14/11/2019

La concordance des temps et le basculement

En une semaine, il s'est passé quelque chose que même les meilleurs faiseurs de scénario au monde n'auraient pu imaginer.

Ce fut d'abord l'interview d'Adèle Haenel qui, sur Médiapart, ouvre les feux avec un portrait vérité des attouchements qu'elle a subi semaine après semaine alors qu'elle n'était qu'une très jeune actrice entre les mains d'un cinéaste adulte.

Nous encaissons toutes et tous l'électrochoc de son témoignage qui frappe tel un boxeuse poids léger en apparence qui veut renverser un colosse mâle confirmé dans son rôle de prétendu ex-protecteur de la jeune ado. Et ça fait mal. Aucune complaisance envers les gestes commis. Elle les a accepté contre sa volonté et avec le plus profond dégoût pour ses gestes déplacés. Elle était sous son emprise, dira-t-elle, et sans doute n'osait-elle pas, à l'époque, contrarié le réalisateur responsable des actes commis.

Puis arrive le film de la semaine qui retrace l'affaire Dreyfus, un événement historique qui a profondément transformé la France et démasqué l'hypocrisie immonde et la haine d'une partie des Français, y compris au sein de l'armée, envers les Juifs. L'antisémitisme combattu par un lieutenant colonel admirable bien que lui-même n'aimant pas les Juifs et par un grand écrivain, Emile Zola, tous deux risquant leur carrière, la prison, et même leur vie. Emile Zola mourra d'ailleurs, quelques années après son acte héroïque, d'un accident étrange d'une asphyxie par le gaz oxyde de carbone tandis que Marie-Georges Picquart mourra lui aussi prématurément d'une mauvaise chute à cheval. Tous deux n'auront pas été récompensés pour leur acte héroïque par un destin tragique qui touche d'ailleurs souvent les anges gardiens du bien.

Le film est magistralement réalisé par Roman Polanski. Le cinéaste se dit qu'il tient là le film de sa réhabilitation pleine et entière dans son milieu artistique. Il se plaît même à  jouer un rôle de figurant dans son propre film dans les habits d'un Académicien que l'on voit très furtivement durant le film. Polanski tient son film et, par mimétisme, se confond parfois en public avec Dreyfus et la persécution qu'il a subi par le l'armée et le peuple français. Mais Polanski n'a jamais connu le déshonneur d'une dégradation par ses pairs ni vécu près de 4 années d'enfer sur la bien nommée Île du Diable. Polanski pousse un peu loin le bouchon et ça sent un peu la vieille vinasse bouchonnée qui refuse de voir sa propre réalité pas si héroïque que ça.

Et patatra pour Polanski. Adèle Haenel trouve une alliée inattendue dans le déchaînement de commentaires et d'articles qui ont suivi son interview médiapartien. Une femme photographe accuse le cinéaste de viol sur sa personne et de coups violents donnés dans son chalet après une journée de ski.

Comme si les vérités-mensonges du pouvoir militaire de l'époque et son antisémitisme notoire rejoignaient les vérités-mensonges de Polanski et de son milieu qui le défendait encore outrageusement malgré d'autres affaires d'agressions sexuelles le concernant. Comme si finalement l'antisémitisme était un miroir de l'antiféminisme de notre époque.

On ne pouvait pas imaginer plus rocambolesque affaire. On connait la fin pour l'affaire Dreifus. On ne connait pas encore la fin pour l'affaire Polanski. 

 

 

 

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