas seulement l'image dévote d'un Guillaume Tell imaginaire sauvant son fils des griffes d'un bailli étranger et d'un Blocher sauvant la nation helvétique.

Dans 20 ans si cette image ci-dessous occupe l'affiche de la Fête des Vignerons alors j'aurai gagné mon pari. Sinon tant pis. Les aventuriers ne meurent jamais parce qu'ils prennent le risque de la mort et de l'oubli, qu'ils ont le goût de l'amour jusque dans la plus grande des défaites.

https://www.24heures.ch/signatures/editorial/mal-tete-doi...

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Divus Divico

 

Si j'étais toi qu'aurais-je fait?

Si t'étais moi qu'aurais-tu défait?

 

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