28/06/2020

L'être humain s'habitue à tout...même au pire

La planète des humains a d'abord perçu la Covid-19 comme une curiosité exotique et asiatique. Les virus c'était leur spécialité à eux en général et aux Chinois en particulier. Normal. Ils bouffent des bestioles sauvages et même des chauves-souris...

Donc le monde se demandait bien si la dictature chinoise tentait simplement à faire diversion pour empêcher Hong-Kong de s'embraser sous la révolte des démocrates de là-bas. En faisant peur, en confinant sans exception les populations à Wuhan sous l'oeil et la brutalité de l'armée, en construisant des hôpitaux en quelques jours sous l'oeil de la propagande, l'Occidental un peu trop simpliste se disait: "tiens, bien pratique ce virus pour mettre en boîte toutes les velléités de liberté. Ce gouvernement chinois est machiavélique."

Alors on a laissé voler les avions de la Chine vers l'Europe comme si de rien n'était. Il fallait bien que le tourisme maintienne son cap comme son chiffre d'affaire et que l'Eiger mange son lot de bénéfices sur le dos des touristes chinois très friands du made in helvétique.

Et puis est arrivé le temps de la menace qui, curieusement, n'est pas sortie du ventre des trois glorieuses bernoises mais de l'Italie du Nord et de la Savoie tandis qu'au Nord, du côté de Porrentruy, le virus semblait s'arrêter à la frontière, du côté de Mulhouse ravagé par la maladie, alors que des milliers de frontaliers viennent travailler chez nous et franchissent la frontière jurassienne. Hors presque rien à signaler d'alarmant du côté de l'Ajoie. Le Sars-Cov2 aime brouiller les pistes à satiété et nous déroute totalement dans son évolution et sa prise de pouvoir.

Depuis ce temps, il y a eu le confinement et on s'est habitué à la bestiole maléfique. Elle contamine de plus en plus, elle tue de plus en plus sur toute la planète mais notre pays a presque repris normalement ses vieilles habitudes. Pas ou très peu de personnes masquées dans l'espace public même en cas de très forte affluence. Comme si on voulait braver le virus et lui dire franchement ce qu'on pense de lui: "Vas te faire foutre chez qui tu veux. Nous, on a déjà plus peur de toi. Et si tu as l'idée de nous envahir à nouveau, nous sommes prêts à nous défendre et à te résister." Hors le virus tue qui il veut, quand il veut et où il veut. De préférence les personnes âgées, certes. Mais pas que. Et puis, il y a le risque de séquelles à long terme pour les contaminés qui y survivent sans dégât apparent. Et puis, peut-être, le risque de récidive bien plus violent. On en sait rien mais on fait comme si on savait. Le Covid tue les vieux et les plus jeunes ont en marre de payer au prix fort de leur liberté et de leur droit au travail et au salaire afin de sauver toute cette population dite à risques et âgée.

Un demi-million de gens décédés suite à la maladie pour dix millions de contaminés sur la planète. Cela représente quand même 5 % de décès. Si on cherche la fameuse immunité collective, ce qui semble être le cas désormais dans bien des pays devant notre impuissance à contenir le virus, et partant du fait qu'il faut au moins 60% de la population qui produit des anti-corps pour détruire par l'immunité la capacité de nuisance du coronavirus, c'est donc cinq milliards de personnes qui devraient être touchées et au moins 250 millions de morts sur la planète Terre à cause du virus... La seconde guerre mondiale a fait entre 50 et 80 millions de morts... La grippe espagnole jusqu'à 100 millions de morts selon les dernières analyses...

Ceci reflète toute la banalité du Mal, l'habitude que l'on prend à trouver des situations qui sont atroces à nos yeux au départ et qui deviennent quasi normales avec le temps. On s'habitue à tout, même au pire. L'Occupation de Paris et de la France par les nazis, par exemple, où même certains intellectuels antifas ont finalement trouvé du bon chez les occupants nazis (lire à cet effet un livre assez instructif, en accès libre sur Internet, écrit par Denis de Rougemont en 1942, La Part du Diable) https://www.unige.ch/rougemont/livres/ddr1942partdia

Ainsi donc, cet été, nos jeunes, nos familles, vont profiter de rattraper le temps perdu tandis que le taux de contamination remonte parmi la population suisse. Les frontières sont réouvertes. Vive la liberté, rien que la liberté, toute la liberté! A priori, je suis le premier à m'en réjouir. Marre de devoir toujours penser à ce satané virus. J'ai envie de galipettes sans contrainte autre que le port du préservatif. Parce que sinon, ça vaut vraiment plus la peine de faire des galipettes avec une personne que l'on aime du fond du coeur. On a comme la fâcheuse et triste impression d'un acte sexuel purement clinique qui déprime encore davantage plus qu'il ne redonne de la joie et de l'optimisme aux partenaires amoureux.

Mais si on se regarde bien en face, on a le droit de faire des exceptions au rapprochement avec nos proches sentimentaux et familiaux mais on devrait franchement s'abstenir d'un trop grand rapprochement avec nos amis, nos connaissances, des inconnu-e-s croisé-e-s dans un concert, un bar, un restaurant, ou sur une plage. C'est une question de respect de la vie d'autrui si ce n'est le respect de notre propre vie. Les jeunes semblent déjà avoir perdu ce goût de la protection des aînés car ils savent qu'ils peuvent contracter le virus sans risquer la maladie grave. Et puis certains se disent aussi que plus ils se contamineront parmi plus ils formeront à la longue un bouclier pour protéger la population vieillissante. Ils n'ont pas tout tort mais ils n'ont pas raison non plus. D'une part, parce que le virus n'a pas tout dévoiler de ses mystères et d'autre part parce que si le virus circule à trop haute densité, les vieux devront à nouveau se barricader chez eux...pour des années de prison...ou prendre le risque de mourir prématurément en s'exposant eux-mêmes au virus.

Alors non. Il ne faut pas s'habituer à tout et surtout pas à la propagation folle de ce virus qui fera, à n'en plus douter aujourd'hui, des millions de morts sur la planète avant qu'il ne perde son combat mortel contre les humains.

Il faut continuer à respecter les distances avec les inconnus, les collègues de travail, et même nos amis et amies. Seules les personnes les plus proches de nos vies peuvent briser cette barrière en toute bonne conscience. Parce qu'il faut bien continuer à vivre et à aimer avec nos corps, avec nos liens familiaux, charnels et spirituels. Sinon cela devient trop inhumain de survivre dans un monde exclusivement virtuel. Des années sans contact physique avec nos enfants, nos parents, nos grands-parents, nos amoureux et amoureuses, c'est hors des capacités normales d'un être humain.

Ne pas s'habituer à la banalité du Mal et le combattre avec notre conscience. Mais ne pas sombrer non plus dans un hygiénisme strict, un esprit de désinfection permanent qui contient aussi sa part du diable comme l'écrirait Denis de Rougemont. Être prudent, garder ses distances, protéger au mieux nos contacts en nous protégeant nous-mêmes mais ne pas oublier notre humanité et notre nécessité d'éprouver des émotions vraies avec les personnes que nous chérissons et qui vivent dans l'intimité de nos vies.

Lisez Denis de Rougemont. Il y a quelques leçons à en tirer pour notre époque de ce livre un peu méconnu écrit en pleine seconde guerre mondiale.

https://www.unige.ch/rougemont/livres/ddr1942partdia

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