26/11/2020

2020 en deux mots: SARS-CoV-2 et D10S

Il était une contagion planétaire à lui tout seul, une sorte d'agent perturbateur du football à la Pelé, ce roi diplomatique bien sous tous rapports. Il était aussi un virus footballistique et artistique, un maudit, un proscrit, et tout à la fois un élu du peuple, un dieu foudroyé et foudroyant.

Il a su recréer la Main et le Doigt de Michael-Ange touchant un ballon pour le mettre au fond de la toile, là, suspendu comme un instant de grâce foudroyant l'écran, dupant l'arbitre et les foules, et marquant à tout jamais les esprits. Il n'y avait pas, en ce temps-là, l'Inquisition arbitrale de la VAR, la tueuse de bluff et de magie. Il y avait juste Diego et son show, ses dribbles endiablés, son culot pour aller défoncer une défense adverse, comme un shoot d'adrénaline au moment de réaliser le saut de l'ange sur le mur défensif avant de crucifier le gardien et de marcher sur l'eau, comme Jésus.

D10S s'en est allé l'année où le monde s'est barricadé et s'est mis volontairement en prison à cause d'un nouveau virus, le SARS-Cov-2. Diego, le libérateur, le profanateur de cage sachant tirer ses coups avec des airs d'angelot diabolique, appelant toute femme bien rangée et bien mariée à l'adultère d'un soir pour connaître D10S une fois dans sa vie.

Diego était un déconfineur d'esprit rationnel. Il faisait léviter la balle et il donnait le tournis à ses adversaires lors de ses dribbles étourdissants. Il s'introduisait dans les corps et les esprits et vivait dans les chaumières, chez les petits comme chez les grands de ce monde. La mafia l'a rattrapé mais lui savait duper la mafia. La drogue l'a rattrapé. Mais lui savait la dompter par ses mots, sa parole sans filtre, sa souffrance et ses bonheurs.

Il était l'homme du peuple au service du peuple afin que ce dernier soigne ses plaies à travers l'illusion d'un spectacle grandiose où l'ange combat ses démons, les terrasse, et finalement les vainc sur le terrain de vérité qu'est la vie, un homme-dieu hors du commun, hors de la réalité quotidienne trop dure à supporter pour les plus pauvres d'entre nous.

Peut-être que Diego n'aurait pas existé en 2020. La main de dieu n'aurait jamais existé parce que l'Inquisition aurait veillé au grain de la justice chirurgicale grâce à une technologie parfaite, infaillible, glaciale, un dieu mécanique ne laissant aucune chance à la triche, au théâtre génial, et s'appelant Big Brother le redresseur de torts au service du fric.

D10S était faillible. C'était un dieu humain cloué sur la croix médiatique. Un dieu en souffrance, un enfant terrible, une star d'une époque comme ce monde n'en produira plus.

Adios D10S. Ma jeunesse, le roi Pelé et toi, le foot était encore une affaire se consacrant au service du peuple et non une machine de guerre commerciale, de sponsoring, de salaires mirobolants versés à des cyborgs sans réelle personnalité parce que trop lisses, trop silencieux sur l'état de nos sociétés. C'était une époque bénie où les droits télé exorbitants ne nous privaient pas du spectacle presque gratuit du plus grand show du monde, une époque où les gens pouvaient soulever leurs idoles sur leurs épaules après une victoire historique.

Combien gagnait Pelé en 1970? Combien Diego devait répondre de ses frasques face au peuple? Et combien aujourd'hui les joueurs de football seraient prêts à sacrifier de leur salaire mais surtout de leur confort bourgeois et silencieux pour soutenir les gens qui perdent leur droit au travail et sombrent dans la misère tandis que les multinationales et la Bourse flambent de tout bois grâce au nouveau coronavirus?

Adios D10S. Toi, tu savais ouvrir ta gueule au risque de t'attirer des ennuis. Tu savais que lorsqu'on a reçu le don de Dieu, on n'a pas le droit de laisser tomber le peuple dans la misère sans jamais rien dire, sans jamais se révolter pour lui, sans jamais sortir des rails en restant trop lisse comme des mannequins pour Play-Boy afin de plaire aux sponsors.