14/05/2020

Lire son journal au bistrot

Il y a trois siècles, les oeuvres licencieuses et censurées par l'Etat se passaient sous le manteau dans les rues de nos villes.

Aujourd'hui, fait incroyable, lire son journal au bistrot à la vue et au su de tout le monde, devient un acte illicite et de résistance.

Le bistrotier qui ose braver la "recommandation" fédérale est un patron irresponsable qui offre l'indice clef que son bistrot serait rebelle aux autres "recommandations" de la Confédération et qu'il serait bien d'éviter pour aller manger ou boire un verre.

Insidieusement, de façon très subtile et perverse, celui ou celle qui tente des gestes de liberté élémentaires se voit condamner et boycotter par la nouvelle doxa populaire créée de toute pièce par une police des bonnes moeurs produite directement des hautes autorités compétentes sanitaires et politiques.

Mais comment en est-on arrivé à ce point de crainte face à un virus qui tue tout de même bien moins que la faim et que certaines autres maladies contagieuses?

Si 10% de la population suisse a été touchée par la maladie et est désormais probablement immunisée pour un temps ou durablement, Covid-19 a tué près de 3'000 personnes. Si on extrapole selon les propos mêmes des spécialistes des maladies contagieuses, 60% à 70% de personnes contaminées permettraient l'établissement d'une immunité collective et la formation d'un bouclier protecteur qui condamnerait définitivement le virus.

Donc, dans le plus mauvais des scénarios et si on ne se réfère qu'à la situation sanitaire et de capacité hospitalière de la Suisse, c'est 18.000 à 20.000 personnes qui devraient mourir de cette maladie avant son éradication totale. Dans notre pays, quelque 16.000 personnes meurent d'un cancer du poumon chaque année, soit l'équivalent du nombre de morts prévisibles et en principe définitive pour toutes les années à venir suite à la maladie du Covid-19.

Cela laisse songeur... Pour lutter contre la Covid-19, nous devons respecter les règles et risquer de perdre notre emploi, notre capacité économique, notre santé mentale et physique, toutes nos libertés, et entrer en résistance en lisant notre journal dans un bistrot résistant qui se fera donc caillasser par la doxa populaire pour non respect des règles.

Putain. Si on m'avait dit qu'un jour lire son journal à une table de bistrot serait un acte révolutionnaire équivalent à la posture du Che j'en aurais pas cru mes oreilles. Et pourtant, on en est arrivé à cette extrémité là.

Va-t-on continuer à nous taire au lieu de nous révolter pour nos aînés qui sont morts seuls sous leurs aspirateurs ou dans leur chambre d'asile et pour nos enfants qui sont en train de grandir dans un monde carcéral fait de peur et d'autorité?

 

 

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