03/04/2020

Transmission

 

Tu regardais ailleurs.

Tu semblais avoir peur.

Peur de t'exposer,

Peur de te risquer,

Peur d'aimer,

Peur de mourir d'amour.

 

Parce que l'amour fait mal aussi.

Parce que l'amour blesse aussi.

Parce que l'amour tue aussi.

Tu ne voulais plus

te laisser contaminer

par peur de tout ça.

 

Et puis, tout doucement,

je me suis laissé contaminer

à ton contact, à ton sourire,

à tes lèvres, à ton rire.

Tu as franchi mes barrières.

Tu m'a foutu ton virus aux fesses.

J'ai lâché prise.

J'ai perdu pieds.

Je suis tombé dans ton ivresse

et je me suis laissé pénétrer

par ton virus transmissible.

La contagion s'est disséminée

à tout mon corps.

Mon coeur s'est mis à battre

au diapason de ton coeur.

Ton virus m'a donné

cette force invincible

de me battre dans l'adversité

et d'aller au contact,

de croire à tes mots d'amour,

de croire à mes actes avec toi

malgré le milieu totalement infecté

par le manque d'amour

et le tout dédié au sexe tarifé.

 

Si je n'avais pas accepté

le risque de nous aimer

il n'y aurait pas eu d'histoire

entre toi et moi.

Si tu n'avais pas regardé

pour de vrai

ce type esseulé au coin du bar

il n'y aurait pas eu contact

autre que deux objets sexuels

se donnant du plaisir

pour quelques minutes.

 

Mais le virus est entré.

Peu à peu la fièvre

a envahi nos corps.

Mais le virus est entré

Peu à peu nos coeurs

ont créé une danse virale

donnant son sens et son origine

à notre rencontre.

 

Tu aurais pu passer à côté.

J'aurais pu t'ignorer.

Je serais rester seul au monde.

Tu aurais continuer

à jouer tes tours de passe-passe.

Tu serais seule aujourd'hui

face au danger, face à la maladie,

face à la perte de travail,

face à l'absence d'argent.

 

Tu sais que je suis là.

Je sais que tu es là.

Même loin l'un de l'autre,

même à l'autre bout du monde,

le virus de l'amour tient bon

et ne s'en va pas.

Nous avons développé nos anticorps

contre la perte des sentiments

et les tentations

dues à la longue absence.

Notre mémoire se souvient

de tous nos instants volés.

Nos corps se souviennent

de notre magie ensemble.

Et nous en redemandons encore.

Et nous voulons encore

nous laisser contaminer

par le virus de notre amour.

Nous attendons ce jour

où de nouveau nous prendrons

une nouvelle dose d'amour

par nos corps à corps effrénés.

 

Pour cela, nous devons vaincre

les barrières et les frontières

qui nous séparent aujourd'hui.

Pour cela, nous devons détruire

l'ennemi qui a fermé le bar,

l'ennemi qui tué la vie dans la rue,

l'ennemi qui nous a imposé le confinement

avec nous-mêmes,

l'ennemi qui nous a éloigné,

l'ennemi qui a envahi le monde

semant sa terreur et la mort partout.

 

Ils disent que ce n'est pas une guerre

parce qu'ils pensent qu'une guerre

c'est toujours des bombes,

des chars d'assaut, des avions,

des navires, des soldats

qui se jettent les uns contre les autres.

Ils disent que ce n'est pas une guerre

parce qu'ils pensent que la guerre

c'est des hommes contres des hommes.

 

Mais moi je sais que c'est une guerre.

La plus terrifiante des guerres

qui éprouvent nos âmes,

détruit nos relations humaines,

sèment l'instinct de survie et de destruction

face à nos soeurs et nos frères

sur la planète entière.

Une guerre intime pour que l'amour

l'emporte sur la haine

malgré le risque de mourir;

Une guerre intime pour que la solidarité

l'emporte sur l'égoïsme

malgré les privations et la peur de manquer;

Une guerre intime pour que le savoir circule

et l'emporte sur les brevets

malgré les rivalité et le désir d'être le premier

à découvrir l'arme fatale;

Une guerre intime pour que la vie

l'emporte sur la mort

grâce à une Humanité

qui comprends l'immensité de l'enjeu:

 

Notre victoire fantastique contre l'ennemi commun

ou la disparition programmée de notre Civilisation.

 

Rien de moins. Rien de plus.

 

Alors viens et rentre dans cette danse.

 

Tu regardais ailleurs.

Tu semblais avoir peur.

Peur de t'exposer,

Peur de te risquer,

Peur d'aimer,

Peur de mourir d'amour.

 

Tu es là

même à mille kilomètres de moi.

Tu es là.

Et je te l'écris sur le marbre

pour que tu t'en souviennes:

 

Nous allons gagner cette guerre.

 

 

 

 

 

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