09/04/2020

Relancer l'économie réelle plutôt que la Bourse

Parmi les conditions de survie pour nos sociétés face à Covid-19, il en est une, capitale, qui semble être tabou.

Comment se fait-il, par exemple, que malgré le terrible ralentissement mondial de l'économie réelle (jusqu'à 30% effectif et probablement durable sur un certain temps) la Bourse, en particulier Wall Street, jouit d'un rebond inespéré, près de 15% ces derniers 10 jours grâce aux annonces successives des banques centrales d'injecter des milliers de milliards de dollars dans l'économie, qui ont permis aux actions américaines de rebondir magistralement après une perte initiale de près de 30%!

Les milliardaires semblent donc plus enclin à se renflouer rapidement grâce à l'argent des banques centrales et à travers la spéculation boursière plutôt que placer cet argent dans l'économie réelle dès que cela sera possible.

Si la Bourse décolle et retrouve trop rapidement sa performance la plus haute début janvier, il risque d'y avoir vente massive des actions à un moment T parce qu'elle ne seront plus du tout le reflet d'une économie réelle sinistrée et d'une consommation fortement ralentie par les centaines de millions de personnes sur la planète qui n'auront plus les moyens de consommer faute d'avoir retrouvé un travail à la sortie de la phase sanitaire critique puisque les entreprises ne seront plus assez capables d'embaucher vu les capitaux gigantesques investis en bourses plutôt que dans l'activité réelle. Sans compter l'inflation sur les prix quasi certaine qui impactera durablement sur la capacité de consommer des ménages.

Quelqu'un a-t-il entendu dire que les banques centrales n'aident l'économie qu'à condition que l'argent distribué aux entrepreneurs soit formellement réservé à l'investissement et non à la spéculation boursière et les coups financiers? Quelqu'un a-t-il entendu dire que les personnes qui ne respecteraient pas cette règle, qui semble être la règle de bon sens vital même pour un non spécialiste de l'économie, subiraient de lourdes condamnations pénales pour avoir injecté cet argent dans la Bourse plutôt que dans l'économie réelle de son ou ses entreprises?

Pour ma part, je n'ai entendu aucun Etat, à part la Suisse je crois, annoncé que les bénéficiaires de prêts bancaires n'avaient pas le droit d'investir cet argent en Bourse.

Il faut rappeler ici que les Bourses ont immédiatement rebondi jusqu'à 15% suite aux annonces prodigieuses du plan de relance des Etats et après le crash initial de près de 30% alors même que des pans entiers de l'économie réelle sont toujours à l'arrêt  ou tournent au ralenti et que l'incertitude la plus totale règne quant à l'avenir de certaines branches (aviation, tourisme, etc.).

De quelles sources de capitaux sont arrivées les centaines de milliards de dollars investi dans la Bourse ces derniers jours? En tout cas pas de l'activité réelles des économies. Donc il s'agirait bien de l'argent des banques centrales qui, au lieu d'être investi et réservé pour l'économie réelle, est injecté dans des actions boursières dont la valeur est désormais absolument surévaluée en rapport à la réalité dévastée de la plupart des grandes entreprises mondiales.

Qui va enfin oser parler de cet immense scandale qui risque de provoquer à terme une seconde déflagration mondiale sur l'économie réelle avec une chute vertigineuse des Bourses mondiales dans le cas où le manque de capitaux investis dans l'activité réelle empêche une relance dynamique? L'équilibre, déjà sérieusement entamé avant Covid-19, entre la réalité de l'activité économique et la valeur boursière des entreprises est complètement brisé par ses agissements frauduleux mais apparemment autorisés par les Etats prêteurs de centaines voir de milliers de milliards de dollars dans l'économie. Et personne ne semble s'en être inquiété jusqu'à présent.

Je pose la question. Quel économiste va enfin nous révéler la vérité sur ce que nous risquons avec un tel laisser-faire des Etats en plus de la guerre faite à Covid-19 ?

 

 

 

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