25/10/2020

Covid 19: Darwin contre Darwin

Quelle sont les meilleures règles de société pour nous en sortir face au coronavirus qui décime une partie de l'Humanité, plutôt âgée et hors de la vie économique active, en ce moment?

Certains, vu la réalité qui affecte plus spécialement les couches vulnérables de la population, prônent la liberté totale de continuer tout naturellement comme si de rien n'était. Les catégories les moins sensibles à l'agressivité du virus ont une vision parfois réductrice de la situation. Ne pas souffrir personnellement au-delà d'une simple fièvre ou d'une toux légère ne signifie pas pour autant que la même maladie puisse ne pas avoir d'effet sur ces personnes à plus ou moins long terme. Nous ne connaissons pratiquement rien sur les possibles effets de ce virus sur nos organismes dans un laps de temps relativement long.

Il est possible qu'envisager une immunité collective à terme soit tout bénéfice pour nous protéger collectivement de ce virus. Il est aussi possible, comme pour la grippe, que nous ne soyons immunes que pour un temps relativement court et que nous puissions nous réinfecter au même covid 19 au bout de quelques mois. Ce serait, dans ce cas, une gigantesque catastrophe puisque sans médicament performant ou vaccin décisif nous devrions alors vivre durant des années avec la maladie, les hospitalisations, les morts, et les restrictions sociales. Cela deviendrait quasi impossible de survivre en tant qu'humanité collective et les possibilités de chaos mondial et de dictatures militaires deviendraient alors très réelles un peu partout dans le monde.

Il est donc indispensable de penser la crise en tant qu'être humain doué de sensibilité collective. Ce qui va à l'encontre de la toute-puissance individuelle sauce Donald Trump et Cie. Ce qui se joue pour nous c'est notre survie en tant que société humaine libre et démocratique. Et au-delà, notre chance de survivre en tant qu'espèce. Notre pire ennemi n'est peut-être pas le virus mais tout simplement notre égoïsme et notre individualisme, notre façon de croire qu'une société solidaire est forcément manipuler par des hommes de pouvoir qui tirent les ficelles pour imposer leurs lois et leur vision tandis que des hommes, comme Donald Trump par exemple, seraient les braves types qui ne jurent que par nos libertés individuelles et économiques permettant aux plus forts de vaincre et aux plus faibles de mourir selon la sélection naturelle. Argument tellement fallacieux puisque l'humanité n'est pas exposée de façon égalitaire face au virus, n'est pas soignée de façon égale face au même virus, et n'est sans doute pas capable de survivre en tant que société fasciste organisée puisque le "monde libre" s'opposera toujours à une société où les plus forts dominent absolument et abusent des plus faibles jusqu'à imposer le droit de vie ou de mort sur eux.

C'est donc bien une vision darwinienne contre une autre, celle qui impose à nos sociétés modernes de ne point vivre selon les lois et principes de la sélection naturelle artificiellement biaisée par la toute-puissance des dominants se servant de leur position pour détruire les plus faibles et in fine le vivant et l'humain. Cette vision de la survie en tant que société humaine se concentre autour d'un projet humaniste qui tient compte à la fois des libertés individuelles et de nos obligations collectives de nous protéger et de protéger les autres face à la menace d'un danger qui peut nous anéantir. Cela implique que l'Etat soit fort, mobilisé vers un seul but, le fameux un pour tous, tous pour un, debout et en alerte, qu'il puisse s'informer au mieux et organiser le combat avec l'aide de toutes et de tous. Il ne s'agit pas de sombrer dans un totalitarisme arbitraire mais bien de lutter pour garder nos libertés, un système de santé sûr, une économie saine. Il ne s'agit pas de prôner la toute-puissance individuelle pour s'en servir et dominer au sommet d'un pouvoir pour écraser les plus pauvres, les plus défavorisés, les plus exploitables et exploités. Non. Il s'agit d'un Etat démocratique tenant compte des intérêts divergents et essayant de mettre en place des politiques les moins dommageables pour l'ensemble de la population, des plus jeunes aux plus plus vieux.

Les théories du complot n'ont pas lieu d'être dans un pays démocratique. Rester en alerte face aux pratiques des lobbies est indispensable. Mais considérer que des leaders populistes soient moins à même de nous faire dériver vers des sociétés de types dictatoriaux est d'une naïveté confondante. La démocratie a bien des défauts mais pas celui de s'opposer à nos libertés individuelles. La démocratie est le système le plus sûr pour protéger nos biens et nos personnes.

Si nous nous laissons aller à penser que Donald Trump ou Bolsonaro sont nos modèles présidentielles, la sélection darwinienne de leur politique nous mènera à notre propre perte en tant que Civilisation. Nos progrès scientifiques associés à des régimes autocratiques ne peuvent que conduire à une société de maîtres et d'esclaves où les plus faibles pourront mourir dans le silence et l'indifférence des mieux portants sans gêner la mauvaise marche du monde vers son gouffre apocalyptique.

L'Amérique sait pour quel modèle darwinien elle votera dans quelques jours. Elle sait aussi que donner encore une fois carte blanche à Donald Trump l'a conduirait irrémédiablement vers sa fin en tant que grande et première culture démocratique de notre temps.

Le virus Covid 19 parviendrait alors à doucher l'optimisme de Donald Trump et à le réduire à peau de chagrin pour toute l'Amérique.

Américaines et Américains, ne laissez plus passer ce type à la présidence. Il est dangereux pour l'Amérique et le monde.