21/11/2020

Filmer la police? Un droit de légitime défense et de citoyenneté

Pour que la justice d'un pays démocratique fonctionne, il y faut de l'équilibre et de l'équité.

Si, d'un côté, la police peut filmer ses propres intervention lors de manifestations publiques ou lors de l'arrestation d'un individu et que de l'autre l'oeil public ne peut plus apporter un témoignage visuel sur une scène de violence, l'équilibre démocratique est rompu et nous tombons dans la manipulation des faits à l'avantage des policiers dont la parole et le témoignage valent plus que la parole et le témoignage de simples citoyens. De plus, la police aurait l'avantage de ne montrer que les images qui l'arrangent devant la justice en détruisant ou en cachant les images qui ne la mettent pas à son avantage. Le témoignage filmé du public vient donc contre-balancer les éventuelles abus de pouvoir et la falsification toujours possible d'une intervention musclée. La police n'a pas pour principe de base d'accuser son propre corps à son détriment mais bien de défendre l'intégrité morale et la justesse de son intervention. Si un ou des flics dérapent lors d'une intervention, leur hiérarchie peut vouloir essayer de défendre les femmes et les hommes qu'ils ont sous leurs ordres au détriment de la partie civile adverse peut-être coupable d'un délit mais non coupable et finalement victime d'une dérive policière violente toujours possible et potentiellement plus grave que le délit lui-même.

Plus grave, sans caméra "civile" la citoyenne et le citoyen seront démunis de leur seul outil de protection pouvant amener la preuve irréfutable d'une violence policière réalisée et, potentiellement, la population sera plus souvent soumise à des interventions musclées et des brutalités policières arbitraires qui auront alors les coudées franches pour "taper dans le tas" sans précaution d'usage et sans utilisation proportionnelle de la force policière. Donner ce pouvoir-là à la police est déraisonnable et injustifiable dans une démocratie qui respecte ses principes.

En France, pays particulièrement animé et agité par des manifestations de rue, il est impensable que la police puisse rendre aveugle les citoyens et citoyennes alors qu'elle garderait tout loisir de filmer à son avantage le déroulement d'une manifestation et les éventuelles dérives de violences de rue. C'est comme si, sur un terrain de football, l'équipe visiteuse était privée du visionnage des interventions litigieuses dans les seize mètres et que seule l'équipe à domicile pouvait voir les images et décider quand il y a penalty et quand il n'y pas penalty. Cette situation ouvrirait la porte à tous les abus de la part de l'équipe à domicile. La police n'est pas l'arbitre. C'est la Justice qui est la seule arbitre lors de violences de rue commis de parts et d'autres.

La démocratie ne peut pas exister sans justice. La police au service du peuple ne peut pas exister sans justice et équilibre des forces. Je rappelle un des slogans préférés des manifestants et manifestantes:

"POLICE PARTOUT. JUSTICE NULLE PART."

 

 

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