07/10/2020

Blick Black Block médiatique romand

Regard noir sur le bloc médiatique romand. Blick lance un gros pavé dans la vitrine médiatique lémanique et le choc sera rude pour la presse romande, Le Matin notamment qui, depuis sa très mauvaise idée de passer au tout numérique, n'a pas su garder son aura d'agitateur public et de révélateur de scandales helvètes avérés ou non ainsi que son attachement à son public qui, pour beaucoup, le lisait au bistrot avec beaucoup plus d'intérêt que le 20 Minutes.

Blick débarque donc en Suisse romande dans sa version intégralement numérique. Sans jolies filles intégralement dénudées mais avec un journalisme de choc qui fera trembler les rédactions romandes. Pour ajouter au malheur des journaux romands, Watson, autre journal alémanique, débarque aussi chez nous. Après avoir dévoré les éditions romandes indépendantes de nos journaux, la Suisse allemande débarque avec le savoir-faire des contenus de nos journaux tel le loup dans la bergerie et ça va forcément saigner. C'est la Panzer Division.

Faut-il s'en réjouir ou au contraire s'alarmer? Tomberons-nous sous l'influence alémanique ou les journalistes romands engagés pour ces nouveaux médias sauront-ils garder et améliorer un contenu au caractère bien de chez nous, la Suisse romande?

Ce qui semble désormais une certitude c'est que le poids économique et éditorial de la Suisse allemande pèsera désormais de toutes ses épaules sur la presse romande. Comme si nous étions devenus une simple dépendance des groupes de presse alémanique. Comme si nous Romands n'avions plus les moyens de créer des contenus journalistiques réalisés et financés par des femmes et des hommes de notre bassin économique et journalistique.

L'école romande de journalisme semble avoir signé une sorte d'arrêt de mort et de suicide collectif à partir du jour où Le Matin Orange a disparu des tables de nos bistrots. Et pour être franc avec les responsables de ce désastre, certains tenanciers de bistrots n'achètent même plus Le Matin Dimanche au kiosque du coin en guise de représailles. Il faut dire que le couple Café du Commerce et Le Matin s'entendait à merveille malgré les grosses disputes familières savamment orchestrées aux stammtisch par les clients habituels du troquet jusqu'au départ du dit journal vers des amants 100% virtuels, cassant du coup l'ambiance et le lien quasi ombilical en faisant retourner à leur solitude les citoyens et citoyennes du pays romand qui avaient toujours l'habitude ou le vice de prendre leur petit noir au bistrot du coin avec Le Matin comme compagnon d'infortune. La phrase est aussi longue qu'un long sanglot versé dans un fleuve intranquille.

Le Blick réussira-t-il à faire tomber Le Matin immortel? Ou le Matin se lancera-t-il à nouveau dans une édition papier avec un journalisme choc pour ressusciter d'entre les morts et tenir la dragée haute au Blick qui arrive comme un Black Block lançant sa pierre noire dans la vitrine journalistique signant du coup la mainmise alémanique définitive sur la presse romande? 

Bienvenue au Blick et à Watson. Grâce à eux, les Romands vont devoir sérieusement revoir leur concept s'ils veulent survivre et renouveler ce lien profond qu'ils entretenaient avec leur clientèle et que Le Matin a égaré au bistrot du Commerce en pensant d'abord aux performances économiques du groupe plutôt qu'au bien-être sociologique et humain de la population encore attachée à la "vieille" presse. Casser ce lien quasi ancestral et organique a été une grosse bêtise de la part des dirigeants du Matin Orange. Lire les nouvelles instantanément sur son smartphone n'a rien de comparable avec ce journal que l'on passait de table en table à son voisin ou sa voisine qui guettait le moment où enfin il allait pouvoir lire les nouvelles du jour. C'est un peu, pour faire une comparaison pour le moins audacieuse, comme s'il suffisait à un amateur d'art de contempler des oeuvres sur son smartphone plutôt que de découvrir les originaux en chair et en os sur la paroi murale de leur maison ou au musée. Une insatisfaction globale et une frustration pour l'artiste comme pour le spectateur ou la spectatrice... Toucher son journal avec son café du matin c'était comme se lier à des journalistes et aux nouvelles du monde de façon bien plus organiques que le zapping infernal et permanent tout au long de la journée sur son smartphone.

A méditer, très chères et très chers journalistes.

Nos enfants et petits enfants n'ont pas forcément pris de bonnes habitudes grâce aux technologies modernes. Un écran ne remplacera jamais un journal écrit comme un livre virtuel ne peut pas remplacer un beau livre fabriqué avec soin et amour sur du papier. Pareil pour la monnaie. Pareil pour nos relations humaines. La technologie est en train de nous détruire à petit feu et le coronavirus a encore accéléré cette chute dramatique en tant que Civilisation et société humaine.

 

 

 

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