18/06/2020

L'Histoire est racontée par les dominants

On peut tout déboulonner ou alors...rien du tout. Mais pour changer le récit historique il faut tenir compte des mots, des histoires, des dominés, des vaincus, de celles et ceux qu'on n'a préféré oublié plutôt que de parler de leurs vécus, de leurs souffrances endurées, de leur héroïsme parfois.

Les statues sont érigées par le système dominant et pour les dominants. Elles honorent des personnages illustres de la guerre, de la science, de la littérature, des arts, et même de la paix aussi. Mais de quelle paix s'agit-il? La paix entre un dominant et un soumis n'est pas la paix. C'est juste l'acception d'un rapport de force favorable au dominant après que le dominé ne peut pas faire mieux pour lui et les siens si ce n'est mourir rapidement par la révolte et sous le joug de l'archi-dominant ou mourir lentement par l'acceptation du joug pour pouvoir vivre lui et les siens dans l'invisibilité médiatique.

Aujourd'hui, il y a des récits alternatifs que les mouvements minoritaires ou féministes ou anti-racistes tentent de mettre en avant. Ces récits entre évidemment en conflit avec le discours dominant présent et passé. Car il n'y a pas une Histoire. Il y a des histoires dans l'Histoire. Les possédants érigent leurs héros en statues. Les dominés érigent une mémoire collective qui leur appartient en se souvenant de personnages, femmes et hommes, oubliés de l'Histoire officielle.

Pour déboulonner des statues et les mettre au musée; pour débaptiser des noms de rues et leur donner une nouvelle naissance, il faut bien avant ça une conscience collective devenue majoritaire qui a accepté d'intégrer les récits des perdant-e-s, des vaincu-e-s, des hérétiques, des sorciers, des sorcières, des racialisé-e-s, des genré-e-s, de tous ces personnages qui se sont opposés à la pensée dominante au nom de l'égalité et de la liberté et qui se sont vus ostracisés, mis au ban de la société, bannis sans droit de participation au discours officiel et médiatique.

L'Histoire vivante est l'Histoire sans cesse recyclée où d'anciennes gloires tombent de leur piédestal officiel. Parce que nul homme, nulle femme, n'est parfait-e en ce monde. Parce que ce qui est de bon ton aujourd'hui sera peut-être de très mauvais ton demain. Comme pour l'art, il y a les artistes immédiatement reconnus et célèbres dans le présent. Et les artistes minoritaires, maudits, reconnus à plus long termes tandis que des artistes célèbres pour un temps précis tombent dans l'oubli après avoir connu un immense succès de leur vivant. L'Histoire fait de même. Elle recycle sans cesse pour être vivante et non figée dans un carcan créé par le discours dominant de l'époque. Les héros de hier ne sont pas forcément les héros de demain. Déboulonner pour déboulonner ne sert à rien. Il faut prioritairement une adhésion communautaire, une nouvelle prise de conscience collective, et des oeuvres artistiques réfléchies et pensées prêtes à prendre la place de celles qu'on veut remplacer et mettre au musée comme représentation d'une pensée, d'un héritage, qui a fait son temps plutôt que dominant toujours outrageusement la population à travers sa criminalité esclavagiste passée et révolue, trônant comme une injure faites aux descendants noirs sur une place publique centrale d'une ville aussi moderne et multiethnique comme Neuchâtel. Exit David de Pury du cinéma vivant de notre ville. Mais pour cela, il faut d'abord l'adhésion majoritaire de la population. Ce qui n'est pas encore le cas dans la tête de la population neuchâteloise. Laisser du temps au temps pour libérer les discours historiques des minorités et prendre pleine conscience de notre nouvelle réalité commune à toutes et tous.

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