22/04/2020

Les couleurs fumigènes

Au départ,

cela ne devait être

qu'un sprint court,

souffle coupé,

course effrénée,

cent mètres achevé

le feu aux fesses,

éclair déchirant la nuit,

fille cent milles volt

brûlant les bougies

de cette vieille tristesse,

ouvrant ses jambes

de grande prêtresse

à ce matou noir

abandonné dans la rue,

déesse offrant son temple,

ses velours, ses parfums,

à ce vieux tigre de papier,

un arc de flèche,

Diane chasseresse

frappant un coeur solitaire

pour une heure pécheresse.

 

Une histoire sans histoire

autre qu'une étincelle

brûlant nos ailes de lovers,

une histoire de cul

sans suite et sans romance,

un feu de paille ordinaire

couché

sur un manège de faïence,

ivresse passagère

consommée cul sec

au fond d'un bouge,

deux corps mélangeant

leurs fluides de vin rouge

pour un feu d'artifice

vite oublié, vite perdu.

 

Mais le virus,

en quelques regards,

avait frappé nos deux interdits.

En quelques échanges,

quelques paroles,

quelques caresses,

quelques baisers,

en quelque sorte

nous avait enchaînés

à notre destin maudit.

 

Je tombais amoureux

d'une bad girl.

Mes poumons remplis

de son oxygène,

je partais sans le savoir

pour un marathon

au milieu de ses dentelles

direction

ses couleurs fumigènes.

 

Plusieurs fois

au bord de la rupture,

son métier, ses aventures,

ses voyages au Canada,

les chutes du Niagara,

ses explications à Göteborg,

ses cyborgs blonds de Suède,

sa photo de Bilbao,

son pupitre à l'uni de Genève,

ses retour au pays,

ses vies multiples en parallèle

vécues sur un trapèze,

sa liberté, ses ailes

glissant vers d'autres atmosphères,

d'autres excitations éphémères,

me laissaient seul,

dans la déprime

et le doute,

mais heureux

toutes les nuits

en rêvant d'elle couchée

à côté de mon coeur

sur le plumard à deux places.

 

Je courais à perdre haleine,

je courais à ma perte future,

avec elle plantée plein centre

sur ma carte du tendre.

Je courais une fois de plus

à l'abîme vers cette mort sentimentale

à bout de souffle

face à ce mur infranchissable,

cet amour impossible

d'aimer comme un fou

cette créature divine,

cette fille de joie.

 

Elle m'avait fait plonger

dans son rose univers.

Ses yeux revolver

plantés dans mes yeux

m'avaient ouvert l'univers

à ses secrets

les plus audacieux.

 

Depuis ce premier jour,

je savais

qu'elle serait la dernière

à croiser mon amour.

 

Nous arrivions alors

au millième kilomètre,

soit un méga marathon

couru en pleine lumière

avec ses jeux d'ombre.

 

Elle avait ajouté

des milliers de vol

à son compteur,

des hommes passagers

largués à la prochaine escale.

Elle n'avait gardé

qu'un seul cargo porteur

dans sa vie,

chaque nuit, à chaque heure,

son soleil, sa sécurité, son bonheur,

son protecteur,

son bon docteur romantique.

 

Une vieille carlingue

un peu lourdingue,

un peu fiasco,

un peu dingo,

un peu papy tango charlie

perdu dans ses Bermudes,

un vieux moteur ronronnant

au coin de sa solitude,

un baroudeur des grands espaces,

un pro des longues distances

tutoyant l'Everest

de son coeur

sans oxygène de synthèse,

envoyant ses fusées de détresse

vers ses couleurs fumigènes

pour garder son amour

et son voyage

longue durée avec elle.

 

Nous avions dépassé

la borne des mille kilomètres

et, comme dans les grandes histoires,

nous allions continuer le tour du monde

de notre grand amour.

 

P.S. Quand le désespoir te paraît immense,

quand les jours comptent leurs morts,

que le monde sombre dans la dépression,

quand la vie semble sans issue,

souviens-toi de tes amours.

Tu verras que les épreuves terribles,

les grandes guerres de la vie

se gagnent avec le coeur ouvert

sur l'art romantique.

 

Le virus de l'amour

est plus fort que le virus de la mort.

 

 

 

 

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