11/12/2020

Le train de vie et le train de misère

Vous êtes fâché avec la Confédération? Ou alors vous êtes fâché avec les Cantons? Ou encore vous êtes fâché avec tout le monde, les jeunes qui sortent en bande en catimini sans porter le masque et s'embrassent accessoirement pour donner du souffle à l'épidémie; les vieux qui vous emmerdent parce qu'à cause de ce virus ils ne sont même pas fichu de rester suffisamment fit et en bonne santé en faisant du sport de compétion pour éviter l'hôpital et les soins intensifs, voir la mort, ce qui fout à mal tout le système hospitalier et oblige aux restrictions drastiques de tout un pays.

Ah cette brave mort dans les statistiques! Cela peut foutre en l'air la bonne conscience de tout un peuple...pour autant qu'il ait une conscience et cela n'est pas forcément assuré parmi certains concitoyens et certaines concitoyennes préférant largement adopter le cynisme le plus hypocrite qui soit pour se voiler la face... Il faut bien mourir un jour. Alors un vieux en moins sur la planète, ben c'est un petit vieux qui devait quand même mourir à la fin. Point barre. Notre pognon, First!

Vous êtes aussi fâché avec vos indemnités RHT qui vous réduisent à la misère ou alors avec vos allocs pertes de gain qui ne sont pas à la hauteur de votre standing ou encore votre demande d'une année blanche, qui ne vient pas de Berne par le train de la Petite Scheidegg, et qui ressemble plutôt furieusement à une année noire (pas de racisme, hein),  avec notre Guy Parmelin & Co, nouveau PDG de la Röstigraben Nation au début de l'An Neuf qui se pointe. 

Vous êtes encore fâché avec votre assureur qui a fait pan pan sur la pandémie pour éviter de vous verser un gain substantiel que vous espériez pour cause d'épidémie ou alors, à la carte, votre proprio qui décidément ne veut rien savoir de vos soucis de locataire commercial. Oui, parce que d'une part pandémie et épidémie non aucun rapport dans la vraie vie des assureurs et que, d'autre part, un local commercial c'est comme un local d'habitation. Même vide et absent des lieux loués, il vous faut en payer le prix juste et non fictif. Logique de Ponce Pilate et de riche propriétaire de la Riviera.

Vous êtes en plus, en tant que patron, non seulement fâché mais ulcéré de voir que votre personnel ose tout de même réclamer, en cette fin d'année glauque, son droit aux vacances et aux jours fériés, alors même qu'il est resté cloîtré trois mois à la maison, payé "grassement" par le chômage, sans rien faire de sa vie durant cette année 2020, et qu'il a vu son horaire réduit les autres mois de l'année, au gré de votre décision patronale unique (et sans syndicat décidément bien discret) qui maximise la rentabilité de chaque employé (avec un salaire réduit et 20% des heures conventionnelles payées finalement à 80% par les indemnités RHT) ce qui, tout de même vous permet, à vous en tant que patron comptable de ses propres intérêts, d'économiser fr.1'000 francs  brut par employé-e et par mois (base salariale de fr.5.000.--) alors que votre collaborateur ou collaboratrice ne touchera que fr.800.-- payé par l'Etat, soit fr. 200.-- de salaire mensuel en moins.

Et vous comprenez qu'à la fin, un patron gagnant-gagnant pour lui, en temps ordinaire, avec un revenu haut de gamme (genre fr.50'000.-- par mois, oui ça existe même pour une très petite minorité de bistrotiers), et qui ne touche "que" fr.6.000.-- de perte de gain mensuel pour cause de fermeture imposée de son entreprise par l'Etat, doit se plaindre, devant ses employé-e-s, de ses très nombreuses factures qu'il ne pourrait que trop difficilement assurer en cette année maudite 2020... 

Au final, vous m'avez compris, il faudrait que les collaborateurs et collaboratrices perdants-perdantes (je préfère les appeler les esclaves), qui en sont réduits à un salaire misérable par la force du coronavirus, comprennent et adhèrent aux états d'âme larmoyants de leur cher patron et arrêtent de réclamer de façon indécente et tout le temps leur dû ordinaire tandis que lui, pauvre patron, perd des dizaines de milliers de francs de salaire potentiel sur les mois de fermeture imposée par le pays.

Bon, évidemment, l'employé modèle n'a jamais connu des soucis de riche genre entretien mensuel d'une grande villa luxueuse, voitures de luxes, et autres dépenses fixes hors d'atteinte pour lui. Il ne connaitra jamais ni le désespoir ni le blues du millionnaire.

Mais il lui faut penser à la misère du riche et pas à sa pauvre misère personnelle qui le renvoie à sa propre image d'être exploité de façon éhontée. Et puis, s'il n'est toujours pas content avec ça et qu'il ouvre trop sa grande gueule, il y a le chômage qui l'attend les bras grands ouverts puisque désormais le marché aux bestiaux est en saturation et que des myriades de cuistots et de personnel de service attendent désespérément un travail.

On finit pourtant bien ce billet trempé dans le charbon, et en chanson s'il vous plaît, avec un autre millionnaire, encore plus riche, et ex-réfugié d'asile fiscal en Suisse dans la jolie station de Gstaad. Comme quoi, je ne suis jamais assez méchant avec les multimillionnaires et que je reste absolument compatissant avec leurs problèmes fiscaux et covidiens. La bombe sur le chalet de bois, c'est pas mon truc. Je préfère la bonne entente et la discussion.

L'économie, c'est ferme ta gueule. La démocratie, c'est cause toujours.

 

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