02/01/2021

Une année Covid pour rien

Après une année de pandémie, le plus déprimant, le plus affligeant, ce n'est même pas notre échec collectif à lutter efficacement face à ce virus malin.

Non. Le plus triste c'est notre incapacité définitive et irrévocable à remettre en question nos modes de consommation et de déplacement. A peine une bulle d'air réapparaît sur la planète que les gens reprennent leurs anciennes habitudes avec une voracité décuplée. Tant de frustrations. Il faut compenser...

Pour peu que le vaccin soit efficace et qu'il contribue à éradiquer la peste de notre temps, nous verrons alors nos sociétés repartir de plus belle dans la consommation outrancière, les voyages lointains, le libre-échangisme débridé. Parce que ce qu'il faut sauver ce n'est ni l'Humanité ni la planète, ce sont les marchés financiers, les seuils de rentabilité qui permettent aux actionnaires de s'enrichir sur les deux tableaux, le virtuel soutenu par les monstrueuses aides étatiques, et le réel de l'économie qui permet à une entreprise de prospérer et d'engranger des bénéfices. 

Il suffit de voir les débats à l'Assemblée nationale françaises pour constater que les discours se sont exacerbés et que les idéologies s'affrontent plus que jamais. Les Marcheurs d'un côté, zombies du système qui s'accrochent à leurs croyances ultra-libérales alors même qu'ils nous interdisent à peu près toute liberté de vivre normalement; la France Insoumise  et le Rassemblement National de l'autre qui vitupèrent à qui mieux mieux sur les mesures prises sans pour autant proposer un autre projet de société, une autre façon de faire de la politique et de mener à bien une révolution culturelle. Trop de divergences annulent toute unité de vision. Alors les Marcheurs continuent leur voie triomphale qui n'a de triomphale que ce macronisme qui s'enfonce jour après jour dans ses vieilles utopies entièrement consacrées au sauvetage de la prospérité économique des grands groupes au détriment des petits commerçants et des milieux de la culture qui doivent s'attendre à des années de plus en plus difficiles.

Les Pharma et les GAFFA, les bourses et les milieux financiers, n'ont guère été frappés par la pandémie. Au contraire, les stratégies politiques et économiques de nos gouvernements n'ont fait que leur donner des avantages considérables et démultipliés face aux plus petits. L'avenir se conçoit de plus en plus en terme de dictature financière et la liberté des êtres humains, devenue désormais rachitique, semble ne plus être quelque chose d'essentiel au vu des ordres de marche que nous avons reçu tout au long de l'année 2020. Le travail, seule excuse valable pour sortir de chez soi, comme seul horizon et seule perspective. Et si tu râles, n'oublie pas que le chômage guette et qu'après tu n'auras plus ni liberté, ni argent, ni liens sociaux, ni même la santé mentale tellement tu déprimeras d'être devenu inutile, non essentiel, une sorte d'entrave sociale et économique coûtant trop cher aux Etats et à la société.

Nous ne sortons pas des schémas traditionnels vantés par l'ultralibéralisme. Pire, nos gouvernements aggravent nos dépendances à ce système grâce à la pandémie. Tout le monde est très fatigué et le repli sur soi guette chacun et chacune d'entre nous. Pour les uns, plus envie de respecter les règles élémentaires, et souvent contradictoires, édictées par l'Etat. Pour les autres, un énervement compréhensible en voyant toutes les personnes qui enfreignent discrètement ou à visage découvert les lois Covid. Mais qui a raison? Qui a tort? Ne survivre que pour travailler, c'est impossible sur le moyen terme. Une année de privation, c'est déjà énorme pour celles et ceux qui ont respecté les règles de base. Repartir ainsi dans une seconde année, c'est carrément de la folie. Pour ma part, je sais qu'à un moment ou un autre je ferai péter les interdits et rejoindrai celles et ceux qui font la fête malgré les risques de contagion. On ne peut tout simplement pas devenir des robots virtuels qui ne vivent que de rapports amicaux et amoureux à travers un smartphone ou un ordinateur. On ne peut pas danser et boire des verres toute la nuit, seul dans sa piaule, derrière un écran, pour faire encore illusion de l'existence d'une vie sociale en compagnie de ses potes ou de sa petite amie.

Face à nos désirs d'humanité, l'ultralibéralisme a depuis longtemps perdu la guerre. Mais nos gouvernements, eux, ne changent pas de politiques. Les mêmes rengaines, les mêmes plans de sauvetage, les mêmes croyances que l'ultralibéralisme est le système parfait pour lutter contre un virus qui aurait pourtant du tout remettre en question jusqu'à notre façon de croire stupidement qu'être plus riche que son voisin c'est être plus important dans la société que celui qui a un revenu inférieur. Se bouffer entre soi pour obtenir les meilleurs postes, les meilleurs salaires, les plus grands honneurs, les meilleures récompenses. C'est du macronisme tout craché. Une sorte de compétition vaine vers le néant et le chaos.

A quand un changement de société? A quand une vision moins étriquée de la réussite? A quand un partage des ressources et des bénéfices plus équitable?

Wall Street ne nous donnera aucune réponse. C'est au fond de nous que nous devons aller chercher les réponses. Mais en avons-nous encore la force et l'espoir?

En ce début 2021, qui ne ressent pas cette absence au monde, ce repli vers nos confins intimes loin de nos familles, de nos pères et mères, de nos enfants et petits-enfants, de nos amours?

A chaque exception que nous faisons, nous nous culpabilisons en craignant de donner la maladie à nos proches, puis plus loin, dans la société. A chaque liberté que nous nous octroyons nous sommes menacés par une quarantaine. A chaque fois que nous nous rendons sur notre lieu de travail, nous nous demandons si nous ne sommes pas le prochain sur la liste à devoir finir entubé sur un lit d'hôpital alors même que nous sacrifions toute notre vie privée à éviter de contaminer notre entourage.

Cette tension qu'on nous inflige est insupportable. Et vient s'ajouter cette année le devoir de se vacciner alors que nous ne savons pratiquement rien sur ces nouveaux vaccins que les big pharma nous proposent et qu'on nous impose indirectement.

Sois un bon citoyen, mon fils. Sois une bonne citoyenne, ma fille. Il faut te vacciner pour la bonne cause et celle des milliardaires.