20/01/2021

Alexeï Navalny, l'amour, et la politique

Quand on revient des pas perdus de la mort, il est inenvisageable de ne pas continuer le combat de sa vie.

Vladimir Poutine voulait faire tomber Alexeï Navalny, son opposant le plus connu et le plus suivi en Russie. Un autocrate comme Vladimir Poutine ne peut qu'attendre fidélité et respect pour son pouvoir de la part de ses sujets, c'est-à-dire le peuple.

Celles et ceux qui s'opposent à lui sont considéré-e-s comme des traîtres à la patrie. Et ils méritent des châtiments à la hauteur de leur traîtrise. Soit la mort lente et cruelle par empoisonnement. Navalny a échappé de justesse à son destin de traître grâce à l'Allemagne qui l'a accueilli et soigné sur son territoire. Les Russes étaient trop sûrs que le poison n'était plus détectable. Ils ont donc laissé partir le traître Alexeï en lui souhaitant bon rétablissement. L'art du cynisme poutinien était consommé.

Il faut prendre Vladimir Poutine tel qu'il est: un homme qui a voulu rendre à la Russie sa grandeur de l'époque tsariste. Et pour cela, ce président de haute stature ne s'embarrasse pas des gêneurs aux idéaux démocratiques. Il les élimine de façon subtile sans que cela ne l'atteigne directement. Il est difficile de pénétrer l'âme russe et ses méandres. Les ennemis de la grande Russie ne peuvent pas comprendre que ce peuple a subi les ravages de l'Histoire et la déconsidération du monde dit libre suite à la montée de l'idéologie communiste se traduisant avec l'arrivée de Lénine puis de Staline au pouvoir.

L'Occident capitaliste et impérialiste n'a jamais accepté qu'un programme politique basé sur l'égalité citoyenne imposé par le haut puisse s'opposer à la liberté de réussir ou rater sa vie jugée sur sa seule capacité à s'enrichir personnellement par l'effort des études ou simplement par facilité et capacité à faire de l'argent dans le monde des affaires. Les Russes ont planté leur système à cause de la dictature imposée, les intrigues au sommet du pouvoir du Soviet Suprême, de la corruption endémique au sein du polit bureau, des goulags réservés aux dissidents, et aux massacres d'une partie de sa propre population.

L'Occident et sa "démocratie" a été plus intelligente et plus maline. En laissant pleine liberté aux populations, elle a permis de camoufler les inégalités grandissantes et flagrantes entre les couches sociales du peuple. Mais aujourd'hui, le système est lui aussi à bout de souffle.

Alexeï Navalny est l'exemple d'un citoyen qui cherche autre chose au milieu du chaos du monde. Traître à Poutine et son pouvoir hégémonique de type tsariste, il pourrait bien aussi se montrer traître à l'Occident à l'instar de beaucoup d'anciens dissidents.

Alexeï combat pour le peuple et par le peuple. Il n'a plus peur de la mort à force de l'avoir fréquentée. Il est retourné au pays parce qu'il ne veut pas abandonner le peuple à son sort désormais attaché et condamné à suivre le tsar moderne de toutes les Russies. C'est un homme, un vrai. Mais cela ne dit rien sur sa capacité à mener le peuple russe vers plus de démocratie. D'ailleurs, est-ce que le peuple russe veut vraiment d'un président qui n'aurait pas la force de s'opposer à l'Occident et l'Amérique en particulier? Elle a déjà connu cela avec le président Boris Eltsine. Cela n'a pas été une réussite.

Au fond, la Russie à traverser deux siècles d'Histoire à vouloir proposer une alternative à la toute puissance occidentale. Il est compliqué, pour un ou une démocrate russe, de se faire un chemin autre qu'un chemin semé de ronces et d'embûches. Le peuple russe semble méprisé l'art du compromis, voir de la compromission. Elle préfère à l'homme diplomate, l'image de l'homme fort qui affronte les épreuves droit dans ses bottes et sans jamais renier l'Histoire russe à la fois tragique et grandiose. Les traîtres comme Navalny n'ont pas grâce aux yeux de très nombreux Russes nostalgique de la grande Russie. Mais Alexeï Navalny, revenant dans sa patrie malgré les menaces d'emprisonnement et de mort, montre qu'il a l'étoffe d'un homme qui aime son pays plus que tout, plus qu'une vie confortable et courtisée en Occident.

Les Russes qui plaident en faveur de la démocratie et de la liberté ont trouvé leur nouvel héros, leur capitaine Strogoff des temps modernes bravant à la fois les barbares et les affres d'un pouvoir central trop tourné vers ses élites aristocratiques moscovites, un capitaine qui correspond aux idéaux patriotes d'un peuple trop longtemps mis sous le joug d'hommes cyniques faisant souffrir le peuple condamné au silence et à subir les coups brutaux d'un pouvoir d'acier. L'amour romantique est de retour en Russie. C'est quelque chose de beau, de grand, de sublime. Il faut espérer que Vladimir Poutine s'en rende compte et qu'il laisse la vie sauve à son plus illustre opposant.

Vive Alexeï Navalny.

https://www.letemps.ch/opinions/alexei-navalny-courage-le...

 

Les commentaires sont fermés.