15/03/2020

#JeSuisPlusEnTerrasse

L'agent infectieux Covid-19 est devenu l'espace de quelques semaines l'ennemi public numéro 1 du monde entier.

Il est le terroriste übérisé parfait. Invisible à l'oeil nu, imprévisible, sournois, il infecte aussi les jeunes personnes, qui ne tombent pas vraiment malades devenant du coup les porteurs sains et les transmetteurs non détectés d'un virus beaucoup plus dangereux pour les plus âgés et les personnes souffrant de pathologies autres que le corona.

Potentiellement beaucoup moins mortel qu'Ebola, Covid-19 nous tue autrement. Il nous empêche de vivre, de travailler, de s'amuser normalement. Il nous bouffe notre oxygène, notre espace de vie, nos relations humaines et nous prive de nos sorties, de nos échanges, de l'essentiel pour toute personne normale autre qu'un ermite heureux de sa vie de reclus dans sa grotte.

Nous allons devenir toutes et tous ermites durant au moins deux mois. Privés de travail à l'extérieur, privés de sorties, angoissés par les perspectives d'avenir, nous allons tenter une nouvelle expérience humaine inconnue jusqu'ici de nos populations.

En 2015, après les attaques terroristes sur Paris, la population avait voulu montrer son amour de la vie aux assassins en bravant les interdits de l'état d'urgence et en manifestant dans la rue, reprenant également d'assaut les terrasses mortellement blessées lors des attentats.

En 2020, c'est tout le contraire. L'agent infectieux n'est plus un être humain mais un virus qui nous détruit le moral à petit feu et qui contraint les états à imposer un nouvel état d'urgence pour au moins 50 jours, voir bien plus. Nous voilà plus en terrasse mais bien terrassé par ce méga terroriste microbien. Notre volonté et nos capacités de résistance ne suffiront pas seules. Il faudra le secours de la science pour venir à bout de cette menace mondiale et aussi un peu de bonne volonté du virus pour disparaître comme il est venu dans nos vies. Son intrusion est massive et ultra-dangereuse pour le monde. Des pertes humaines importantes sont à prévoir, de la précarité supplémentaire aussi. Surtout, la folie risque de devenir la mauvaise compagne de l'homme. Des actes irrationnels et barbares risquent de se produire dans les maisons et dans les rues et même des guerres civiles ou internationales engendrées par ce satané virus ne sont plus à exclure. Quant aux bandes criminelles, elles risquent de s'intensifier au fur et à mesure que les Etats et les entreprises privées ne pourront ou ne voudront plus faire face à leurs obligations d'assurer un minimum de revenu à toutes et tous pour survivre.

L'incertitude quant à la durée du collapsus de l'économie mondiale est une des préoccupations majeures pour les Etats et les populations. 2 mois d'arrêt, ça devrait être encore surmontable. Au-delà c'est la totale incertitude quant à la bonne marche de l'économie et encore plus quant à la résistance des populations face aux mesures de confinement stricte qui sont ou seront prises. Avoir l'armée et la police dans la rue pour nous surveiller sans cesse quant à nos rares allées et venues, les interdits sur tout voyage non essentiel et autorisé par les autorités nous rappellent les pires souvenirs d'Etats totalitaires. Et quand ce cinglé de Premier Ministre israélien fait référence à la traque anti-terroriste concernant les porteurs et porteuses du virus et que l'autre cinglé d'Amérique veut s'accaparer exclusivement pour sa nation d'un éventuel vaccin contre le corona développé en Allemagne, cela complique gravement les choses quant aux comportements civils humanistes et responsables des citoyens et citoyennes du globe.

Donc voilà. Le jour d'après commence. Les bistrots ferment et c'est comme une vision de fin du monde qui commence. Cela fera peut-être comprendre à certains et certaines combien la profession dans le domaine est important à nos vies et que les gens qui y travaillent semaine comme week-end, de jour comme de nuit, sont importants à nos vies et méritent d'être aussi bien payés plutôt que d'être considérés comme des personnes appartenant à la catégorie salariale inférieure du peuple...

Cela fait mal un village sans bistrot, une ville sans terrasse, une vie communautaire disparue. Cela fait vraiment mal. Autant que la fermeture des sites culturels et des cinémas, la disparition de nos vies, pour quelques temps, des cafés-restaurants ne manquera pas de toucher profondément les populations.

Nous étions nous les cuisiniers et cuisinières, les serveurs et serveuses, les laveurs et laveuses de casseroles, les invisibles du peuple, les sacrifiés de la vie sociale pour que vous puissiez jouir d'une jolie vie sociale en week-end comme en soirée. En disparaissant dans nos maisons, en faisant grève forcée (ce que nous ne faisions jamais en temps normaux, malgré la force potentielle de nuisance sonore de nos casseroles, et au contraire d'autres professions bien plus visibles et souvent dans la rue) vous allez enfin ressentir l'importance de notre présence dans vos vies quotidiennes et ce qu'il en coûte de perdre peu à peu sa vie sociale, sa famille, ses amis, sacrifiés au fil des ans par notre vie un peu folle et au service d'une population incapable de voir cela avant Covid-19.

Nous avons choisi notre métier, certes. Nous n'avons pas choisi d'être très mal payés, en particulier les samedi et dimanche que nous accomplissons dans l'année, et toutes les soirées sacrifiées que nous vous servons, rabaissés au rang de subalternes de la société et pire encore d'être considérés comme des gens ayant une valeur moindre aux yeux des gens qui ont fait des études et qui gagnent bien leur vie.

#JeSuisPlusAuxFourneaux dans les jours qui vont venir.

En attendant la mort du gigaterroriste Covid-19 et le retour à nos postes de travail. Heureux de vous servir à nouveau bien que triste du regard condescendant que vous avez parfois sur nous, les cuisiniers de derrière le mur de vos jolies vies privées.

P.S. Un frigoriste qui se déplace un dimanche dans un restaurant, c'est fr.250.-- de l'heure. Un cuisinier qui vous sert le dimanche une assiette, c'est entre fr.25.-- et fr.30.-- de l'heure. Ne cherchez pas pourquoi les patrons se plaignent de ne plus trouver du personnel compétent et qualifié. Il faut être maso pour rester cuistot toute sa vie...ou alors vraiment pas fute fute et pas très regardant pour ses intérêts personnels...

 

 

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