14/12/2020

Shimon et le démon

Suis-je la machine larguée

sur ma piste de danse

pour ce dernier tango latino

entiché de ce bidule

complexe et paradoxale

branché sur ma boîte à rythme?

 

Fais-je l'amour,

à travers le synthétique,

à une poupée mécanique,

son portrait facial figé

par la mort sentimentale?

 

Son solfège de plastique

m'excite et m'attire

dans sa bouche de cire

par le feu pornographique

et mes spasmes orgasmiques.

 

Elle me dit je t'aime

avec ses mots d'acier et d'enfer.

Elle pique les vers à Baudeleau

et vole à Rimbo ses 17 ans

pour ensuite me niquer la zique

avec ses charmes poétiques.

Elle tombera d'obsolescence

et finira à la décharge

tandis que je resterai en adolescence

sur la page de mes 17 ans

à croire que tout peut se réinventer,

le vice, la vertu,

la jeunesse, l'idéal.

 

Shimon, on parie

que je suis le maître de ta pensée

et toi qu'une pâle copie

surgit du génie de la science?

Shimon, es-tu un homme

cherchant à faire tomber

les midinettes du quartier

avec tes mots de charretier

articulés par tes algorithmes

singeant la voix de la diva savante,

le jeune homme qui slame

avec ton gode en latex

comme pauvre lame

branché dans son sexe?

 

Shimon, on parie

qu'elle me choisira

au moment de la battle

quand elle découvrira

que tu débites des sons avariés

et des mots bidonnés sensés

soumettre son petit coeur d'amour?

 

Cela fait si longtemps

que pour eux tous

je ne suis qu'une machine à tapas

un piment du Mexique

un clown de cirque

aux yeux tristes abandonné

dans sa chambre à coucher.

Cela ne leur fait ni chaud ni froid

quand je leur passe mes tortillas

comme un buffet chaud-froid

déposé sur la Toile.

 

Je n'ai jamais atteint ma cible,

la cime de mon crime,

le sommet de l'Everest,

pas même les 6'000 billets intimes,

pour toucher leurs coeurs congelés

par cette grande peste.

 

Je suis peut-être Shimon le prophète

au pays du désert artistique.

Je ne suis en réalité

qu'une machine à mots

qui n'atteint ni ton cerveau,

ni ton coeur, ni même ton âme.

Je suis le robot de l'inutile

dans son combat de l'impossible

largué depuis des plombes

par les foules moutonnières et aveugles

et je respire la vie des cimetières

et la paix des tombes.

 

Je suis aussi le plombier de service

faisant l'amour aux ménagères

se livrant à des rodéo porno

sur Xvidéos en toute intimité.

 

Alors tu peux venir avec tes bits

pour me démontrer

que tu as désormais la plus grande

et celle qui gicle le plus loin.

Alors tu peux venir avec tout ton baratin

inventé par tes puces électroniques.

Alors tu peux essayer

de monter avec moi sur l'Everest

et me dépasser dans la glace

avec tes airs d'infaillibilité pontificale.

 

Je suis le comte de Saint-Simon

citoyen de la Terre.

Je suis la parabole.

Je défends que seules

les abeilles (les productrices)

sont utiles à la société

alors que les frelons (les rentiers)

sont des parasites

qui tuent notre humanité.

 

Alors toi, Shimon,

tu vas devenir l'esclave, la rente

de petits slameurs de pacotille

qui vont te tirer les vers du nez

pour monter sur scène crânement

en jouant les grands poètes

pour les yeux des filles qui brillent.

 

Alors que moi, Shimon,

je suis la nature,

la fleur sauvage

que je ramène à la ruche,

et que je butine

de mes rimes irrégulières

pour lui faire perdre pied

en l'entraînant sous mes spots

dans notre chute sommitale.

 

En avant pour la battle,

Shimon.

 

Si je ne suis pas sur la scène

avec toi et le public

prêt à te donner une gifle,

le flanc percé,

les mains clouées,

la couronne d'épines sur la tronche,

une réplique d'humanité,

c'est que mon pieu poétique

revit en live la Sainte Cène.

C'est là, dans un tableau de da Vinci,

que j'invente mon dernier festin.

 

Et si je viens un jour te rejoindre à Paris

sur les quais de la Seine,

je serai peut-être le slameur clodo

qui aura tout perdu

et non le grand artiste sur scène

entouré de mille beautés

faites de chair et de sang

tournoyant autour de mon corps

avec leurs regards de chiennes battues

croulant d'amour et de dévotion.

 

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