12/12/2019

Dépersonnalisation de la politique, attention danger!

Les grévistes du climat ont voté pour leur-e candidat-e à l'élection complémentaire au Conseil d'Etat vaudois.

Un ou une anonyme, nommé-e par son prénom, a été tiré-e au sort parmi sept personnes qui étaient prêtes à mettre en avant le projet et la vision de société qu'ils et qu'elles portent toutes et tous au sein de ce collectif.

Bien. Jusque là pas grand chose à dire. Un collectif de citoyens et de citoyennes portent d'abord un projet de société. Il en va de même, normalement, pour un parti politique. Vouloir privilégier le projet à la personne qui le porte est logique. On ne fait pas de la politique pour se mettre en avant mais pour apporter une vision et le pouvoir nécessaire en cas d'élection. Enfin, cela est écrit noir sur blanc dans l'idéal démocratique... Les dérives du culte de la personnalité à l'Américaine ou à la Française ne semblent pas atteindre encore l'Helvétie.

Mais à travers la méthode retenue par le collectif, le tirage au sort, on ne donne pas à celle ou celui qui a le plus grand charisme et la plus grande autorité, c'est-à-dire à la ou le leader naturel-le du groupe, de donner plus de poids au projet. L'être humain est ainsi fait que l'on peut porter un idéal chevillé au corps mais ne pas avoir la personnalité médiatique pour accomplir le travail ou l'ambition personnelle de réussir à convaincre dans le groupe et au-delà du groupe. Donc, à mon avis, les grévistes du climat font une erreur stratégique en voulant désignant par tirage au sort, et par la main d'un enfant qui s'appelle Ange (bonjour le mysticisme!), celle ou celui qui représentera le collectif.

Et surtout, en voulant écarter le risque du culte de la personnalité, les grévistes invente un autre risque bien plus dangereux encore: celui du retour à un polit bureau (polit bourreau pourrais-je écrire) tout-puissant qui tient en otage son ou sa candidate devenant ainsi une sorte de marionnette au service du collectif qui possède en réalité la toute-puissance élective et de travail sur son ou sa candidate. Révoqué un ou une élu-e pour faute grave et non-respect des lois, on peut en discuter et en accepter le principe dans une démocratie moderne. Mais obtenir les pleins pouvoirs pour destituer une personne élue au hasard d'un tirage au sort, fragilité absolue de la légitimité (puisque une main d'enfant a offert le poste et la fonction), sous n'importe quel prétexte, c'est créer alors un climat de terreur au sein du collectif et une ambiance hyper malsaine de suspicion et d'espionnage.

Désolé pour les grévistes du climat. J'aime bien leur combat mais je n'aime pas la méthode beaucoup trop radicale. Le temps des goulags est, je l'espère, révolu. La mise en application d'une pureté d'une idéologie est toujours beaucoup plus dangereuse que l'idéal, forcément jamais atteignable dans l'absolu, qu'un être humain peut porter en lui. Le compromis s'impose en démocratie et un ou une élu-e se voit contraint de jouer le jeu des discussions et donc des compromis avec des personnes d'autres camps pas d'accord avec lui sur tel ou tel sujet à faire passer devant le peuple.

Votre méthode d'élection, qui n'est pas une méthode démocratique d'avenir mais une méthode arbitraire style bingo sur la non-indépendance du ou de votre candidat-e et son libre-arbitre forcément bafoué, fera un fiasco auprès du peuple. Désolé pour vous. Un collectif ne devrait jamais connaître les risques de dérive d'un mouvement sectaire avec son polit bureau tout-puissant qui dépersonnalise à tour d'idéologie totalitaire.

C'est le risque que vous prenez. Et il n'est pas bon pour la démocratie.

Roméo

https://www.24heures.ch/vaud-regions/greve-climat-sort-de...

 

Les commentaires sont fermés.