08/05/2020

Reprise économique rapide peu probable pour la restauration

Depuis lundi 11 mai la Suisse, et pas seulement elle, est appelée à reprendre ses bonnes vieilles habitudes de travail et de consommation.

Hors les circonstances actuelles ne le permettent tout simplement pas. Quant à la confiance, c'est encore plus grave.

Une partie de la population a vécu deux mois avec une réduction de salaire de 20% en raison du chômage technique ou d'une mise au chômage. Parmi les personnes touchées par cette réduction de salaire importante se comptent quantité de métiers mal payés et beaucoup  se sont retrouvés au minimum vital voir en dessous de celui-ci ces deux derniers mois.

Parmi les gens peu ou pas touchés financièrement, beaucoup font partie des classes supérieures, gens hautement inquiets quant à leur santé et allergiques aux risques encourus lorsqu'ils doivent fréquenter de gré ou de force une foule de personnes.

Le cas des restaurants est emblématique. Les gens les moins inquiets pour un retour à une certaine convivialité sont sans doute les jeunes peu concernés par la maladie du coronavirus ainsi qu'une partie de la classe populaire qui a plus l'habitude des prises de risque sur la santé de part leur profession et leur milieu social. Dans ces deux catégories de personnes, seule une minorité ont des moyens de dépenser régulièrement de l'argent au restaurant. Et la perte de salaire conséquente et probablement durable (chômage partiel à 50% prolongé durant des mois ou alors licenciement) subie par le personnel de l'hôtellerie restauration ne permettra pas aux gens travaillant dans cette branche de consommer au restaurant. Hors le personnel de la restauration, surtout les jeunes sans charge de famille, représente généralement une clientèle assez fidèle pour les bars à café et restaurants populaires.

Par contre, les retraité-e-s, vivant dans une certaine aisance et qui sont de fidèles clients des restaurants et des voyages touristiques, sont invité-e-s à ne pas fréquenter les endroits à risques. Les établissements gastronomiques font typiquement partie des lieux à risques. Cette catégorie sociale ne devrait donc pas se ruer dans les restaurants ces prochaines semaines.

D'autre part, les catégories dont les salaires sont généralement supérieurs à la moyenne sont celles qui se préoccupent le plus de leur santé et qui prennent toutes les précautions pour ne pas tomber malades du coronavirus. Les restaurants, étant des lieux de contamination parmi les plus risqués du fait de l'absence du masque et de la station statique des personnes durant un long laps de temps, ne devraient donc pas être à priori envahis par des hordes de cols blancs affamés. Les établissements gastronomiques auront sans doute de la peine à faire venir une clientèle très effrayée par le coronavirus et qui s'assurera d'une hygiène quasi parfaite des lieux avant de refaire confiance.

Les restaurants de Suisse romande, en particulier, seront encore nombreux à être fermés dans trois jours malgré l'autorisation d'exploiter. En ce moment même, personne ne sait encore si la Confédération permettra aux tenanciers d'avoir recours au chômage technique pour une fermeture prolongée de certains restaurants durant quelques semaines encore. Mais il est certain que même si tous les restaurants ouvrent la plupart recourrons encore au chômage technique partiel pour leur personnel ce qui nuira d'une certaine manière aux employés soumis à davantage de stress en cas d'affluence de clientèle avec la promesse d'avoir un salaire réduit à la fin du mois puisque une partie de leur salaire sera toujours réduit de 20%.

On ne vous raconte pas l'ambiance de travail dans certains restaurants ou le patron essayera de tirer profit de ce chômage partiel pour mettre la pression maximale sur un personnel réduit et esseulé dans sa tâche pour assurer la préparation et la finition des mets en ayant la certitude d'obtenir moins de salaire à la fin de chaque mois.

Bon appétit quand même.

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