25/04/2020

"Salaire" médian actuel de la restauration:*FR.3.612.-- brut

On en parle...ou pas.

Aucun média, aucune chaîne de radio-télévision, aucun journal à grand ou petit tirage, et même aucun syndicat ne parle actuellement de la situation catastrophiques des employé-e-s de la gastronomie suisse.

Et pourtant, ce sont des centaines de milliers de personnes vivant de ce secteur qui doivent se contenter d'une indemnité allant du minimum vital reconnu en Suisse (un peu plus de Fr.3'000.-- net pour une personne vivant seul en fonction du prix du logement et de la prime mensuel d'assurance-maladie, entre autres) à un plafond de 4'500.-- brut pour les cadres supérieurs de la branche.

Ce sont donc des centaines de milliers de personnes qui subissent actuellement la précarité sociale la plus longue et incertaine, la certitude d'un endettement acté par les au moins trois mois d'absence au travail, et qui risquent, pour beaucoup, la perte de leur emploi soit par faillite de leur patron ou la fermeture définitive de l'entreprise ou encore la réduction de voilure du personnel pour que l'entreprise puisse survivre à la pandémie. Sans oublier en plus que la plupart des patrons mettront la pression maximale sur les demandes éventuelles d'augmentation de salaire et qu'ils demanderont même à leur personnel de travailler des heures supplémentaire gratis au nom de la survie de l'entreprise. Certains patrons le font déjà en temps normal, ils vont le faire d'autant plus en tant de pandémie et de chute de la clientèle imposée par les restrictions fédérales qui dureront sans doute plusieurs mois encore.

Il est absolument certain que les personnes travaillant en milieu hospitalier ou dans les branches de l'approvisionnement et de la vente des biens de premières nécessité méritent un meilleur salaire pour être restés au combat, par la force des choses, durant la première phase du confinement alors qu'on demandait aux restaurants de fermer leurs portes. Je connais bien des cuisiniers et des serveurs, féminins comme masculins, qui seraient aussi restées fidèles au poste de travail si cela avait été une question de survie pour la population. Tous ces gens se sont retirés simplement parce que cela leur a été demandé et qu'ils étaient bien conscients que fermer l'entreprise c'était aussi protégé la santé de la population et la leur. Donc, ils et elles ont aidé à la diminution de la pandémie en acceptant sans broncher la diminution drastique de leur revenu (pensons également à la bonne main perdue qui fait partie intégrante du revenu des employés de service, voir de tous les employés en cas de tronc commun qui n'est malheureusement pas imposé dans la branche et laissé tout bonnement à la liberté de l'employeur qui sait en tirer profit pour son propre compte. Mais ça c'est une autre histoire...). Certaines personnes perdent actuellement jusqu'à fr.2'000.--et plus de salaire chaque mois tout en se retrouvant au minimum vital avec les indemnités perçues...

Donc les "héros" du vendredi soir, du samedi soir, et du dimanche qui se privent semaine après semaine de loisirs et de liens sociaux pour faire la fête avec leurs amis ou simplement sortir avec leur copain/copine ou en famille et qui n'ont jamais rien obtenu pour travail durant le week-end et jours fériés, se retrouvent encore une fois les grands perdants de l'attention médiatique avec en plus une situation de précarité extraordinaire.

Pour rappel, la branche de la gastronomie se situe en avant-dernière position dans la grille des salaires, juste devant les services personnels qui regroupent entre autres les femmes de ménages. Si on considère qu'il serait logique, en regard des autres professions, que les gens travaillant dans la restauration touchent des indemnités pour travail du week-end, la branche passe alors en bonne dernière du classement de la considération et de la reconnaissance sociale dans notre pays.

Il faut rappeler que le personnel professionnel de ce domaine se compose essentiellement de frontaliers et d'étrangers, que les Suisses qui ont appris leur métier dans ce domaine deviennent soit des cadres supérieurs soit quittent définitivement la branche après quelques années pour aller vers d'autres domaines. Un immense gâchis professionnel...

Si les médias pouvaient mettre pour une fois en valeur et en lumière les personnes qui vont revenir au combat rapproché avec leur clientèle et en plein été pour les citoyens et citoyennes qui auront des vacances à ce moment-là, c'est-à-dire la majorité des gens du pays, après avoir pourtant subi le confinement imposé comme tout le monde sans avoir eu le droit de se détendre et de s'amuser un peu, ça serait vraiment sympa pour eux et elles. La branche a aussi largement besoin d'être valorisée et mise en évidence au-delà des concours gastronomiques de chefs qui envahissent nos écrans TV et nos journaux...

Merci pour les journalistes et médias qui feront un petit effort pour mettre en évidence les difficultés de toutes ces personnes travaillant dans le beau domaine de la gastronomie, plongeurs et garçons/filles de buffet compris.

https://www.lenouvelliste.ch/articles/suisse/emploi-en-20...

P.S. Précision importante pour les lecteurs et lectrices d'autres pays. L'impôt dû n'est jamais inclus dans le minimum vital d'une personne au travail et qui doit donc payer des impôts. Le minimum vital qui est mentionné ci-dessus ne tient pas compte de l'imposition fiscale... Ce qui rajoute un peu plus à la détresse réelle des gens. Un salaire minimum vital pour une personne se situe donc plutôt autour des fr.3'500.-- par mois si on ne veut pas qu'elle soit poursuivie par le fisc... 

*FR. 3.612.-- brut. Cette indemnisation en période de chômage technique due à la pandémie et d'interdiction générale de travailler pour la branche (sauf vente à l'emporter) correspond au 80% du salaire ordinaire des employés de la restauration.

Les commentaires sont fermés.