19/04/2020

L'épineux problème des cafés-bars-restaurants

Le ministre de l'Economie, Guy Parmelin, n'exclut pas une réouverture d'ici à quelques semaines des restaurants selon le déclin statistique des chiffres de l'épidémie.

Si en aucun cas les employés et patrons de cette industrie ne souhaite faire durer "l'oreiller de paresse" (je rappelle au Ministre les lourdes charges locatives de la plupart des entreprises et les salaires très bas qui, à hauteur de 80% du salaire indemnisé, ne permet de vivre qu'en mode "survie" pour la plupart des familles et célibataires de la branche), il est un élément de première importance à tenir compte: durant des mois, le chiffre d'affaire de ces entreprises ne pourra, au mieux, se situer qu'aux alentours du 50% de la normale, du moins pour ceux qui font salle complète voir qui ont ont régulièrement un renouvellement des tables durant le service.

Immanquablement, de très nombreux licenciements auront lieu dans la branche avec l'impossibilité de retrouver du travail pour les employés et employées. Dans les bars et petits restaurants se sera tout aussi graves. Les patrons ou couple de patrons se sépareront de la quasi totalité de leur personnel fixe et ne feront appel qu'à des extras pour des occasions bien particulières ou pour les soirées du week-end, par exemple. Les restaurants sans terrasse, par ailleurs, et ils sont un certain nombre, n'auront aucune chance de survie durant l'été parce que le confinement a agi sur la psychologie des gens. Tout le monde cherchera d'abord des places en terrasse pour éviter les miasmes du virus qui, selon certains experts, peuvent se diffuser jusqu'à 4 mètres de la personne.

Pour les bars ne servant que des boissons et une toute petite restauration sur le pouce, le côté divertissement sera complètement mis sous cloche vu les nécessités de contrainte sur la distanciation des personnes. En terrasse, on peut encore imaginer des aménagements pour autant que la surface autorisée soit importante, ce qui est très rarement le cas sans oublier que les patrons paient une forte redevance à l'Etat pour le droit à la superficie. Une terrasse insuffisament occupée engendrerait même des frais supplémentaires pour l'établissement au lieu d'un bénéfice attendu. Sans compter les désagréments certains pour la clientèle qui se verra prier de quitter les lieux plus rapidement qu'à l'ordinaire en cas de non-renouvellement de leurs consommations.

 

Pour le personnel de service et de cuisine, le port du masque semble inévitable pour respecter les directives fédérales. Question hygiène et mesures de distanciation, les cuisiniers travaillent souvent collés-serrés avec leurs collègues et cela durant des heures. Les cuisines sont souvent petites et ne permettent en aucun cas de maintenir la distance de sécurité préconisée. Les masques seront par ailleurs relativement inutiles, d'une part parce que le cuisinier doit goûter ses préparations et, d'autres part, parce qu'ils provoqueront des sensations importantes d'étouffement chez les cuisiniers dans les locaux peu équipés pour le maintien d'une température de moins de 40 degrés, voir même de 45 degrés lors des très hautes chaleurs estivales, devant les fourneaux. Il semble peu probable que le personnel puisse supporter de garder le masque sans interruption et respecter en tous temps les directives fédérales qui seront édictées.

Le problème des locaux d'aisance est un autre soucis. Le personnel partage, dans un certain nombre de cas, ces locaux avec la clientèle. Les moyens de désinfection des locaux mis en place seront donc insuffisants sauf à imposer des nettoyeurs, avec le coût que cela engendre, qui passent plusieurs fois par jour dans les locaux ou à exiger du personnel de service qu'il s'en occupe lui-même. Ce qui ne serait évidemment ni conseillé ni devoir être une obligation contractuel admise dans le contrat des employé-e-s.

Enfin, pour compléter ce tableau assez sombre, en cas de maladie parmi le personnel, et même pour un seul cas avéré, la mise en quarantaine du personnel deviendra obligatoire pour empêcher une propagation importante parmi la clientèle. Ce qui provoquera la fermeture de l'établissement pour au moins 14 jours. C'est impensable de l'imaginer avec la quantité de marchandise fraîche perdue, un retour au chômage partiel du personnel, et des charges continuant de tomber pour les patrons.

Pour une réouverture adéquate des cafés-restaurants-bars il faudrait que l'épidémie tombe à un niveau proche du zéro cas journalier déclaré de la Covid-19. Ce qui est encore très loin d'être le cas.

Il serait donc adéquat, voir indispensable durant quelques mois, que les patrons de la branche puissent avoir la possibilité de recourir au chômage technique en leurs accordant un droit partiel (par exemple de 50%) et limité dans le temps pour autant que le personnel soit exactement informé des demandes patronales auprès des autorités cantonales afin d'éviter les risques d'abus et de travail "gratis" des employé-e-s. Une mise au chômage pure et simple du personnel devenu non-indispensable serait catastrophique pour des dizaines de milliers de personnes en Suisse puisqu'elle entraînerait pour beaucoup d'employé-e-s à charge d'enfants le recours à l'aide social en plus du chômage vu le niveau des salaires trop bas dans la branche. D'autre part elle entraînerait une perte conséquente du pouvoir d'achat moyen de la population.

Donc non, Monsieur Parmelin, nous ne souhaitons pas du tout nous reposer sur notre oreiller de paresse. Nous souhaitons juste pouvoir travailler dans de bonnes conditions, ne plus angoisser quant à l'avenir des offres d'emploi qui seront disponibles dans notre branche, et vivre avec un minimum décent du fruit de notre travail.

La restauration-hôtellerie sera sans doute, avec l'aviation, la branche la plus impactée par cette pandémie mondiale. On se passerait bien de votre remarque maladroite et injustifiée mise sur le compte de la fatigue et du stress infernal que vous subissez en ce moment au niveau du Conseil fédéral. Je crois que nous trouvons très difficilement des gens paresseux dans cette branche professionnelle parce que les patrons ne les gardent alors pas bien longtemps comme employé-e-s...

 

 

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