24/12/2020

Croire au "Nous" au temps des réseaux sociaux

Quand on voit la division et la haine qui excitent les foules face aux décisions prisent pour contrer le coronavirus qui a envahi nos existences, il y a de quoi être plus que sceptique.

Pour ma petite existence, cette année 2020 restera comme celle qui conclut de la pire des manières ma carrière professionnelle, semée d'échecs et de désillusion, dans la banche de la restauration. Plus de trente ans dans ce métier...

Moins que jamais je crois encore au nous collectif au sein de cette branche où patrons et employés font bande à part jusque dans la rue. Il y a les patrons, que l'on voit partout dans les médias se plaindre de leur triste situation, et les employé-e-s que l'on ne voit nulle part sur les plateaux de télévision. D'un côté, des dominants qui craignent de perdre leur standing d'existence. De l'autre, des cuisiniers, des serveurs, des garçons de buffet, des plongeurs (vous pouvez mettre tout cela au féminin si cela vous chante, moi ça m'épuise de devoir toujours écrire les deux genres, manque les trans, pour faire croire que l'on défend l'égalité homme-femme) qui ont vu leur salaire laminé durant l'année avec des pressions encore plus fortes de leur patron qui tente par tous les moyens d'échapper à leurs obligations patronales afin de perdre le moins possible de leurs juteux profits.

Soyons clair. Il y a de très nombreux tenanciers et tenancières qui tirent le diable par la queue en cette période de pandémie. Mais je suis près à parier que ce ne sont pas les pires envers leur personnel et qu'au contraire, s'ils et si elles risquent la faillite, pour rien au monde ils et elles tenteraient d'échapper à leurs obligations. Quand on a pris un jour le risque d'être patron, c'est pour le meilleur et pour le pire. Le personnel n'a pas à subir les déboires personnels de leur patron.

Mais au temps de la pensée ultra-libérale et individualiste, cette réalité est une fake news. Le patron d'aujourd'hui individualise les bénéfices de l'entreprise et collectivise les pertes. L'employé n'est qu'une source de profit au service de son bien-être personnel et de sa fortune personnel. Il suffit qu'une année coronavirus passe par là et l'on assiste alors à la preuve éclatante que même un cadre qui est responsable de la bonne marche de la cuisine n'est qu'un pion misérable qui ne mérite guère reconnaissance et soutien en ce temps terrible de peste mondiale.

Je ne rentrerai pas dans les détails de ce qui m'a mis en guerre contre l'attitude lamentable de certains patrons de la restauration. Mais je peux dire que ma carrière s'achève gentiment avec un goût d'amertume et de révolte dans la façon que cette branche soigne les gens qui y travaillent.

Encore une fois, il y a de bons patrons. Mais je ne suis de loin pas sûr qu'ils sont majoritaires. En tout cas, à regarder qui manifeste dans la rue, ce n'est pas la branche dans son ensemble mais bien les tenanciers et tenancières de bistrots, de bars, de restaurants absolument pas soutenus de leurs employé-e-s qui sont absents, muets, reclus dans leur misère intime de personnes que l'on a décidé d'ignorer totalement des enjeux de la branche.

Recevoir des RHT pour éviter la totale misère? Certes, l'Etat ne laisse pas tomber les personnes. On peut encore croire au "Nous" social, ce que les adversaires acharnés (on peut même écrire les ennemis) et ultra-libéraux appelleront "cette saleté de communistes".

Mais croire au "Nous" collectif au sein d'une entreprise de la gastronomie, je crois qu'hélas c'est une façon bien utopique de l'imaginer. Il n'y a pas de "Nous" dans notre entreprise. Que des chacun pour soi qui essaye encore et toujours de lécher les bottes du patron pour obtenir des miettes à la fin.

Cette année 2020 aura été la fin définitive de ma croyance en des patrons et des patronnes responsables, empathiques, et sympathiques envers leur personnel, des patrons qui n'abusent pas de la situation pour faire subir à leur employés et employées encore davantage d'insignifiance et d'abus en tous genres.

Alors le "Nous" soyons réalistes. Il n'existe que dans l'idéal de philosophes qui n'ont pas pignon sur rue. C'est un "Nous" très intérieur, écrasé par le poids de la vulgarité et de l'individualisme le plus exacerbé.

Voilà comment s'achève ma vision de l'An 2020.

 

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