08/12/2020

Le festin helvète en temps de peste

 

 

Boire ton calice jusqu'à la vie

 

Il est des pays trop sages

qui se hâtent à la Fête

 

Ils n'ont qu'en tête

ce que les divins mages

préparent au poison mortel

 

De leur élixir de jouissance

au sacrifice sur l'autel

ils tendent leurs cous délicats

au billot de la Grande Faucheuse

riant et butinant à la table

de fausses saintes religieuses

mêlant le vice au sacrifice

le requiem à la fin

l'amour à la mort

la peste au festin

le vin jaune au lubrifiant hydroalcoolique

le désinfectant infect à l'eau de l'alcoolique

la responsabilité dogmatique à l'ivresse libertine

le masque bleu hygiénique

au masque noir vénitien

 

Eros et Thanatos

invités au Bal des Sentiments Paradoxaux

froide distance sociale dans la rue

chaude licence nuptiale sous les jupes

ordre protocolaire fédéral respecté

désordre épistolaire sous la couette

 

Miroir aux alouettes

du vaccin protecteur et rédempteur

enfant Jésus de la science

et pirouettes cacahuètes

des tests covidiens

royaume de la reine des neiges

se brisant le nez

sur la chaise d'un télésiège

 

Il était un brave petit homme

habitant cet étrange pays

tout en cartoon de Chappatte

avec deux t et deux p

pour retomber sur ses pattes

un pays partant à vau-l'eau

enfermé dans son palais bidon

jouant au dindon de la farce

pour satisfaire à la gastronomie

sous les auspices de l'astrologue virologue

et son Joker ricaneur

 

Noël prenait alors des airs de sale garce

avec sa hotte pleine de dollars sinistres

les statistiques des pompes funèbres

et cette traîtresse au grand coeur

prêtresse protocolaire des orgies

Nouvel-An pris sous la glace

avec ses drôles d'allures

de vierges effarouchées

et de volcan en fusion

où les corps et les chairs déchaînés

s'entremêlaient dans une frénésie

de bacchanales secrètes

dont personne ne voulait plus voir

la tragique réalité

afin d'éviter tous les scandales

de ces morts pour rien d'autres

que la survie économique confortable

 

De Genève à Romanshorn

en passant par Verbier et Montana

les Helvètes avaient soif à la vie

soif de retrouver le goût

de l'odorat, du goût, du toucher

quitte à tout perdre

 

Cette frénésie portait un nom:

Libération post-pandémie

comme après l'armistice en quarante cinq

et la chasse aux nazis

 

Il fallait sauver la saison des amours

quitte à en mourir

Il fallait réinventer la liberté

quitte à affronter la camarde

sur un air du requiem de Mozart

Il fallait inviter Sade et le Mal

pour extirper le Bien de nos corps

Il fallait aller au festin de Pouchkine

au son des balaïka

et jeter à la peste notre défi ultime

face aux ukases de l'Ordre

et son Diktat criminel:

 

Ecrire des haïku percutants

des saignées sur ton corps pour revivre

des saillies sur ta peau:

 

Ton corps éveillé

ma solution inerte

génome couronné

 

De plaisir mourir

directives de tes mains

doigts gelés d'hydre

 

In fine

Boire ton calice jusqu'à la vie

 

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Andromède et Persée, Fritz Pauli, 1965

 

Pour aller plus loin, Le Festin en temps de peste, Pouchkine:

https://www.persee.fr/doc/litts_0563-9751_1994_num_30_1_1...

 

 

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