24/03/2020

Des patrons plus précaires que leurs employé-e-s?

Le Covid-19 fait subir un renversement surprenant de tendance au pays du capitalisme. Les employé-e-s seraient mieux indemnisé-e-s que leur patron.

Certes. Cela paraît renversant dans un pays parmi les plus libéraux du monde. Le Conseil fédéral devra encore statuer prochainement suite à la pétition lancée par les patrons de PME qui demandent clairement un réajustement de leur droit exceptionnel à des indemnités chômage (ce qui n'avait par ailleurs jamais existé auparavant pour les indépendant-e-s).

En général, on perçoit un entrepreneur comme quelqu'un au statut social nettement plus élevé que celui de ses employés. Hors, il faut se rappeler ici que la vision capitaliste de notre système prévoit que les patrons s'octroient les bénéfices et assument les pertes de leur entreprise. Ce qui est presque toujours le cas (sauf chez les patrons altruistes) en ce qui concerne les bénéfices mais parfois pas le cas pour les pertes dont le patron essaie de s'en soustraire d'une façon ou d'une autre pour limiter sa propre casse.

J'ai aussi été patron de ma première petite entreprise qui comptait alors 6 employé-e-s à plein temps dans les années 80. Après deux ans d'exploitation, j'ai du lâcher mon indépendance devant les charges trop lourdes (loyer exorbitant, entre autres). Au bilan, et avec l'aide de mon comptable, je m'étais alors moins bien payé que mon employée de chambres d'hôtel en considérant les résultats. Je travaillais alors 7 jours sur 7 et mes employé-e-s n'ont jamais du subir mes pertes d'une façon ou d'une autre.

Alors oui, je comprends et je défends la réaction des patron et patronnes de PME surtout quand l'entreprise se réduit à eux seuls ou à un ou deux employé-e-s (petits restaurants, par exemple) dont l'entreprise ne dégage pas un gros bénéfice et permet juste de continuer la route. Par contre, pour les entrepreneurs qui dégagent de gros résultats d'entreprises et ne font jamais participer leur personnel aux bénéfices réalisées par l'entreprise, je trouve, philosophiquement parlant, que cela serait bien que leurs employés "gagnent" pour une fois mieux leur vie qu'eux durant quelques mois quand l'entreprise ne peut plus fonctionner normalement.

Une bonne leçon pour ces entrepreneurs millionnaires, en quelque sorte.

En espérant d'ailleurs, que ces derniers n'auront pas l'indécence de demander de l'aide à l'Etat. Ils peuvent survivre au-delà de quelques moins de fermeture...

https://www.letemps.ch/economie/crise-indemnite-chomage-c...

 

Les commentaires sont fermés.