13/05/2020

Un bistrot sans journaux c'est comme un poète sans poésie

Il fallait s'y attendre.

Après deux jours d'exploitation, les cafés-restaurants pleurent misère pour la plupart d'entre eux. Et encore, près de 50% des bistrots sont restés fermés dans les villes de Suisse romande.

C'est un désastre qu'on attribue à la peur des gens et aux mesures drastiques dictées par la Confédération.

Les terrasses, cependant, ont été relativement animées malgré le froid; les salles de restaurant ont été, elles, très peu fréquentées et boudées des habitués.

Mais GastroSuisse a scié ce qui fait la raison d'exister du petit troquet: le lieu de la rencontre à la Stamm et au bar où les gens se disputent les nouvelles du monde. Les milieux économiques ont voulu forcer la main aux restaurateurs réticents qui voulaient attendre jusqu'au mois de juin avant d'ouvrir leur restaurant dans des conditions plus favorables.

Sans le bar, les personnes seules n'aiment plus le bistrot. Sans la Stamm, les habitués du coin ne s'y retrouvent plus. Et sans les journaux, il n'y a plus de Café du Commerce.

La mort instantanée. Dans trois mois, au plus tard, 20% des bistrotiers, voir bien plus, devront se résoudre à la faillite de leur entreprise et à la clef sous le paillasson si les mesures fédérales ne sont pas modifiées et sans une aide complémentaire pour la perte d'exploitation.

Pourquoi interdire les journaux au bistrot alors que le journal gratuit "20 Minutes" traîne dans les trains et les bus? Pourquoi cette mesure absurde? Le client est quand même libre de savoir s'il va lire le journal au bistrot du coin ou s'il y renonce parce qu'il craint de contracter le virus? Ou bien?

Un client qui se désinfecte les mains avant de saisir un journal ne peut quand même pas déposer le virus? A moins d'éternuer dans son journal, comment pourrait-il transmettre plus loin Covid-19 pour peu qu'il soit atteint alors qu'actuellement nettement moins de 100 personnes par jour pour toute la Suisse est touchée quotidiennement par le virus?

La Confédération est en train de tuer notre métier en nous ayant imposé des mesures effroyables au lieu d'attendre encore 3 à 4 semaines pour la réouverture des restaurants. Par la faute des milieux économiques, de Swiss Tourism et GastroSuisse qui ont mis la pression sur la Confédération, c'est la gabegie dans notre secteur. Il aurait mieux valu autoriser les cantons à choisir eux-mêmes les dates de réouverture des bistrots en fonction du risque de transmission du virus.

En Suisse romande, ce sont des milliers de bistrots ouverts qui s'inquiètent déjà du manque de clientèle et des des milliers d'autres qui sont restés pour le moment fermés et qui ne savent pas comment la Confédération envisage d'attribuer le droit au chômage technique. Au cas par cas? Mais qui contrôle l'impossibilité d'exploiter? Le Canton? Et si le Seco recourt contre une autorisation cantonale de laisser fermer un établissement? C'est le canton qui casque ou le bistrotier qui devra assumer l'entier des salaires?

Nous étions mardi à notre travail. Nous avions acheté nos abonnements régionaux de transport. Nous devions redémarrer. Nous avons finalement décidé d'attendre une décision du canton qui ne veut pas décider avant d'attendre la décision du Seco qui ne veut pas décider avant de savoir si la Confédération autorise encore le chômage technique aux établissements qui n'auront pas ouvert lundi leurs portes à la clientèle...

J'attends le coup de fil de mon patron pour savoir si, finalement, nous reprenons le job (à temps partiel? à temps complet?) vendredi ou si nous restons au chômage pour deux ou trois semaines en attendant des mesures sanitaires plus favorables aux bistrotiers de la part de la Confédération.

C'est vraiment fou ce qui se passe actuellement pour la branche.

Mais je veux finir ce billet avec un peu de poésie. Je propose au lecteur, à la lectrice, d'aller lire cette page sur le web https://www.erudit.org/fr/revues/etudlitt/2009-v40-n3-etu... pour montrer à quel point le journal et le bistrot ont toujours été mariés pour le meilleur et pour le pire.

Et je vous offre un tableau qui ne paraîtra pas dans "Le Petit Romantique", journal imaginaire qui n'existe que dans mon cerveau.

Ou quand un poète des temps électroniques prête son image masquée à l'art figuratif et abstrait pour chasser le virus des bistrots.

L'Amabie

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http://sexes.blogs.liberation.fr/2020/05/13/le-japon-se-p...

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