23/04/2020

Le retour des coiffeuses

 

 

Elle passe ses deux mains

sur mon crâne.

Je la regarde faire

dans le miroir.

Ses doigts de fée

astiquent tout doucement

mon cuir

mais de cheveux

ne restent plus

que les souvenirs.

 

Mais...

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Collée presque serrée à mon corps,

elle me parle de tout,

de la pluie, du beau temps,

de ce masque en tissu

sur nos visages,

de ses voyages

vers l'Orient bizarre.

 

Elle me questionne

sur ma vie, mon job.

Je lui dis

que je suis poète populaire.

Elle me réponds en riant.

"Je le savais.

Mais ce n'est pas une profession.

Plutôt une exception

dans ce monde pressé.

Vous êtes si atypique."

 

"Ah bon! Voyez-vous ça?

Ben moi je vous trouve

bien sympathique.

Vous êtes

mon tout premier contact

rapproché depuis

42 jours.

C'est un sacré privilège

par les temps qui courent."

 

Elle sourit.

Elle me frôle,

fait trois pas

derrière mon dos,

change de côté,

se penche un peu,

me redresse la tête.

Elle me demande:

"Je vous fais une coupe boule

avec ce qui reste

sur la tête

ou je vous rase carrément la boule?"

 

Je ris.

"Vous rasez gratis?"

dis-je avec douceur.

 

"Non. Mais si j'ose une option.

Je vous rase

votre belle barbe blanche

pour vous rajeunir.

Un seul prix pour la totale.

Vous verrez.

Vous serez nettement

plus jeune et séduisant."

 

Mais...

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Elle porte un chemisier

et un pantalon cuir

sur des jambes si longues

que ses ciseaux de coiffeuse

me font l'effet

de sa peau métissée

se collant à mon crâne.

 

"Bon mais dites-moi

vous êtes toujours confiné, alors?"

"Oui. Célibataire dans mes nuits

et mes jours sans saveur."

 

Elle rit encore.

Elle marque un temps de pause.

"C'est pour quand le retour

au travail?"

 

"Peut-être dans deux mois

ou à la Saint Glinglin."

que je lui réponds

dans un soupir.

 

Elle sourit avec un brin de mélancolie.

"Et votre chérie,

elle va rester encore longtemps

en Roumanie?"

"Aussi longtemps que nécessaire

mais aussi vite que possible.

On attend que s'ouvrent les frontières."

 

Elle éclate de rire.

"Pardonnez-moi. Je compatis.

Mais c'est quand même marrant.

Vous êtes célibataire.

Vous pourriez vous faire un plan?"

 

"Heuu. Ben c'est-à-dire

qu'avec le masque, la blouse,

les gants, les bottes,

le sexe ça fait pas bander

presque un peu trop pervers,

d'un fétichisme douteux et glauque,

voir BDSM.

Non? Avec une telle mise en scène

on pourrait croire à un vétérinaire

venant inséminer sa vache."

 

"Vous me faites tellement rire

mon cher Monsieur.

Cela fait longtemps

que je n'avais pas tant ri.

Vous êtes encore plus vert

que je pensais."

 

Mais...

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"Il ne faut jamais se fier

aux apparences

gentille Madame.

Je porte un peu vieux

mais je vous garantis

que je tiens la route

même mieux

que certains jeunes."

 

"Voilà. Vos poils sont bien épilés.

Comment vous trouvez-vous?"

 

"Aussi jeune que possible,

aussi amoureux que nécessaire."

 

"Vous voilà fin prêt

pour accueillir votre chérie

de Roumanie."

 

"Oui mais...

La reverrai-je donc un jour

ou le virus aura-t-il eu ma peau

avant son retour?"

 

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"Ne vous en faites pas.

Vous êtes aussi solide

qu'un chêne.

Vous la reverrez un jour votre chérie."

 

 

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