13/11/2019

Pourquoi Polanski malgré tout

Qui du génie ou de l'accusé triomphera? Ni l'un ni l'autre.

Le génie du cinéaste est certain. Comme sa psychologie tourmentée et son passage à l'acte certain eux aussi.

A-t-il réellement battu et violé, Valentine Monnier, cette jeune photographe, 18 ans à l'époque des faits, dans son chalet d'Helvétie, chalet qui deviendra durant quelques temps sa prison de luxe imposée par la Suisse pour un autre crime sexuelle, pédophile celui-ci, commis aux Etats-Unis et dont il a finalement reconnu les faits après les avoir nié dans un premier temps?

Roman Polanski s'affranchit de la justice en la fuyant. Et ses probables victimes ont attendu trop longtemps pour faire du cinéaste un condamné par la loi. A l'époque du Général De Gaule, il parait presque normal que l'homme domine et que la femme se soumette à son mari, même en cas de violence domestique. La loi du silence est la plus forte et la femme doit admettre qu'elle s'est mariée pour le meilleur et surtout pour le pire... Et Mai 68 n'a certainement pas voulu cette révolution de l'égalité au sein du couple... Mai 68 a donné la liberté aux hommes de séduire des très jeunes filles sous prétexte qu'elles apprendraient mieux la sexualité avec des hommes d'âge mûr... Mai 68 a libéré la femme de ses obligations de faire l'amour qu'après mariage et avec un seul homme pour la vie. Mai 68 n'a pas donné à la femme son statut d'égalité dans le couple. Et le machisme est resté ancré dans les consciences masculines et féminines.

Les abus de Mai 68 sont très nombreux, ce qui a conduit à la surconsommation, au surcapitalisme, et au...surhomme, Über en étant la marque symbolique d'aujourd'hui et le symptôme de cette espèce monstrueuse s'affranchissant des frontières, des devoirs, des obligations fiscales, soumettant les plus fragiles d'entre nous à des lois du travail hors-cadre traditionnel des rapports de force entre patrons et syndicats, et devenant, sous la seule contrainte des entreprises multinationales, la loi du plus fort et non plus la loi juste d'un capitalisme acceptable pour toutes et tous dans une démocratie ou chacun et chacune respectent les mêmes lois pour tous. 

L'homme moderne est devenu un barbe-bleu cannibale amateur de chair fraîche qui s'offre à même nos médias "libérés" un service de sexualité débridée et toute puissante, un vampire consommateur de chair se vendant à l'étale  à la place d'un homme affranchi de son injonction à la toute-puissance et au plaisir immédiat.

On demande et on admet bien à ce que la femme soit désormais consentante. On demande et on admet bien à ce que la femme soit ouverte et libre. Mais on ne demande plus à une femme d'être "respectable" dans ses rapports à l'homme et à l'amour. On la préfère putain ou/et salope. Et la pornographie, souvent hard, voir extrêmement hard, nous en dit énormément à ce sujet. Cette pornographie qui a envahi le Web et qui est omniprésente jusque dans les pubs "innocentes" vantant des crèmes glacées avec des langues féminines à damner un saint...

La femme se soumet à d'autres règles du jeu. Elle devient demandeuse et amatrice de scénario hard, bondage, fessées, gifles, viols fictifs, gang bang, et autres pratiques sexuelles dégradantes qui soumettent la femme au regard et à la violence de l'homme. Cela a beau être regardé sous le regard de la fiction pornographique. Les actrices et les acteurs sont pourtant bien réels, eux... Dans les faits, on fait de la réalité une fiction pour s'affranchir des lois punissables. Perversion sublime des hommes et soumission des femmes qui ne disent plus non...parce qu'au bout il y a un gros chèque à recevoir ou un homme qui a soumis le cerveau d'une femme grâce à une emprise réelle sur elle.

Roman Polanski a sans doute commis des actes sexuels accablants qui ont touché des jeunes femmes dans leur chair. Mais il faut s'interroger aussi sur notre façon de vivre la sexualité à notre époque où la chair a plus d'importance que l'être, où les relations entre un homme et une femme se limitent trop souvent à une chevauchée dans les toilettes d'une discothèque ou sur le siège arrière d'une voiture.

Si la violence est proscrite et bannie, que le consentement est obligatoire, les pratiques de domination et de soumission sont de plus en plus actuelles, voir 50 nuances de gris au cinéma... Et quand la réalité de nos fantasmes amoureux rejoignent la fiction, il est alors risqué de dire que le consentement est mutuel quand une femme, ou parfois un homme, se fait massacrer par son partenaire de vie lorsqu'une séparation et un divorce survient. La fiction n'est jamais bien loin du réel alors.

Attention aux pratiques sexuelles à risques. Il faudrait aussi nous prémunir du danger en plaçant volontairement un préservatif mental à nos consciences toujours capables de dérives et de manipulations de l'autre. Domination et soumission soft dans le jeu amoureux, oui, pourquoi pas. Mais domination et soumission hard, alors attention aux addictions et aux risques de violence réelle et de désordres mentaux dans la vraie vie.

Roman Polanski a dit qu'il en connaît un rayon sur les mécanisme de persécution des êtres humains. Lui et sa famille ont souffert de l'antisémitisme quand il était enfant. Mais nous savons aussi qu'une victime de persécution peut un jour devenir bourreau à l'âge adulte et créer de nouvelles victimes de ses actes. Et sans doute il y a un peu de ça dans le génie de Polanski. Un homme lumineux capable de bonté, de génie, de gentillesse. Mais aussi un homme plus sombre, tourmenté, animé par une violence intérieure et des pulsions sexuelles qui étaient alors incontrôlables à une certaine époque. Et quand on a la toute-puissance artistique, économique, ou politique, on obtient aussi l'impunité qui va hélas trop souvent avec. Les peuples victorieux écrivent l'Histoire. Les hommes victorieux en font de même. Mais la vérité est ailleurs.

J'irai voir le "J'accuse" de Polanski. Parce que le film est une oeuvre d'art, que le casting est magnifique, et que Roman Polanski reste un homme et non un monstre à bannir de notre société.

Mais je n'oublie pas ce que l'homme a fait à ses victimes libérées d'un trop lourd et trop long silence. Mais je n'oublie pas que tout génie a forcément des failles quelque part pour faire naître un tel génie. Pourvu qu'il reste d'abord du côté du bien plutôt qu'il ne se laisse emporter définitivement et tragiquement du côté du mal, voilà ce qui m'importe le plus au monde et voilà ce qui devrait compter pour la société.

Roman Polanski est un être total et un artiste total. Mais il n'est pas devenu un être totalitaire incapable de demander pardon et capable des pires crimes abominables comme un certain Adolf Hitler. Il a gardé un fort sentiment de culpabilité en lui même s'il veut nier en public certaines réalités de son existence qu'il aimerait oublier...Et plutôt que de les oublier il les sublime à travers son oeuvre cinématographique.

La fiction tirée à partir de faits authentiques qu'il a réalisé autour de l'affaire Dreyfus en est la preuve la plus éclatante. Il n'aime pas l'injustice. Il devra, un jour ou l'autre, reconnaître le mal qu'il a fait à Valentine Monnier il y a de ça 40 ans.

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La double réalité d'un phallus extraordinaire

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