22/11/2019

La vraie censure ne s'exerce pas sur les puissants

Il n'y a pas et il n'y aura pas dans notre société de vraie censure qui touche les puissants, celles et ceux qui ont déjà un nom.

Roman Polanski a des opposants et des opposantes. Pas des censeurs. Son oeuvre est largement diffusée partout même son dernier film au contact direct d'une nouvelle polémique autour d'une énième accusation de viol.

Le viol ne suffit pas à disqualifier un puissant dans le milieu du cinéma, par exemple. Woody Allen, Roman Polanski, ont continué à monter le tapis rouge à Cannes. Et même DSK a eu droit à ce privilège malgré son affaire de viol aux Etats-Unis et son comportement reconnu violent dans ses rapports sexuels avec les femmes.

Il a fallu un meurtre, celui de Marie Trintignant, pour qu'un artiste reconnu connaisse le chemin du désert. Son attitude, à sa sa sortie de prison, a d'ailleurs permis de mieux le stigmatiser et de l'ostraciser pour longtemps. Bertrand Cantat est devenu un artiste maudit après avoir connu la gloire. Seul le meurtre semble donc exercer un vrai réflexe de censure chez les puissants.

La vraie censure existe pourtant. Elle touche les artistes marginalisés que le milieu refuse de reconnaître pour x ou y raisons, parfois par manque de talent de l'artiste mais pas toujours. De tout temps, certains artistes ont été maudits. Cela ne change pas aujourd'hui bien que le milieu artistique et médiatique prétendent que cela n'est plus vrai et que chacun, chacune, à sa chance d'être connu et reconnu.

La censure existe. Mais vous ne la ressentirez pas parce que le milieu culturel fait écran total avec ses stars que l'on met au-devant de la scène et que l'art n'a jamais connu au niveau mondial autant d'artistes reconnus ou non. Il y a des petits génies du ballon rond qui tapent leur ballon au milieu de la brousse africaine et qui ne seront jamais reconnus comme footballeurs de classe mondiale. Il en va de même des artistes que seuls le temps permettra peut-être de découvrir dans une ou plusieurs décennies une fois que le feu médiatique s'emparera de l'un, l'une, ou l'autre qui ont grandement oeuvré dans l'apparente indifférence générale du temps de leur vivant.

Rien n'a changé au pays des artistes depuis des centaines d'années. Les artistes maudits existent bel et bien.

https://www.liberation.fr/debats/2019/11/22/porter-roman-... 

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