24/09/2020

"De nouveaux rivages prédisent un nouveau jour"

Nous sommes en 1930. Le crash boursier de 1929 entraîne le rapatriement des capitaux américains placés en Allemagne vers l'Amérique.

L'Allemagne, humiliée par la défaite de 14-18, souffre encore de l'Occupation alliée et elle meurt lentement de faim. Le taux de chômage devient effrayant. Le bouc émissaire est tout trouvé par les partisans d'un certain Adolf Hitler, adepte de la race pure aryenne, qui intrigue depuis des années pour atteindre les pleins pouvoirs après avoir pourtant fait de la prison. Les Juifs et la démocratie sont ses ennemis jurés ainsi que le communisme. Il se taille une image intraitable de nouveau messie qui ne s'embarrasse guère d'écouter les autres. C'est lui et son combat et rien d'autre que lui et son combat.

La propagande, les fake news, les mensonges énormes et répétés de son parti feront le reste. De plus en plus de gens l'admirent et l'idolâtrent. Hitler sinon rien ni personne ne pourront sauver l'Allemagne de la misère et de la dégradation selon eux. Les artistes sont triés sur le volet pour servir eux aussi à la propagande nazie. Il y a les élus et les autres, les dégénérés, celles et ceux qui ne correspondent pas aux canons esthétiques et à l'idéologie nazie.

Tout est déjà écrit. Les nuages s'accumulent sur la démocratie. De coup de force en coup de force, de viol en viol de la vérité plurielle, de la démocratie bafouée, subissant symboliquement le supplice de la roue pour avouer des crimes qu'elle n'a pas commis (complot juif mondial, traîtres à la patrie au service de l'étranger, responsables du crash boursier) Hitler profite de la situation, de la désorientation des foules, et des complicités de son cercle pour asseoir son autorité funeste sur l'Allemagne.

Un artiste peintre, sculpteur, médailleur, qui obtiendra les bonnes grâces du régime, crée en 1930 une médaille visionnaire et prophétique en bronze où l'on voit un homme nu, tête rasée, au gouvernail d'une embarcation regardant  passer deux oiseaux dans le ciel qui le guident. Le médailleur s'appelle Gustav Adolf Bredow. Sa médaille, rétrospectivement, est à la fois fascinante et glaçante. Il y est écrit, en Allemand: " "Zu neuen Ufern lockt ein neuer Tag" " De nouveaux rivages prédisent un  nouveau jour" à gauche; et à droite "Gustav Adolf Bredow 1930". Adolf Hitler est en plein ascension. Le Führer donne l'espoir insensé au peuple d'une nouvelle Allemagne aryenne débarrassée, puissante, à l'esthétique musclée, blonde, et raffinée qui va créer l' über Nation, le surhomme, une race de guerriers et de guerrières sans peur et sans reproche s'attachant à aimer un seul leader, un seul guide, un seul et unique dieu élitiste et n'aimant qu'une seule race: la race aryenne germanique.

Les premières années du règne d'Hitler semblent promises à un succès économique sans précédant pour l'Allemagne. Le chômage recule d'une manière fulgurante grâce à l'industrie de la guerre qu'Hitler planifie avec ses généraux, entre autres. Les délires du Führer s'amplifient. Il a foi en ses vociférations et le peuple lui montre toute sa reconnaissance et même son amour. Les opposants doivent soit se taire, soit fuir, soit finir en prison ou assassinés dans la rue. L'Allemagne ne croit plus qu'en un fou halluciné qui les guidera vers la plus sinistre et funeste des perspectives, une aventure assassine, monstrueuse, une aventure des plus sanglantes et inimaginables de l'Histoire des êtres humains.

Que se passera-t-il donc en Amérique ce mois de novembre prochain?

 

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La médaille prophétique de Bredow à la patine sombre qui, par ailleurs, a créé un encrier surmonté de la sculpture d'un buste d'une femme aussi belle que mystérieuse ainsi que des très belles oeuvres picturales à l'atmosphère parfois fantomatique voir gore... Attiré par les sculptures-souvenirs aux morts également... Un artiste sans doute banni de la notoriété aujourd'hui à cause de ses sympathies nazies. Mais l'art survit aux idéologies et aux sympathies de leur créateur.

 

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