06/11/2020

Le bistrot du coin: too small too save

Le Conseil fédéral et ses deux Conseillers UDC avaient-il la larme à l'oeil quand l'UBS était en grosse difficulté en 2008 et les yeux d'acier quand, aujourd'hui, c'est la petite entreprise familiale qui tient un bistrot et se trouve désormais au bord de la faillite à cause de la Covid, des fermetures et de la réduction des places disponibles imposées?

Le bistrot c'est d'abord un lieu de rencontre et de culture villageoise ou citadine. C'est aussi le lieu de vie et de travail de centaines de milliers de salarié-e-s qui triment chaque jour avec des horaires coupés, du matin et du soir, du week-end et des jours fériés sans compensations salariales.

Le bistrot c'est ma vie depuis 30 ans. Comme patron ou comme salarié, c'est un endroit que je fréquente et que j'aime malgré tous les déboires vécus, la faillite, les divorces, la famille éclatée, et les décennies de poursuites qui m'ont collé aux fesses.

Donc le bistrot, mort ou vivant j'y ai donné ma vie, mon coeur, mes rages, mes rancoeurs, mes coups de gueule contre des patrons souvent ingrats, voir indélicats et profiteurs, et peu reconnaissants pour le travail accompli. Le bistrot a usé et détruit mon couple, ma famille, à un moment donné de ma vie mais je l'aime toujours malgré tous les vents et marées défavorables.

Certains diront que je suis masochiste de n'avoir jamais pensé à me reconvertir vers un autre métier. Mais je n'ai jamais eu de passion pour autre chose si ce n'est l'écriture et l'art en général qui ne me font pas vivre économiquement. Darwinisme oblige, je ne suis pas bankable et je reste un blogueur confidentiel pour quelques lectrices et lecteurs qui supportent mon style, mes idées, mes photos, ma façon de dire les choses sans filtre et sans me protéger.

Cela dit, je défends ma profession même si je suis relégué aujourd'hui à un rôle de cuisinier dans un restaurant qui marche du tonnerre de dieu même par temps de Covid. Aller savoir pourquoi, la clientèle n'a jamais fui les lieux à cause du virus sauf peut-être la première semaine après le confinement. Pourtant nous n'avons aucune terrasse et nous servons des plats pas du tout modernes dans une entreprise pas du tout high-tech, une cuisine minuscule avec un piano et un four vieux de 50 ans si ce n'est davantage. Plus ringard que notre façon de travailler tu le trouves peut-être dans une cabane de montagne du Val de Bagne.

Notre patron est en soucis. Mais ça c'est son habitude depuis qu'il est patron. Nous n'avons jamais assez de clients quelque soit la saison et les conditions climatiques ou sanitaires. Et les merci de sa part pour sa propre réussite se distillent au compte-goutte. Pourtant tout baigne pour nous. Nous avons super bien travailler l'été dernier et même juste avant notre second confinement nous avons encore eu de très nombreux clients malgré les recommandations de la Confédération de rester à la maison.

A Berne, ils n'ont pas trop envie de sortir les sous pour sauver les petits patrons. Ueli Maurer fait son Louis de Funès. Didi Parmelin craint les oreillers de paresse même qu'il nous impose le chômage forcé. Donc tout va bien. Mais beaucoup de bistrots vont crever. Il restera au final les Mac Do, les Bürger King, les chaînes internationales de pizza, et les self-services de la Migros et de la Coop pour vous nourrir dans quelques temps. Soit une zone gastronomique sinistrée après l'explosion d'une bombe atomique sur la Suisse.  Et quand vous partirez vous promener à la montagne, vous ne trouverez plus de bistrot de village, plus de petites familles sympa pour vous servir un bon jambon à l'os ou une fondue fribourgeoise.

Ceci, je pourrais l'écrire pour le secteur de la culture, de l'évènementiel, et des petits commerçants qui doivent à nouveau fermer leurs portes du côté de Genève sans être bien certains qu'ils ne vont pas être soumis eux aussi au darwinisme économique de la Confédération.

Pendant ce temps, les banques et les actionnaires font des milliards de bénéfices et on ne leur réclame que des peanuts fiscales. Il ne faudrait  pas que le fric durement gagné à la sueur d'un mojito derrière un écran et avec une jolie poupée entre les bras quitte la Suisse.

Pitié! Ils ne savent pas ce qu'ils font et ils s'en lavent les mains.

Pourrait-on un jour demander à un patron de bistrot à quoi il sert encore et pourquoi il fait son métier au risque de tout perdre, son entreprise, sa réputation, sa famille comprise?

 

 

 

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