13/06/2020

"Un artiste n'a ni couleur ni race"

Les mots du titre de ce billet sont de Fabienne Lévy, galeriste à Lausanne, mots que vous retrouverez ici dans cet article de 24 Heures:

https://www.24heures.ch/les-espaces-artistiques-sommes-de...

Il faut revenir à la définition d'un artiste pour tenter de cerner cette proclamation idéalisée du rôle de l'artiste dans une société. Un artiste c'est qui? c'est quoi?

Nous avons toutes sortes d'artistes et d'écrivains qui sont racistes, suprématistes, voir carrément dangereux et criminels pour le vivre ensemble. Dans le rap, nous en retrouvons des exemples. Dans les écrits, nous en avons aussi des poètes qui ont prôné le nationalisme voir le génocide d'une population. Souvenons-nous de l'ex-Yougoslavie et de son sinistre "loup blanc" Radovan Karadzic, poète et chantre, théoricien de la race pure serbe, du dieu serbe supérieur qui transpire à travers une chanson tristement célèbre qui provoque encore des ravages aujourd'hui "Remove Kebab".https://fr.wikipedia.org/wiki/Remove_Kebab

En Allemagne nazie, il y avait même l'art pur et athlétique du régime qui trônait partout dans le pays et les stades sportifs et l'art dit "dégénéré" des artistes considérés comme ennemi de la race pure et prônant justement ce rôle de l'artiste universel, humaniste, attaché à défendre à travers leurs oeuvres prophétiques les minorités ethniques et sexuelles, les handicapés, les exclus de la société.

Donc non. On ne peut pas écrire que tous les artistes n'ont ni couleur de peau ni race. Les "artistes dégénérés" vivent parmi nous et sont à mon avis encore bien trop minoritaires dans les ghettos, les zones d'exclusion, les banlieues, partout où la misère et le déclassement social font des ravages et créent des situations de haine raciale où le rap ethnique black et beur déglingue l'autre camp inspiré du "Mal", cette division des races, le suprématisme blanc archaïque, les fascistes, ceux qui veulent dominer le monde au nom d'une race pure débarrassée de ses étrangers à la peau et aux moeurs différentes.

Un artiste a des racines, une couleur de peau, une origine mais il peut être soit un adepte de l'universel et travailler à l'avènement de cet universalité de l'être humain soit, au contraire, se retrancher derrière son apparence et appartenance d'origine en créant un art identitaire suprématiste qui combat un autre art identitaire suprématiste et qui plaît à une foultitude de gens, les jeunes surtout, qui se retrouvent dans cet esprit guerrier qui combat non seulement une minorité haineuse fasciste d'une autre couleur mais qui englobe toutes les personnes de cette autre couleur. C'est le racisme à l'envers, c'est-à-dire le racisme de l'opprimé noir qui voit chez le Blanc, le Français ou l'Européen ou l'Américain, par exemple, quel qu'il soit, l'auteur et le bourreau de tous ses malheurs.

Donc notre époque ne se distingue pas totalement de l'époque nazie si ce n'est que les forces en présence actuelles donnent plutôt l'avantage aux artistes dit "dégénérés" plutôt qu'aux artistes prônant la pureté de la race, la haine, voir la destruction de l'Autre. Ces derniers sont cantonnés dans une certaine marginalité quoique parfois bien visibles dans le monde de l'art et de la chanson. Mais leurs propos et leur art créent des polémiques à n'en plus finir dans les médias et leurs explications sont parfois contradictoires afin de calmer le jeu et surtout pour pouvoir garder une place médiatique leur permettant de gagner leur vie et ne pas se voir rejeter totalement de la scène visible du monde du spectacle.

Pour finir, je dirais qu'il y a les artistes qui se cantonnent dans la défense de leur lobby ethnique et ceux qui défendent toutes les populations ostracisées, minoritaires, excluent du système à cause de leur couleur de peau, de leur ethnie, de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur handicap.

Je suis un de ces artistes dégénérés qui défend cette vision de l'humain multiethnique, universel, qui ne se lasse jamais de défendre toutes les injustices, tous les gens jetés dans la précarité, toutes les femmes bafouées dans leurs droits, tous les citoyennes et citoyens rejeté-e-s pour leur appartenance, leur identité, leur genre, leur orientation sexuelle, leur âge, leur culture. Il n'y a pas des êtres humains supérieurs à d'autres. Il n'y a que des êtres humains qui devraient défendre toutes les valeurs humaines d'égalité, de partage des richesses, d'amour universel pour notre espèce plutôt que de développer et d'exacerber de la haine raciale, ethnique, de classe, ou de genre.

C'est ce qui distingue un artiste d'envergure mondial à un artiste confiné dans sa haine et la défense exclusive de sa communauté originelle.

 

 

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