07/04/2020

Les gens qui partent

Les humains ne se touchent plus.

On dirait des animaux étranges

circulant comme des êtres

abandonnés de leurs semblables.

 

Et pourtant, pourtant,

jamais ils n'ont demandé

tant d'attention l'un à l'autre.

Et pourtant, pourtant,

des gens se battent pour eux

 risquant leur santé, leur vie

pour sauver ces vies humaines

en bout de parcours.

 

Il y a une souffrance terrible,

muette et silencieuse

circulant entre les femmes,

les enfants, et les hommes.

Les tablettes et les smartphones

s'allument et sonnent,

devenant objets de dernier recours,

dérisoire lien technologique

pour dire adieu à Papy.

Un monde virtuel et glacial

au lieu des mains,

des caresses,

des bouches,

des bisous,

des larmes,

le dernier rire,

le dernier souvenir,

le dernier mot,

le dernier souffle

pour dire adieu à Mamy.

 

Les gens qui partent

s'en vont en pestiférés.

Ils naviguent sur une mer

en solitaire, loin des leurs,

loin de leur famille,

loin de leur amour,

loin de leurs enfants,

loin de leurs parents.

 

Les gens qui partent

ne peuvent plus aimer,

toucher, ressentir

cette tendresse,

cette chaleur humaine

indispensable

au moment de partir.

 

Se protéger contre tous

même de son grand amour.

Se protéger contre tous

même de son père magnifique.

Se protéger contre toutes

même de sa mère extraordinaire.

Se protéger contre toutes

même de son propre enfant

qui s'en va seul ailleurs,

est-ce bien humain?

Est-ce encore supportable?

Est-ce le point final

à notre humanité?

 

Les gens qui partent

ne regardent plus

les dégâts économiques,

et Wall Street qui flambe,

qui ne coule jamais

quoi qu'il arrive

de nos humanités abandonnées.

 

Partir avec eux

et ne plus regarder

ces êtres humains

rivés sur les valeurs boursières

de leurs actions.

 

Partir avec eux,

nos morts,

et ne plus regarder

ce monde en perdition,

ce monde qui ne veut jamais

comprendre,

qui ne veut jamais

changer,

qui ne veut jamais

perdre ses milliards

mais qui acceptent

sans aucune difficulté

ces centaines de milliers

d'humains qui partent

sans un baiser,

sans une caresse,

sans un regard

les yeux dans les yeux.

 

William a toi de chanter pour eux, pour elles.

 

 

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