19/03/2020

COVID-19 circulait-il au ralenti depuis longtemps en Europe?

Je viens de lire des témoignages de gens qui ont été malades du virus.

Et je suis assez stupéfait de voir que la description de leur maladie correspond très fortement à ce que j'ai vécu à fin janvier, début février 2020.

Je vous raconte un peu mon histoire mais je ne saurai jamais si c'est COVID-19 qui a été le responsable de mon état de santé général assez catastrophique.

Vers le 22 janvier dernier, soit une semaine avant notre réunion prévue depuis l'été 2019 par ma fille pour mon cadeau d'anniversaire (60 ans) avec une partie de mes enfants et petits-enfants dans un chalet de Haute-Savoie, je me suis senti très affaibli et avec un début de toux persistante essentiellement de nuit.

Comme chez nous, dans les métiers de la restauration, il n'est pas du tout aisé de se faire remplacer, on ne se met jamais en arrêt maladie pour un début de refroidissement. Sinon le restaurant aurait de gros problème de fonctionnement. Un serveur cela se remplace encore relativement facilement mais un cuisinier qui est capable de bien maîtriser une carte imposante et la folie de coups de feu intensifs de plusieurs heures, il lui faut au moins 6 semaines pour acquérir tous les automatismes et être vraiment efficace à 100% afin que la clientèle soit servie dans un temps décent.

Passons sur cela. Donc, j'ai travaillé toute la semaine avec cet état général de grande fatigue et cette toux de nuit. En cette fin de semaine, je prendrai mon premier week-end complet depuis près de 18 mois et j'irai à la montagne avec mes enfants. Je me réjouis mais je suis inquiet pour ma santé. Pour celles et ceux qui ont la liberté de tous leurs week-end, je laisse le soin de comprendre ce que la restauration, entre autres professions, nous prend sur notre vie privée.

Le vendredi matin, je me réveille normalement avec un peu de toux et du mal à respirer normalement. Mais au moment de partir au travail, cela empire. Je suis pris d'une toux vomitive. Je suis déjà dans la rue prêt à prendre mon bus et je me dis que je vais téléphoner à mon travail si cela continue. Il est exclu que je monte dans le bus avec une toux vomitive et des rejets d'eau qui sortent de ma bouche. Comme cela se calme rapidement, je pars tout de même au travail. Vers midi, pourtant, je me sens de plus en plus faible, et dit à mon collègue que je ne pourrai sûrement pas venir assuré le service du soir. Hélas, une autre collègue de travail se sent peut bien et ne pourra pas me remplacer le soir. C'est vendredi. Impossible qu'un seul cuisinier travaille pour assurer le service. Il serait complètement débordé. A contre-coeur, je me rend à mon travail dans un état vraiment peu recommandable pour le métier que j'exerce. Vers 21 heures, je dis à mon collègue que je suis trop mal et que je rentre à la maison.

Durant la nuit, je suis réveillé par une quinte de toux vomitive extraordinaire. Je crois cracher mes poumons. Je me sens comme asphyxier durant quelques secondes et je crache de l'eau acide qui me brûle l'oesophage au passage. Dans ma tête, je me dis que je devrai renoncer au week-end avec mes enfants. Mais je sais déjà que ma fille m'en voudra. "Enfin papa. On a fait tout ça pour tes 60 ans. Et on a même pris le lundi pour être trois jours avec toi! Enfin!". C'est mon fils et son épouse qui doivent passer me prendre à la maison à 6 heures du mat. Je leur explique la situation. Je leur dis que je me sens vraiment pas la forme et que cela serait mieux qu'ils partent sans moi car peut-être je devrai aller en urgence voir un médecin. Ma belle-fille  me tance: "Mais papy arrête de te plaindre comme ça. Tu vas pas mourir quand même! Un refroidissement c'est pas une maladie mortelle. Aller! On va passer à une pharmacie et acheter du Dafalgan. Après ça ira déjà mieux." Très sceptique, je les écoute quand même et nous partons pour la Haute-Savoie.

Durant tout le voyage j'ai froid et je suis fébrile. Arrivé au chalet, je me couche immédiatement. Je suis sans aucune force, presque une sensation de mourir gentiment sans que personne ne s'en rende vraiment compte. J'utilise la méthode Coué et me dit que tout ne va pas si mal et que c'est moi qui me la raconte un peu trop. Ma belle-fille est presque contrariée par mon attitude. Je ne me lève que pour prendre un thé et un autre Dafalgan. J'ai de la fièvre. 38,5 degrés. Je ne mange rien. Je n'ai plus d'odorat. Je reste à l'écart de mes petits-enfants qui avaient très envie de m'embrasser et de jouer avec moi. Le samedi soir, ma fille cherche sur Internet une pharmacie ouverte le dimanche.

Dimanche, vers midi, c'est une pharmacienne qui nous sert. Vu mon état général et la tête que j'ai, elle conseille à ma fille et à moi-même de voir un médecin d'urgence dont le cabinet est ouvert à deux pas. Et c'est là que la médecin, qui me questionne quand même pour savoir si je ne reviens pas d'un voyage en Chine, trouve par une radio des poumons que j'ai contracté une pneumonie. Elle me dit au passage qu'elle a à peu près chaque jour un cas similaire au mien à son cabinet et que la grippe est vraiment méchante cet hiver. Elle porte son masque car elle dit qu'elle aimerait bien survivre jusqu'au printemps sans attraper un virus grippal.

Une semaine d'arrêt maladie et un suivi chez un médecin en Suisse. De retour au chalet, je me couche en prenant l'antibiotique prescrit. De l'Augmentin. Le dimanche soir, ma belle-fille se sent mal (elle fera également une semaine d'arrêt-maladie mais avec des symptômes nettement moins grave). Le lundi matin, mes trois petits-enfants sont k.o. affalés dans les canapés avant notre retour. Alors que d'habitude ils sont turbulents et joyeux. (pour eux, cela ira rapidement mieux fort heureusement).

Une semaine plus tard, je décide de reprendre mon travail sans demander le prolongement de mon arrêt maladie, mon médecin m'affirmant que je ne peux plus contaminer personne du moment que j'ai été sous antibiotique.

Il faut préciser que je ne me suis pas mis en arrêt maladie depuis 7 ans et que je ne me suis jamais senti aussi mal et si affaibli pour un état grippal.

Ci-dessous des témoignages troublants et qui font un peu peur quand à la prise en charge des patients. Des gens sont morts (même pas si vieux que ça) parce que l'on a pas été assez sérieux avec ce virus, cette "grippounette" comme disait, à la télévision, Monsieur Philippe Leuba, Conseiller d'Etat vaudois, il y a 15 jours à peine!...

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/03/18/il-y-au...

 

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