06/11/2019

"Car le silence joue toujours en faveur des coupables"

Qui est Adèle Haenel au-delà d'une très belle et très talentueuse actrice de cinéma?

La phrase mise en exergue dans le titre de mon billet est d'Adèle Haenel. Elle fait référence à l'omerta du milieu du cinéma qui a protégé des décennies durant des cinéastes masculins qui ont profité, grâce à leur emprise et leur pouvoir professionnel, de très jeunes actrices en pleine formation et transformation vers le monde adulte, pour abuser d'elles sexuellement.

Comment interpréter des rapports intimes entre des très jeunes personnes en âge d'adolescence et des hommes (ou des femmes) plus âgés? Il y a bien sûr une sorte d'intimidation et de domination coupable de la part des coupables, et des mécanismes de fascination et de soumission de la part des victimes qui n'ont pas les armes d'égale à égale pour se défendre et juger de ce qu'elles désirent vraiment dans leur rapport créé face à l'autre, ce masculin trop entreprenant, invasif à la façon d'une tumeur cancéreuse, mâle sûr de ses charmes et de son poison pornographique, de sa dominance excessive et ravageuse, de sa certitude absolue d'arriver à ses fins pour assouvir son appétit sexuel dévorant et dévoreur de jeunes femmes. Cela nous touche tous, nous les mâles car le patriarcat nous a toujours imposé ce modèle de dominance au risque de passer sinon pour une femmelette, une tapette, un pédé comme disent les machos. Et pire encore. D'être au final rejeté, par un mécanisme sociétal carcéral, des femmes qui nous trouvaient alors trop gentils, trop candides, pas assez mâle, pas assez dominant, pas assez dans justement ce qu'on appelle le rapport sado-maso, dominant-dominé, et non un rapport d'égalité que certaines femmes revendiquent enfin aujourd'hui en même temps que les hommes qui ont souffert de ce modèle patriarcal... 

Etait-ce de l'amour de la part de cet homme cinéaste, de la passion dévorante, ou simplement de l'égoïsme criminel crasse et de la perversion malsaine de mâle d'âge mûr en chasse de chair fraîche? Adèle y répond et la réponse est cash.

Les jeunes femmes victimes ont toujours eu beaucoup de peine à parler de ces abus sexuels à l'intérieur des familles même ou des abus subis à l'extérieur du cercle familial-amis dans des milieux professionnels ou scolaires où les jeunes filles ont évolué. Parce qu'il s'agit toujours d'abus sexuels, voir carrément de viol quand il n'y a même pas le consentement gêné de la jeune victime au bout de la séduction. Car l'amour entre une jeune fille de 14 ans et un homme d'âge mûr ne peut être que platonique sinon il devient forcément dominateur et tout-puissant de la part de l'adulte qui maîtrise des codes amoureux que la jeune fille ne peut pas encore maîtriser. Maître-élève, si la jeune fille a plus de 18 ans, ça passe. A 18 ans, sauf immaturité et prendre encore une fois la femme pour un être non égal à l'homme, on n'est plus une gamine pour faire ses propres choix amoureux et décider de l'homme avec qui on a envie d'entretenir des relations sexuelles.

Adèle Haenel est très en colère et parle ouvertement avec une parole libérée à travers un torrent, un déluge de mots qui broient enfin ce silence assourdissant, et la violence masculine corollaire à ce silence, faits aux femmes.

C'est un barrage à hauteur de Grande-Dixence qui rompt et renverse tout sur son passage pour remettre nos humanités à plat et surtout à égalité de traitement. Adèle, après avoir été cassée et fracassée par ce silence retenant la digue, répond aujourd'hui, des années plus tard après les actes, dans un grondement extraordinaire sur la chaîne TV de Médiapart.

Magnifique Adèle. Merci Adèle.

A vous d'écouter maintenant la parole de cette femme si ce n'est déjà fait.

 

 

  

 

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