12/06/2020

Les dérives du chômage partiel

Le Conseiller fédéral Guy Parmelin vient d'annoncer un prolongement du droit au chômage partiel.

C'est donc 37% de travailleurs et travailleuses, selon les statistiques officielles, qui seraient concernées par ce prolongement si toutes les entreprises qui y ont recours prolongent leur demande initiale.

Si, pour les patrons d'entreprise, cela semble un cadeau bienvenu, pour les employés c'est carrément une perte de salaire prolongé de six mois supplémentaire, soit 18 mois au total...pour l'instant.

Hors, il ne faut pas l'oublier, les cotisations sont dues à 100% du salaire autant de la part de l'employeur que de l'employé. Chaque heure chômée et rémunérée à 80% ne correspond donc pas à la somme versée par un office de chômage en cas de chômage complet. Le travailleur et la travailleuse sont couvert pour leur LPP et l'AVS mais ils perdent davantage d'argent cash à la fin du mois qu'un chômeur ou qu'une chômeuse. Pour le patron, les heures chômées ont un coût. Celui de devoir payer à 100% les vacances qu'ils doivent à leur personnel et les cotisations sociales.

Pour autant et malgré ce devoir patronal, certains entrepreneurs peuvent trouver un grand intérêt à faire chômer partiellement leur personnel en développant une nouvelle grille horaire imposée qui rétrécit les heures dites mortes de vente des produits mais indispensables à la fabrication et à la mise en place des mets. C'est le cas dans la restauration qui par ailleurs peut, pour la première fois de manière généralisée, profiter des RHT pour gérer au plus près de la météo le flux du personnel indispensable afin de rentabiliser au maximum les heures d'affluence de leur clientèle en fonction du temps qu'il fait. Hors les salaires payés dans la restauration sont particulièrement bas justement du fait qu'un patron tient compte à l'engagement des heures où le personnel sera plus ou moins inactif pour cause de mauvais temps et par conséquent moins rentable qu'en pleine bourre.

Grâce aux RHT les patrons de bistrot et détenteurs de terrasse s'en sortent donc bien mieux que leur personnel en ce début de mois de juin pourri, par exemple. Ils vont pour la première fois pouvoir calculer au mieux les heures de présence et d'absence de leur personnel en réduisant au maximum les heures payées par eux et celles, payées à 80% du salaire rappelons-le, par le chômage. Il y a donc bien un vice caché dans cette aide apportée aux patrons d'entreprise et ce vice s'appelle assurance tous risques pour l'employeur mais assurance pour les employés d'être non seulement moins bien payés durant 18 mois que leur contrat de base initial le stipule mais aussi à subir plus de pression pour réussir à fournir le travail demandé dans des horaires réduits avec du personnel réduit...

Il y aurait un moyen d'éviter de telles dérives en exigeant des patrons qu'ils assument intégralement les 20% de salaire perdu en cas de mise au chômage partiel de leur personnel. Cela devrait être une condition imposée par Berne pour avoir encore droit au recours des RHT.

Pour le moment, Berne ne dit rien et promet seulement de prolonger le droit de recours aux RHT. Les employé-e-s de la restauration n'apprécient pas vraiment ce cadeau empoisonné. Leurs horaires de travail restent soumis à la spécificité de la branche. Ils et elles sont donc du matin et du soir, les heures de travail en moins ne se retrouvent pas concentrées le vendredi par exemple (horlogerie, mécanique, etc.) ce qui permet au moins d'avoir des semaines de 4 jours et des week-end de 3 jours qui compensent partiellement la perte de salaire. Les employé-e-s de la restauration ont un peu l'impression d'être devenu-e-s des travailleurs et travailleuses à l'horaire flexible au jour le jour et au gré du temps qu'il fait. Avant Covid-19 les employé-e-s de la branche connaissaient déjà la flexibilité de leurs horaires mais avaient l'assurance de leurs gains complets à la fin du mois. Maintenant, ils ont encore plus de pression et de flexibilité sur leur travail et moins de salaire tandis que certains patrons s'en sortent fort confortablement de cette crise du Covid-19 en faisant assumer par le chômage et leur personnel certaines pertes de leur chiffre d'affaire qui n'ont plus forcément à voir avec la Covid-19 mais bien plutôt avec la météo d'été pas très favorable à leurs affaires.

Berne, me lisez-vous et comprenez-vous qu'un salaire de fr. 4.000.-- réduit de fr.300.-- à fr.500.-- chaque mois et de longue durée pour cause de RHT n'est pas vraiment acceptable pour les employé-e-s de la restauration-hôtellerie?

 

 

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