07/05/2020

Le Masque

 

Le masque,
grotesque linceul protecteur.

Nos illusions fantasques
d'éternelles clameurs
Remontent du gouffre.

Il n y a plus d'espoir.
Ta bouche pue le soufre.
La soufrière mondiale explose.

Le masque est partout,
ton sourire,

invisible apothéose.

 

Des bêtes traquées, surveillées,

ces ombres brunes dans la rue

aux regards frigides et gantés.

 

A l'heure de l'apéro,

à deux mètres les uns des autres,

dans les bouches de métro,

les visages masqués se vautrent.

 

La fange mon amie!

La fange nous tisse sa lie

enfermant nos têtes

dans les champs chromatiques

du noir.

La folie mon amie!

La folie désignant nos têtes

qui roulent comme des orgues mécaniques

sur le trottoir.

 

Connais-tu cette blessure

rongeant mes rouges entrailles?

Ces égouts, ces ordures

empestées de sordides funérailles?

 

Nos étreintes disparues

sacrifiées à sauver des vie?

Les vieillards enfermés nus

dans ces boîtes de nuit

aux couleurs ocres de la peste?

 

Nos rires chauds, brûlés vifs,

fuyant le monde funeste

de la peur, de l'effroi, de la faim?

Nos rires dépecés vifs,

comme la chute de tes reins, tes seins

interdits de libre expression?

 

Pétrifiés, frigorifiés, cryogénisés

par leurs masques de protection.

On dirait des bouches macchabées

alignant leurs fusils sur nos rires

plaqués contre un mur d'exécution.

 

Si tu arraches mon masque de mendiant,

si j'arrache le tiens,

ils nous prendront pour des chiens

et nous pendrons comme des brigands.

 

Funeste bourrasque

dévastant nos coeurs.

 

Le masque,
grotesque linceul protecteur.

Nos illusions fantasques
d'horribles clameurs
Remontent du gouffre.

Il n y a plus d espoir.
Ta bouche pue le soufre.
La soufrière mondiale explose.

Le masque est partout,
ton sourire,

invisible apothéose.

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